Vous avez volé mes rêves et mon enfance avec vos paroles creuses. Je fais pourtant partie de ceux qui ont de la chance. Les gens souffrent, ils meurent. Des écosystèmes entiers s’effondrent, nous sommes au début d’une extinction de masse, et tout ce dont vous parlez, c’est d’argent, et des contes de fées de croissance économique éternelle. Comment osez-vous ?
Greta Thunberg, Sommet de l’ONU sur le climat, New York, 23 septembre 2019
L’environnement et les droits des enfants
Les êtres humains font partie intégrante de leur environnement et l’environnement a des répercussions sur tous les aspects de la vie humaine, dont les droits de l’homme. La Conférence des Nations Unies sur l’environnement humain, tenue en 1972, a formellement reconnu l’interdépendance entre l’environnement et les droits de l’homme, affirmant que cet environnement humain, à savoir « les deux éléments de son environnement, l’élément naturel et celui qu’il a lui-même créé, sont indispensables à son bien-être et à la pleine jouissance de ses droits fondamentaux, y compris le droit à la vie même ».
Les droits environnementaux font partie de ce que l’on appelle les droits collectifs. Ces droits concernent des sociétés entières, ou des groupes de personnes, et pas seulement les individus ; ils incluent notamment les droits à la paix, au développement durable, à la communication et à une part de l’héritage commun de l’humanité. Les droits collectifs, comme le droit à un environnement sain, témoignent de la reconnaissance que les droits humains ne se situent pas au seul niveau individuel au sein d’un système politique et social, mais qu’ils concernent l’ensemble des membres de la famille humaine au sein de systèmes interdépendants qui transcendent les États-nations. Par exemple, le réchauffement climatique se répercute sur l’ensemble du vivant sans considération des frontières. Chaque individu doit respecter la valeur intrinsèque de ses semblables et, pareillement, la valeur de tous les êtres vivants : les animaux, les plantes et les écosystèmes dans lesquels nous vivons tous.
Les impacts de l’environnement sur les droits des êtres humains sont à la fois positifs et négatifs. L’environnement joue en effet un rôle essentiel dans notre vie, puisqu’il fournit les matières premières nécessaires à notre alimentation, à notre industrie et à notre développement. Mais les risques naturels, comme la radioactivité excessive ou la pollution des eaux potables, peuvent menacer la santé humaine, voire la vie elle-même. Si la cause n’est pas accidentelle, ou si elle était évitable, il peut alors s’agir de violations des droits humains.
Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits humains et l’environnement (chargé d’examiner les obligations relatives aux droits de l’homme se rapportant aux moyens de bénéficier d’un environnement sûr, propre, sain et durable) a expliqué dans un rapport en quoi les droits de l’enfant et l’environnement sont liés :1
Droit à la vie, à la santé et à l’épanouissement : Les nuisances environnementales peuvent mettre en danger la vie des enfants et des femmes enceintes, provoquer des décès évitables et des problèmes de santé à vie. Les enfants ont besoin d’un environnement sain pour grandir et s’épanouir.
Droit à un niveau de vie suffisant : La pollution de l’air, la pénurie d’eau potable, l’exposition à des produits chimiques et à des déchets dangereux, les effets du changement climatique et la perte de biodiversité violent le droit de l’enfant à un niveau de vie suffisant pour permettre son développement physique, mental, spirituel, moral et social et l’exercice de tous les droits qui en découlent : les droits à l’alimentation, au logement, à l’eau potable et à l’assainissement.
Droit au jeu et aux loisirs : Les enfants doivent pouvoir se livrer à des activités ludiques et récréatives dans un environnement sain et sûr. Certains enfants sont confrontés à des conditions dangereuses lorsqu’ils vont jouer à l’extérieur, notamment la pollution de l’air et de l’eau, les décharges à ciel ouvert, les substances toxiques et le manque d’accès à des espaces verts et des environnements naturels sûrs, tandis que d’autres ne peuvent même pas sortir de chez eux sans s’exposer à des nuisances environnementales.
Droit à l’éducation et à l’information : Selon la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant (CDE), l’éducation des enfants doit viser à développer le respect de l’environnement naturel. En outre, les enfants doivent avoir accès à des informations qui les aident à comprendre les effets de l’environnement sur leurs droits, comment ils peuvent se protéger et quel rôle ils peuvent jouer pour protéger l’environnement. Ces informations devraient être fournies dans un langage adapté aux enfants et dans un format qui leur soit accessible.
Droit d’être entendu : Les enfants ne sont pas des experts en sciences, pas plus que les adultes d’ailleurs, mais ils connaissent leurs conditions et leur environnement de vie bien mieux que les adultes. Leur opinion sur les défis environnementaux à long terme, tels que le changement climatique et la
perte de biodiversité, est défendable et mérite d’être respectée, car elle façonnera le monde dans lequel ils vont vivre. Les enfants peuvent jouer un rôle central en promouvant des modes de vie respectueux de l’environnement auprès de leurs pairs, de leur communauté ou de la société.
