Retour

La désaffection des élus municipaux : un danger pour la santé de la démocratie locale

Chambre des Pouvoirs Locaux Strasbourg, France 30 octobre 2019
  • Diminuer la taille du texte
  • Augmenter la taille du texte
  • Imprimer la page
  • Imprimer en PDF
La désaffection des élus municipaux : un danger pour la santé de la démocratie locale

Le 30 octobre 2019, la Chambre des pouvoirs locaux du Congrès, a tenu un débat sur les conditions de travail des maires et des conseillers municipaux. La désaffection des fonctions d’élus locaux inquiète les membres du Congrès car elle représente un réel danger pour la santé de la démocratie locale. Le débat a pu établir la similarité des situations dans la plupart des pays membres. Des propositions d’action ont été formulées.

A la veille de nombreuses élections municipales et régionales prévues en 2020 en Europe, la démocratie locale semble menacée par le manque de candidats aux fonctions de maires et conseillers municipaux. Le débat, initié par le Congrès, vise à questionner l’ampleur du phénomène dans les Etats membres et à engager une analyse permettant de formuler des solutions durables qui rendraient ces fonctions plus attrayantes, notamment pour les jeunes.

Le document de réflexion, proposé par la Chambre des pouvoir locaux, tout comme les allocutions de Helmut Mödlhammer, ancien président de l’Association des Municipalités autrichiennes et de Lars Rieger, maire de Scheich en Allemagne, soulignent le fait qu’en Europe les municipalités se sont retrouvées de plus en plus investies de responsabilités transférées par les gouvernements centraux.

Or, l’accroissement des compétences et l’augmentation de la charge de travail des maires et des élus locaux ont très souvent été accompagnés par une baisse des budgets municipaux suite aux politiques d’austérité. Ainsi, les maires se sont vus obligés de gérer des dossiers complexes dans des secteurs vitaux tels que la sécurité, la santé, les jardins d’enfants, l’éducation, le logement, les services postaux, la crise migratoire etc. sans avoir pour autant la marges de manœuvre financière nécessaire.

« Nous sommes devenus responsables de tous les problèmes des citoyens, du berceau à la tombe, explique Helmut Mödlhammer, maire en Autriche et par ailleurs journaliste, auteur du livre Ma vie pour la communauté (Mein Lebensweg für die Gemeinden), 2013.

En contact direct avec la population, les maires deviennent également très souvent victimes de la frustration et de la colère des citoyens envers la classe politique en général. Les intervenants au débat ont attiré l’attention sur le fait que les maires se retrouvent pris entre plusieurs feux et sont de plus en plus souvent attaqués en justice car ils gèrent des dossiers trop complexes pour lesquels ils manquent parfois de formation juridique et administrative adéquate : « Chaque maire aurait besoin d’un avocat à plein temps ! », a souligné Madame Rosaleen O'Grady (Irlande).

A cela s’ajoute la prolifération des critiques et des menaces dont les élus locaux font l’objet au quotidien, notamment sur les réseaux sociaux, sans parler des nombreux cas d’agression physique, on comprend pourquoi ces investitures comportent un sérieux risque pour la carrière, la santé et la vie familiale des élus, d’où la difficulté des partis politiques à recruter des candidats aux fonctions des maires, notamment parmi les jeunes et les femmes.

Dans son allocution Lars Rieger, maire de Scheich, a signalé qu’en Allemagne plus de 2200 communes manquent de candidats à la fonction de maire. Pour lui, une des principales raisons qui ont conduit à cette situation est l’obligation pour la plupart des maires des petites communes allemandes de garder leurs emplois dans le secteur privé. Ils sacrifient ainsi à la fois leur position professionnelle et tout leur temps libre, y compris les soirées, sans être correctement indemnisés pour le service rendu : « En devenant maire on doit souvent faire face à une dégradation de notre carrière, de nos situations financières, et parfois de nos situations familiales, » a-t-il expliqué. Le faible niveau de rémunération est revenu comme argument dans la plupart des interventions au débat.

Les membres du Congrès ont exprimé une volonté collective de passer à des actions coordonnées au niveau européen en saluant notamment la proposition de Piero Fassino (Italie) d’organiser à Strasbourg une conférence des associations européennes des pouvoirs locaux afin de formuler un plan d’action commun vis-à-vis des gouvernements.

Des bonnes pratiques telles que le site britannique « Devenez conseiller municipal ! », l’organisation en Ecosse d’un groupe d’intérêt des élus locaux, l’exemple de pays comme le Luxembourg où le statut d’élu local est très avantageux etc., mais aussi l’engagement dans le débat des jeunes délégués, ont contribué à formuler d’ores et déjà un certain nombre de propositions pour restaurer la fonction de maire et de conseiller municipal aux yeux des éventuels candidats.

 

*** 37e Session du Congrès ***

Dossier de la 37e Session - Agenda - Vidéos et photosMédiabox interviews


suivez-nous suivez-nous