La citoyenneté démocratique
[Les adultes] n’ont pas eu à faire face à tous les problèmes et questionnements auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés parce que, dans leur enfance, ils n’ont pas eu à réfléchir à leurs conséquences.
Raina Ivanova, militante pour le climat

- Le principe d’autonomie individuelle : nul ne doit être soumis à des règles imposées par d’autres.
- Le principe d’égalité : chacun doit avoir la même possibilité de peser sur les décisions affectant les membres de la société.
Les autres systèmes de gouvernement violent ces deux principes. Dans une oligarchie, par exemple, le pouvoir et la prise de décision sont entre les mains d’un petit groupe de privilégiés, qui peuvent se distinguer des autres par leur richesse, leur naissance ou leur pouvoir militaire. Dans une ploutocratie, le gouvernement est contrôlé par les plus riches et, dans une dictature, par un seul individu tout puissant. Ces formes de gouvernement ne respectent ni l’autonomie individuelle ni le principe d’égalité.
Quels sont les avantages d’un système de gouvernement démocratique ?
Quels sont ses éventuels inconvénients ?
Il existe de multiples formes de démocratie. Par exemple, dans la démocratie directe, les citoyens participent personnellement à la prise de décision. La forme de démocratie la plus répandue, cependant, est la démocratie représentative, dans laquelle les citoyens élisent des représentants qui vont élaborer
des lois et des politiques et désigner les responsables gouvernementaux. Mais les citoyens peuvent mener d’autres actions pour influer sur les décisions ; par exemple, ils peuvent manifester pour signifier leur désaccord avec des projets de loi, de nouvelles propositions politiques ou toutes sortes de décisions. En théorie, la démocratie représentative prévoit l’élection libre et équitable d’un parlement, élu et soutenu par une majorité du peuple représenté. La démocratie se caractérise par l’état de droit, la séparation des pouvoirs, la protection des droits humains et la protection des minorités. L’« état de
droit » est le principe selon lequel le gouvernement et le système juridique ne fonctionnent que sur la base de règles écrites. Dans un gouvernement démocratique, les droits humains constituent un système de valeurs commun. Cela signifie, entre autres, que les groupes sociaux sous-représentés de
toutes natures, comme les enfants, les femmes, les migrants, les minorités religieuses ou ethniques, sont protégés de la discrimination, et que leur identité et leur participation sont soutenues.
Le terme « démocratie » fait référence à un type de société particulier, de même qu’à une forme de gouvernement particulier. Une société démocratique offre la méthode de gouvernance la plus juste, la plus pratique et la plus égalitaire, et la majorité des citoyens y jouent un rôle actif plutôt que passif. Elle est soumise à un impératif moral, celui de protéger et de promouvoir les droits humains de chaque individu, quel que soit le groupe ou la communauté auquel il s’identifie. Et, parce qu’une société démocratique tire sa légitimité du peuple, les décisions prises par des représentants démocratiquement élus sont plus susceptibles d’être respectées par la population.
Outre le vote, existe-t-il d’autres possibilités pour les citoyens de participer à la prise de décision dans votre pays, région ou communauté ?
La démocratie en pratique
Dans la pratique, il existe différentes formes de démocratie et aucune ne peut tenir lieu de modèle pour les autres. Il existe des démocraties présidentielles (comme en France, dans la Fédération de Russie ou aux États-Unis d’Amérique) et des démocraties parlementaires (comme au Royaume-Uni,
en République slovaque ou en Espagne). Certaines démocraties, comme l’Allemagne, ont des structures fédérales. Certains systèmes de vote sont proportionnels, tandis que d’autres sont majoritaires. Cependant, toutes les démocraties ont en commun un certain nombre de principes, dont l’égalité et le droit de chacun à un certain degré d’autonomie personnelle.
Mais, quand on parle d’autonomie, il ne s’agit pas pour chaque individu d’agir comme il l’entend. Cela signifie que le système électoral confère une voix égale à tous les citoyens et reconnaît que chacun est capable d’un choix indépendant et a droit à la prise en considération de son choix. Après quoi, bien des choses dépendent de l’initiative et de la participation de chacun.
Dans quelle mesure les démocraties respectent le principe d’égalité et permettent à leurs citoyens d’influencer les décisions est un autre point qui les différencie fortement. Les plus démunis peuvent avoir plus de difficultés à se faire entendre. Les femmes, moins présentes sur la scène politique, peuvent avoir moins de possibilités de peser sur les décisions, même sur celles qui les intéressent tout spécifiquement. Certains groupes sociaux, comme les enfants et les réfugiés, peuvent ne pas avoir le droit de vote.
Dans quelle mesure les enfants peuvent-ils se sentir « propriétaires » des lois et des décisions gouvernementales qui les concernent ?