Les problèmes environnementaux en Europe
L’Europe, comme le reste du monde, est confrontée à plusieurs menaces environnementales majeures qui auront très probablement un impact sur les générations futures :
Le changement climatique, causé par les émissions excessives de carbone au cours des siècles, a déjà des effets sur toutes les régions du monde. Ces dernières années, l’Europe a subi les conséquences du réchauffement de la planète et de la modification des régimes climatiques, telles que des sécheresses, des inondations, des vagues de chaleur extrême et des incendies de forêt.
La dégradation des sols et l’érosion par l’eau dans le monde entier menacent les approvisionnements alimentaires : l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture estime qu’il ne nous reste peut-être que 60 ans de récoltes. Le problème est également aigu en Europe : dans
certaines régions d’Europe centrale et orientale, la détérioration des sols est désormais si grave que certaines terres ne peuvent plus être cultivées.
La vie sauvage s’éteint dans toute l’Europe, et la biodiversité est gravement menacée. Les oiseaux sont en déclin et une étude récente a montré que, dans les réserves naturelles en Allemagne, les insectes volants ont diminué de 76 % en 27 ans.
La pêche industrielle est responsable de la quasi-extinction de certaines espèces de poissons, comme le thon rouge. La surpêche est une partie du problème, l’utilisation de médicaments et de désinfectants, qui entraîne une pollution marine, en est une autre.
La pollution atmosphérique due à l’industrie lourde et aux combustibles fossiles affecte directement la santé humaine et tous les êtres vivants. Selon un rapport de 2014 de l’Agence européenne pour l’environnement, la pollution provenant des voitures, des centrales électriques, des ménages
et de l’agriculture contribue à près de 467 000 décès prématurés sur le continent.
Le manque d’eau et la sécheresse sont des phénomènes de plus en plus fréquents et répandus sur le continent européen.
La surconsommation a un impact négatif sur l’environnement. Si tous les habitants de la planète consommaient l’équivalent de l’Européen moyen, deux planètes Terre seraient nécessaires.
Les déchets domestiques et industriels remplissent le sol et les océans de la planète. En Europe, le total annuel des déchets s’élève à plus de 2,5 milliards de tonnes. Sur ce total, seul un tiers environ est recyclé, le reste étant brûlé ou mis en décharge.
Les organismes génétiquement modifiés (OGM), dont le matériel génétique a été modifié, peuvent avoir des conséquences à long terme sur la santé humaine, l’environnement et l’agriculture durable.
Quelles sont les principales préoccupations environnementales dans votre région ? Comment affectent-elles les populations locales ? Comment affectent-elles les droits de l’enfant ?
Les enfants et l’environnement
Les enfants sont exposés à quantité d’environnements différents qui ont une profonde influence sur leur croissance et leur développement. Ces expositions, qu’elles soient néfastes ou favorables à la santé, ne sont pas isolées, mais interagissent avec les déterminants sociaux et nutritionnels de la santé pour
influencer la santé et le bien-être des enfants.
Inheriting the world: The atlas of children’s health and the environment, 2017 (WHO)
En 2017, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié une version actualisée d’un rapport publié pour la première fois en 2004 sur le lien entre l’environnement et la santé des enfants. Le rapport note qu’en 2015, plus d’un quart des 5,9 millions d’enfants décédés avant d’atteindre leur cinquième anniversaire auraient pu être évités en s’attaquant aux risques environnementaux.
L’OMS classe certains des risques environnementaux comme « traditionnels » ; il s’agit notamment de la pollution atmosphérique, de l’eau insalubre et des mauvaises conditions sanitaires. Ces risques sont particulièrement fréquents dans les régions en développement. D’autres risques, dits « émergents », sont principalement le fait des pays industrialisés ; il s’agit notamment des produits chimiques (pesticides, plastiques et autres produits manufacturés), des déchets électroniques et du changement climatique.
Quels sont les principaux problèmes environnementaux qui affectent la santé des enfants dans votre communauté ?
Le développement durable
En 1983, la Commission mondiale sur l’environnement et le développement de l’ONU (appelée par la suite « Commission Brundtland ») a défini l’environnement durable comme « un mode de développement qui répond aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des
générations futures de répondre aux leurs ».
Depuis que la Commission s’est réunie, diverses initiatives mondiales ont été lancées pour faire face à des problèmes environnementaux de plus en plus pressants, et la notion de développement durable a elle-même évolué. Il est largement reconnu que cette notion intègre au moins trois dimensions : la
justice sociale et le développement économique, ainsi que la protection de l’environnement. En d’autres termes, on considère que le développement durable ne consiste pas seulement à préserver l’environnement, mais aussi à apprendre à vivre dans le respect les uns des autres, tout en assurant la sécurité économique pour tous.