Nous, les jeunes, sommes engagés dans la construction d’une paix durable au sein de nos communautés en tant que contributeurs positifs à la paix, à la justice et à la réconciliation.
Déclaration des jeunes sur la jeunesse, la paix et la sécurité, Amman, 2015
La paix et la sécurité en Europe
Une culture des droits humains est une condition préalable à un véritable état de paix, car le déni des droits humains conduit inévitablement au conflit et à la violence. Mais l’inverse est également vrai : les conflits et la violence entraînent toujours des violations des droits humains – et, dans le cas de la guerre, les violations sont complètes et d’une ampleur considérable. Une paix et une sécurité durables ne sont possibles qu’à la condition du respect de tous les droits humains, sans aucune exception.
En Europe, les enfants continuent d’être affectés par les conflits armés, directement, mais aussi indirectement dans les conflits armés ouverts ou dans les « conflits gelés ». Les nations européennes sont impliquées dans nombre de ces conflits internationaux, souvent en tant que belligérantes et contributrices, par exemple en fournissant des armes, un soutien et des formations. Les conflits armés
qui se déroulent ailleurs dans le monde sont également à l’origine de la quête d’un foyer et d’asile de nombreux enfants.
D’autres menaces, non militaires, pèsent sur la paix et la sécurité en Europe. Nombre d’entre elles sont la conséquence de crises environnementales d’origine humaine, telles que le changement climatique, la dégradation des sols et les pratiques agricoles industrielles. En raison du changement climatique
planétaire, les phénomènes météorologiques extrêmes, comme les ouragans, les inondations et les sécheresses, se sont multipliés ces dernières années, remettant en cause la sécurité des foyers, induisant des problèmes de santé voire des périls pour la vie dans certaines régions d’Europe. Parmi les autres sources potentielles de conflit en Europe, citons l’aggravation des inégalités, tant économiques que culturelles. Ces inégalités conduisent inévitablement à l’intolérance, qui se manifeste souvent par des actes racistes et peut prendre des formes violentes.
Dans un monde de plus en plus high-tech et globalisé, la nature des conflits a changé, mais il y a encore beaucoup trop de victimes parmi les civils, y compris les enfants. Selon l’UNICEF, 2019 a conclu une « décennie mortelle » pour les enfants dans les conflits, plus de 170 000 violations graves à leur encontre ayant été dénombrées1 ; cela équivaut à 45 violations par jour au cours des 10 dernières années, notamment des meurtres, des mutilations, des violences wexuelles, des enlèvements, le déni d’accès humanitaire, le recrutement d’enfants et des attaques contre des écoles et des hôpitaux. Les enfants réfugiés représentent plus de la moitié du nombre total de réfugiés dans le monde : plus de 11 millions d’enfants ont été contraints de fuir leur foyer et vivent en tant que réfugiés2.Ce chiffre n’inclut pas les millions d’enfants déplacés qui ne sont pas reconnus comme réfugiés.
La paix et la sécurité humaine
La sécurité humaine est un concept relativement nouveau qui reconnaît l’interdépendance entre la violence et les privations de toutes sortes. Elle concerne la protection des individus et des communautés contre les menaces directes de la violence et les menaces indirectes que constituent la pauvreté et d’autres formes d’inégalités économiques, sociales et politiques, de même que les catastrophes naturelles et les maladies. Un pays, sans être sous la menace d’une attaque venue de l’extérieur ou de conflits internes, peut malgré tout ne pas être sûr : par exemple, il peut ne pas être en capacité de préserver la prééminence du droit si des populations importantes venaient à être déplacées pour cause de famine ou décimées par la maladie, ou encore si ses habitants se trouvaient privés des produits de première nécessité.
La sécurité humaine fait avancer les droits humains dans des situations où ils sont sérieusement menacés. Elle favorise par ailleurs la mise en place de systèmes qui assurent aux populations les bases nécessaires à leur survie : le respect de la dignité humaine et de l’autonomie, et des libertés
essentielles comme l’absence de besoin et l’absence de peur. En 2012, une résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies a établi que « la notion de sécurité humaine comprend [...] le droit des personnes de vivre dans la liberté et la dignité, à l’abri de la pauvreté et du désespoir. Tous les individus, en particulier les personnes vulnérables, ont le droit de vivre à l’abri de la peur et du besoin, avec une chance égale de jouir de tous leurs droits et de développer pleinement leur potentiel humain... ».
Les approches de la sécurité humaine préconisent des stratégies de protection et de responsabilisation. La protection met les individus à l’abri des dangers directs, parallèlement à une démarche visant à développer des normes, des processus et des institutions en mesure de maintenir la sécurité. La responsabilisation permet aux individus de développer leur potentiel et de participer pleinement à la prise de décision.
Quels sont les facteurs qui menacent la sécurité humaine dans votre communauté ? Comment cette insécurité affecte-t-elle les enfants ?
