L’égalité de genre
Une fille a les moyens d’aller de l’avant dans la vie. Ce n’est pas seulement une mère, ce n’est pas seulement une sœur, ce n’est pas seulement une épouse. Elle doit avoir une identité. Elle doit être reconnue. Et elle a les mêmes droits qu’un garçon.
Malala Yousafzai, lauréate du prix Nobel de la paix 2014

Qu’est-ce que l’égalité de genre ?
L’égalité de genre, ou égalité entre les femmes et les hommes, implique des droits égaux pour les femmes et les hommes, les filles et les garçons ainsi que la même visibilité, autonomisation, responsabilité et participation dans tous les domaines de la vie publique et privée. Elle implique également l’égalité des femmes et des hommes dans l’accès aux ressources et dans la distribution de celles-ci1. Bien que l’on constate des progrès et que le statut juridique des femmes en Europe se soit incontestablement amélioré ces dernières décennies, l’égalité effective entre les femmes et les hommes est encore loin d’être une réalité. L’inégalité de genre touche aussi bien les filles que les garçons, même s’il est largement reconnu que le sexisme et les stéréotypes liés au genre ont tendance à avoir un impact plus négatif sur les filles.
Tous les droits de l’enfant consacrés par la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant (CDE) s’appliquent à chaque enfant sans discrimination, aux filles comme aux garçons, ainsi qu’aux enfants qui s’identifient à un autre genre. Néanmoins, certaines questions relatives aux droits de l’enfant peuvent affecter certains enfants plus que d’autres du fait de leur genre. Un autre instrument des droits de l’homme, la Convention des Nations Unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), s’applique également aux filles, et le comité chargé de superviser sa mise en œuvre se concentre sur les droits des filles dans ses travaux.
Notions clés
Le sexe, le genre, l’identité de genre et l’orientation sexuelle sont des notions souvent confondues ; cela étant, toutes sont liées aux droits de l’enfant.
Le sexe est un fait biologique : presque tous les êtres humains naissent biologiquement différenciés, autrement dit fille ou garçon. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit le « sexe » comme « les caractéristiques biologiques et physiologiques qui différencient les hommes des femmes ». Bien que
ces caractéristiques biologiques ne soient pas mutuellement exclusives, puisque certains individus possèdent les deux, elles tendent à différencier les humains en tant que mâles et femelles2. Certaines personnes naissent avec des combinaisons atypiques de caractéristiques physiques (corporelles) qui
distinguent habituellement les garçons des filles au moment de la naissance ; ces personnes peuvent être qualifiées d’« intersexuées ».
Le genre, en revanche, est une construction sociale. Pour la Convention d’Istanbul, le genre désigne « les rôles, les comportements, les activités et les attributions socialement construits, qu’une société donnée considère comme appropriés pour les femmes et les hommes ». Les caractéristiques attribuées au genre peuvent donc changer.
Voici quelques exemples des caractéristiques sexuelles :
- les caractéristiques sexuelles primaires : organes génitaux ;
- les caractéristiques sexuelles secondaires : développement des seins chez les filles ; plus grande capacité musculaire chez les garçons ;
- la génétique : différence dans les chromosomes.
Quelques stéréotypes liés au genre :
- les filles et les femmes sont censées s’habiller de manière féminine (types de vêtements, couleurs) ;
- les femmes et les filles sont censées faire plus de travaux ménagers que les hommes et les garçons ;
- les garçons ne montrent pas leurs sentiments et ne pleurent jamais.
L’identité de genre fait référence au genre auquel les personnes se sentent appartenir, qui peut ou non être le même que le sexe qui leur a été assigné à la naissance. Elle fait référence à l’expérience intérieure et individuelle profondément ressentie de chaque personne en la matière.
Transgenre est un terme générique souvent utilisé pour décrire un large éventail d’identités et d’expériences. Il fait généralement référence à des personnes qui ont une identité de genre différente du sexe qui leur a été attribué à la naissance et à des personnes qui souhaitent présenter leur identité de
genre de manière différente de celle qui leur a été attribuée à la naissance.
L’orientation sexuelle décrit un schéma d’attirance émotionnelle et sexuelle pour les hommes, les femmes, les deux ou aucun des deux. L’orientation sexuelle n’est pas liée à l’identité de genre ; par exemple, un homme transgenre peut être hétérosexuel ou gay de la même manière qu’un autre homme peut être hétérosexuel ou gay.
