Les enfants ne savent rien du racisme, ce sont les adultes qui le leur inculquent..

Ruby Bridges, militante pour les droits civiques, première élève afro-américaine à fréquenter une école primaire du Sud réservée aux Blancs

La discrimination, c’est quoi ?

La non-discrimination est un principe et une norme essentiels consacrés par divers instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme, dont la Convention européenne des droits de l’homme et la Charte sociale européenne. 

La non-discrimination est également un principe fondamental de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant (CDE), qui interdit la discrimination « sans distinction aucune, indépendamment de toute considération de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou autre de l’enfant ou de ses parents ou représentants légaux, de leur origine nationale, ethnique ou sociale, de leur situation de fortune, de leur incapacité, de leur naissance ou de toute autre situation ». L’article 2 de la CDE souligne que tous les droits de la convention doivent s’appliquer à tous les enfants relevant de la juridiction des États parties, y compris les visiteurs, les réfugiés, les enfants de travailleurs migrants et ceux qui résident dans l’État de manière illégale.

D’autres articles de la CDE mettent en évidence des groupes d’enfants qui peuvent souffrir de formes particulières de discrimination, par exemple les enfants privés de leur milieu familial (article 20), les enfants réfugiés (article 22), les enfants handicapés (article 23), les enfants de minorités ou de communautés autochtones (article 30), les enfants victimes d’exploitation économique ou autre (articles 32, 34, 36), les enfants impliqués dans le système de justice pour mineurs et les enfants dont la liberté est restreinte (articles 37 et 40), et les enfants dans des situations de conflit armé (article 38). Les enfants peuvent également subir les conséquences d’une discrimination dirigée contre leurs parents, par exemple s’ils sont nés hors mariage ou dans des circonstances qui ne correspondent pas aux valeurs traditionnelles de la société, ou si leurs parents sont des réfugiés ou des demandeurs d’asile. 

Il y a discrimination lorsque des individus subissent un traitement moins favorable que d’autres dans une situation comparable, au seul motif qu’ils appartiennent ou sont jugés appartenir à un certain groupe ou à une certaine catégorie de personnes. La discrimination est omniprésente dans toutes les sociétés et prend de nombreuses formes ; le terme est souvent associé à un autre terme pour attirer l’attention sur des situations de discrimination spécifiques. 

  • Il y a discrimination directe lorsqu’une personne ou un groupe de personnes, en raison d’une caractéristique particulière qu’il ou elle possède, est traité(e) de manière moins favorable par rapport à la manière dont une autre personne ou un autre groupe de personnes se trouvant dans une situation similaire a été ou serait traité(e). C’est par exemple le cas lorsque les enfants roms sont scolarisés dans une classe ou un bâtiment séparé.
  • Il y a discrimination indirecte lorsqu’une disposition, critère ou pratique apparemment neutre désavantage de facto les représentants d’un groupe particulier par rapport à d’autres personnes se trouvant dans une situation similaire. Par exemple, si les enfants dont les parents ont fréquenté la même école ont la priorité à l’inscription, cela pourrait entraver l’accès des enfants issus de milieux défavorisés, de familles roms ou immigrées.
  • Il y a discrimination multiple lorsqu’une personne est victime d’une discrimination fondée sur un motif particulier (interdit) dans une certaine situation, puis sur un autre motif dans une autre situation. Par exemple, un enfant réfugié peut être victime de discrimination dans l’accès à une salle de
    sport en raison de son statut juridique et être victime de harcèlement à l’école en raison de sa religion. 
  • On parle de discrimination intersectionnelle (ou croisée) lorsqu’une personne est victime d’une discrimination fondée sur plus d’un motif interdit et que ces motifs interagissent de manière indissociable. Par exemple, une fille handicapée peut être victime de discrimination dans l’accès à l’éducation en raison de son sexe et de son handicap en même temps. 
  • La ségrégation est la mise à l’écart systématique d’un groupe particulier qui affecte la jouissance de ses droits humains. Par exemple, lorsque les  enfants étudient dans un bâtiment scolaire séparé, ou dans une classe ou un groupe où la qualité de l’enseignement est moindre et qu’ils se sentent alors stigmatisés et exclus de la communauté scolaire. Les enfants peuvent également être affectés par la ségrégation résidentielle lorsqu’ils vivent dans des quartiers où les conditions de logement ne sont pas satisfaisantes, où il n’y a pas d’installations sanitaires, d’écoles ou même de terrains de jeu.
  • Le harcèlement désigne des comportements non désirés, des manœuvres d’intimidation et d’autres comportements qui créent un environnement hostile, dégradant, humiliant ou intimidant, comme le harcèlement raciste à l’école.
  • Il peut y avoir des représailles envers une personne qui dénonce une discrimination ou un harcèlement, par exemple si les parents signalent les brimades racistes d’un enseignant qui, en réaction, donne des devoirs ou des tests supplémentaires à l’enfant afin de le contraindre à retirer sa plainte
    ou de le forcer à quitter l’école.
  • La discrimination positive (ou action affirmative) désigne des mesures à l’intention d’un groupe particulier visant à éliminer ou à compenser ou réparer les désavantages résultant de discriminations structurelles et d'injustices historiques. Par exemple : l’établissement de quotas formels ou de
    facto pour l’accès des enfants issus de milieux défavorisés aux écoles privées. 