La citoyenneté démocratique
La citoyenneté démocratique fait référence à l’exercice, par chacun, de sa citoyenneté et de son droit à participer en démocratie, que ce soit au niveau de la communauté locale, de la région, du canton ou de l’État fédéral, de la nation ou d’une organisation supranationale telle que l’Union européenne (ou de toutes ces entités !). Être citoyen est une expérience quotidienne. Au niveau de l’État, cela signifie que les droits civils et politiques du citoyen sont protégés par la loi et que les citoyens ont des devoirs réciproques envers l’État, notamment l’obéissance aux lois du pays, la contribution aux dépenses
communes et la défense du pays s’il venait à être attaqué.
Au sens strictement juridique, un citoyen est un habitant ou un ressortissant d’un État doté de droits civils et politiques et, en retour, d’obligations. La citoyenneté coïncide sur certains points avec la nationalité ou l’identification ethnique, et s’en distingue à d’autres égards ; ainsi, plusieurs nationa-
lités coexistent dans la plupart des États européens et des individus de même nationalité peuvent vivre dans des États voisins. L’État est une entité politique et géopolitique, tandis que la nation est une construction culturelle et/ou ethnique. Traditionnellement, la citoyenneté dépend de l’État et n’a
rien à voir avec la nationalité.
Aujourd’hui, la citoyenneté a évolué vers une signification qui associe diverses idées interdépendantes et complémentaires, et qui dépasse la simple relation juridique entre les personnes et l’État. En plus de sa dimension juridique, elle comporte une dimension psychologique et sociale. Être un citoyen fait partie de l’identité de tout un chacun : votre sentiment d’appartenance à votre communauté vous incline à lui accorder votre attention, et vous souhaitez que les autres en fassent autant et, qu’avec vous, ils recherchent le bien-être de la communauté tout entière. Le plus important est peut-être de prendre conscience qu’un nombre croissant de personnes, y compris des enfants, sont « formellement » ou émotionnellement liées à plus d’une citoyenneté nationale, comme dans le cas des personnes ayant plus d’une nationalité. Il est donc possible d’exercer une citoyenneté démocratique même si l’on est étranger ou si l’on n’a pas le droit de vote. Nous pouvons également être des citoyens « du monde » ou des citoyens « globaux » lorsque nous agissons pour le bien de l’humanité et de la planète, indépendamment de nos nationalités ou de nos citoyennetés formelles (et certainement aussi si nous sommes apatrides !). Dans ce sens plus large, la citoyenneté est en grande partie un processus de socialisation. Elle implique des sentiments d’identité, d’appartenance, d’inclusion, de participation et d’engagement social.
Quelles sont les formes d’engagement ou d’implication, autres que le vote, ouvertes au citoyen ordinaire ?
Trois autres concepts sont souvent évoqués, notamment sur la scène internationale du travail de jeunesse. Ce sont des concepts « plastiques », mais ils sont utiles pour illustrer l’évolution de l’idée de la citoyenneté comme dépassant les liens entre un État et un citoyen.
- La citoyenneté européenne fait référence à l’idée selon laquelle les citoyens des États membres de l’Union européenne (UE) possèdent certains droits et devoirs à l’égard de l’UE dans son ensemble, et plus seulement à l’égard de leur seul État. Parmi les droits accordés aux citoyens de l’UE figurent le droit à la liberté de mouvement, le droit de résidence sur le territoire des États membres et le droit de vote et d’éligibilité aux élections du Parlement européen. La citoyenneté européenne n’est pas en concurrence avec la citoyenneté nationale ni conçue comme une alternative à celle-ci ; elle constitue plutôt une strate supplémentaire ou complémentaire de citoyenneté et d’appartenance.
- La citoyenneté mondiale est un concept récent, né de l’idée que nous avons des droits et des responsabilités à l’échelle planétaire, notamment à l’égard de la Terre elle-même, mais aussi de l’humanité. La citoyenneté mondiale, c’est comprendre la nécessité de lutter contre l’injustice et l’inégalité, et s’engager activement dans ce combat. Cette forme de citoyenneté inclut les préoccupations environnementales et reconnaît l’impact que les catastrophes écologiques et le dérèglement climatique peuvent avoir sur les vies humaines.
- La citoyenneté numérique désigne la communauté des individus en ligne, ainsi que les droits et responsabilités correspondants. Ces droits et responsabilités peuvent concerner n’importe laquelle des nombreuses communautés auxquelles un individu est affilié, y compris la communauté des utilisateurs de l’internet. Voir la section « L'Environnement Numérique » pour plus de détails
Quelle est votre conception de la citoyenneté ? Qui, dans votre société, selon vous, ne devrait pas pouvoir prétendre aux droits liés à la citoyenneté ?