En tant que part importante de l’identité et de l’individualité d’une personne, les rôles de genre sont formés par la socialisation. Aujourd’hui, non seulement la famille, l’école et le lieu de travail influent sur cette socialisation, mais aussi les médias, y compris les nouvelles technologies de l’information, la musique, les films et les réseaux sociaux. Les forces de socialisation traditionnelles et nouvelles servent à préserver et à transmettre les stéréotypes de genre, mais elles peuvent aussi les modifier ou les remettre en question.
Les stéréotypes liés au genre et la discrimination
Les stéréotypes de genre sont des clichés ou des idées préconçues en fonction desquels les individus sont divisés en catégories particulières, définies généralement comme « femmes » et « hommes », et à ces individus sont arbitrairement assignés des caractéristiques et des rôles déterminés et bornés par
leur sexe. Les stéréotypes sont à la fois descriptifs dans la mesure où les membres d’un groupe donné sont perçus comme dotés des mêmes attributs, indépendamment des différences individuelles, et normatifs en ce qu’ils fixent les critères à l’aune desquels la société juge acceptable ou non un comportement. Le recours aux stéréotypes devient problématique lorsqu’il est utilisé comme un moyen pour avilir les femmes et opérer des discriminations à leur égard.
Nombreuses sont les institutions qui contribuent au renforcement des traditionnels stéréotypes en matière de genre. Dans, les médias, par exemple, les femmes sont essentiellement présentées comme des « objets d’action publique », des victimes et des personnes investies dans le soin des autres. L’image donnée des hommes, en revanche, est généralement celle de personnes créatives, fortes, intelligentes et pleines d’initiatives. Si, à propos des hommes, les médias mettent en avant leur puissance et leurs réalisations, ils privilégient chez les femmes, même les plus accomplies, l’apparence – qui reste les concernant le premier critère d’évaluation. La façon dont les enfants et les jeunes se présentent sur les réseaux sociaux, en tenant compte de l’influence des pairs, contribue également à l’approbation des rôles stéréotypés de genre. Il est également établi que les réseaux sociaux en particulier font l’objet d’utilisations abusives, et que les femmes et les filles sont souvent confrontées à des menaces violentes et à caractère sexuel en ligne.
Alors que les stéréotypes de genre se forment principalement pendant les années scolaires, les inégalités de genre restent une caractéristique persistante du système éducatif dans les États membres du Conseil de l’Europe. Les stéréotypes de genre continuent d’influer sur le comportement et les pratiques du personnel scolaire. L’école a tendance à instruire de manière conforme aux stéréotypes de genre et, dans leur majorité, les cadres d’apprentissage scolaires n’encouragent pas les élèves à choisir des disciplines ou matières neutres du point de vue du genre. Les élèves qui ne se conforment pas aux attentes stéréotypées peuvent faire l’objet de critiques, d’ostracisme, voire de violence. Le système éducatif est dans une position privilégiée pour inverser la tendance, changer la mentalité des filles et des garçons, des femmes et des hommes, et développer le véritable potentiel des filles et des garçons, en évitant de véhiculer des idées préconçues sur les rôles de genre.
Les stéréotypes de genre traditionnels peuvent être préjudiciables, tant pour les garçons que pour les filles. Les attentes associées aux rôles masculins, à savoir la force et l’esprit de compétition, sont souvent en conflit avec les expériences quotidiennes des garçons : vie dans une structure familiale atypique, chômage des hommes et présence croissante des femmes dans la sphère publique. Les garçons qui ne se conforment pas à ces stéréotypes risquent de subir des brimades, l’exclusion et la discrimination.
Les filles peuvent être victimes de discrimination dans plusieurs domaines de la vie : l’accès à l’éducation et aux soins de santé, la participation, le droit au jeu et aux loisirs. Les filles appartenant à une minorité, les filles handicapées, les filles issues de l’immigration et les filles vivant en zone rurale ou dans des situations défavorisées sont encore plus vulnérables, car elles peuvent être soumises simultanément à un ou plusieurs autres types de discrimination.
Dans quelle mesure votre communauté se conforme-t-elle aux traditionnels stéréotypes de genre ? En quoi ces stéréotypes affectent-ils la vie des enfants ?
1 Conseil de l’Europe, Stratégie pour l'égalité entre les hommes et les femmes 2018-2023
2 www.who.int/reproductivehealth/topics/sexual_health/sh_definitions/en