Un certain nombre d’autres concepts clés sont à comprendre en relation avec le sujet de la discrimination. Les stéréotypes consistent essentiellement en des croyances ou des idées partagées à propos d’un autre groupe. Ces généralisations sont préjudiciables dès lors qu’elles sont appliquées de manière rigide à des individus et qu’elles sont utilisées pour justifier un traitement ou un comportement différent. Un préjugé est une catégorie particulière de stéréotype, qui contient un jugement de valeur, généralement négatif. L’intolérance est le manque de respect pour des pratiques et des croyances autres que les siennes. Elle implique également le rejet de personnes que nous percevons comme différentes, par exemple les membres d’un groupe social ou ethnique autre que le nôtre, ou les personnes qui diffèrent de par leur positionnement politique ou leur orientation sexuelle. L’intolérance peut se manifester par un large éventail d’actions, allant de l’évitement et de discours de haine à des blessures physiques, voire au meurtre. La discrimination et l’intolérance ont souvent pour fondement ou catalyseur des préjugés et des stéréotypes sur les personnes et les groupes sociaux, consciemment ou inconsciemment ; elles sont l’expression dans la pratique des préjugés. La discrimination structurelle est le résultat de formes de préjugés qui se perpétuent et de la domination d’un ou de plusieurs groupes. Compte tenu du système en place, les membres de groupes discriminés ont beaucoup de difficultés à accéder à certaines positions de pouvoir, même si, officiellement, ils en ont l’autorisation.

Il existe plusieurs moyens de lutter contre la discrimination, notamment :

  • des actions en justice pour faire respecter le droit à la non-discrimination ;
  • des programmes éducatifs qui sensibilisent aux mécanismes des préjugés et de l’intolérance et à la manière dont ils contribuent à la discrimination et à l’oppression, et des programmes qui contribuent à l’appréciation de la diversité et à la promotion de la tolérance ;
  • des initiatives de la société civile pour dénoncer la discrimination et les préjugés, pour combattre les crimes et les discours de haine, pour soutenir les victimes de discrimination ou promouvoir des changements dans la législation.

Le Conseil de l’Europe dispose d’un organe unique de surveillance des droits de l’homme, la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI), qui est spécialisée dans les questions de lutte contre le racisme, la discrimination (au motif de la « race », de l’origine ethnique/nationale,
de la couleur, de la nationalité, de la religion, de la langue, de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre), la xénophobie, l’antisémitisme et l’intolérance en Europe. L’ECRI analyse la situation dans les États membres du Conseil de l’Europe et formule des recommandations sur la manière de lutter contre le racisme et l’intolérance qui y sont identifiés, y compris par la conception, la mise en œuvre et l’évaluation de stratégies et politiques nationales.

 

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