La paix en tant que droit humain
Le préambule de la CDE déclare que les enfants doivent être élevés dans un esprit de paix, de dignité, de tolérance, de liberté, d’égalité et de solidarité. La paix ne se réduit pas à l’absence de conflits ou de violences ; c’est une façon de vivre ensemble pour que chaque membre de la société puisse accomplir
ses droits humains. La paix est considérée comme essentielle à la réalisation des droits humains et beaucoup la considèrent comme un droit en soi. En 2016, l’Assemblée générale des Nations Unies a approuvé la Déclaration sur le droit à la paix. À l’article 1 de la Déclaration, il est dit : « Tout le monde a le droit de jouir d’un climat de paix tel que tous les droits de l’homme sont défendus et protégés et que le développement est pleinement réalisé. » Ceci est conforme à l’Agenda 2030 pour les objectifs de développement durable qui affirme que « il ne peut y avoir de développement durable sans paix ni de paix sans développement durable ». Une précédente déclaration des Nations Unies sur une culture de la paix avait été adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1999. Selon ce document, la responsabilité de promouvoir une culture de la paix incombe à tous les membres de la communauté, y compris les parents, les enseignants, les décideurs, les journalistes et les institutions et organisations de la société civile.
L’éducation à la paix
L’éducation à la paix reflète l’approche de l’éducation qui est celle de l’article 26 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. L’éducation n’est pas seulement un droit ; elle doit « viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme
et des libertés fondamentales ». Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix. La Convention relative aux droits de l’enfant dispose également que l'éducation doit viser à « … préparer l’enfant à assumer les responsabilités de la vie dans une société libre, dans un esprit de compréhension, de paix, de tolérance, d’égalité entre les sexes et d’amitié entre tous les peuples et groupes ethniques, nationaux et religieux, et avec les personnes d’origine autochtone ».
L’éducation à la paix apporte les connaissances, les compétences, les attitudes et les valeurs nécessaires à des changements d’attitude grâce auxquels les enfants, les jeunes et les adultes pourront prévenir les conflits et la violence, manifestes ou structurels, résoudre les différends pacifiquement et instaurer les conditions favorables à la paix, que ce soit entre particuliers, entre des groupes, au plan national ou international. L’éducation à la paix renforce l’estime de soi des enfants, améliore leur capacité à résoudre les problèmes et permet d’éviter les comportements à risque.
L’éducation à la paix est un aspect important de nombreuses approches éducatives qui visent à promouvoir les droits humains et une culture de paix et de démocratie, à commencer par l’éducation aux droits humains. Son objectif est de favoriser la compréhension et ainsi l’élimination des causes des conflits, comme la pauvreté et toutes les formes de discrimination, ainsi que d’enseigner les compétences nécessaires à la gestion des conflits. La résolution pacifique des conflits n’est pas une qualité humaine naturelle ; il faut l’apprendre et la pratiquer dès l’enfance.
Généralement, l’enfant fait l’expérience de situations conflictuelles avec ses pairs, ses parents, les enseignants et les autres adultes. Mais le conflit n’est pas forcément négatif ou nocif en soi ; souvent, il est possible de le modérer et de le résoudre. Par contraste, la violence, qui consiste en l’utilisation agressive de la force ou l’abus de pouvoir, finit toujours par blesser et détruire. C’est pourquoi la société a imaginé quantité de méthodes non agressives pour résoudre les conflits, comme la négociation et la médiation. Le « dialogue » entre les individus est l’essence de la compréhension humaine et le seul moyen de parvenir à un consensus ; la « négociation » est une discussion directe entre les parties en conflit, tandis que la « médiation » fait intervenir un tiers neutre3.
Apprendre à gérer les conflits et à s’abstenir de recourir à la violence est une leçon importante de socialisation pour tous les enfants. Les conflits peuvent être résolus de trois manières différentes : une solution « gagnant-gagnant », qui permet aux deux parties d’en tirer des bénéfices ; une solution « gagnant-perdant », dans laquelle une seule partie en tire profit au détriment de l’autre ; et la solution « perdant-perdant », dans laquelle aucune des parties n’en retire le moindre bénéfice. La technique suivante de résolution des conflits en six étapes peut être appliquée à toute situation :
Comment les enfants avec lesquels vous travaillez réagissent-ils habituellement aux conflits ? Pouvez-vous les aider à apprendre à gérer et à résoudre les conflits plus efficacement ?
3 Education for conflict prevention and peacebuilding: meeting the global challenges of the 21st century, UNCESCO, 2012. Pp.15-16.
4 ECD/EDH Volume VI : Enseigner la démocratie - Recueil d'activités pédagogiques pour l'éducation à la citoyenneté démocratique et aux droits de l'homme, Conseil de l’Europe, 2011. pp. 80-82