Retour Tirer les leçons de l'histoire pour renforcer la démocratie : temps forts de la session consacrée à l’histoire lors du Forum mondial de la démocratie

Ce vendredi 7 novembre, lors d’une session organisée dans le cadre du Forum mondial de la démocratie – en collaboration avec l’Observatoire de l’enseignement de l’histoire en Europe – des éducateurs, décideurs politiques, artistes et représentants de la société civile ont apporté des points de vue uniques sur la bonne gouvernance, les monuments, la mémoire et la multiperspectivité.
Tirer les leçons de l'histoire pour renforcer la démocratie : temps forts de la session consacrée à l’histoire lors du Forum mondial de la démocratie

Au cœur des échanges : une question urgente – comment les sociétés peuvent-elles apprendre de l’histoire pour renforcer la démocratie face à la montée du populisme, à la polarisation et aux atteintes à l’État de droit ?

Dès l’ouverture, les intervenants ont souligné la fragilité de la démocratie et le travail constant nécessaire pour la faire vivre. Comme l’a rappelé le modérateur Matjaž Gruden, Directeur pour la Démocratie au sein du Conseil de l’Europe, la démocratie n’est pas un aboutissement inévitable mais un « phénomène récent » qui exige vigilance et engagement conscient. Cet appel à l’action a donné le ton, tandis que des voix venues de sociétés post-conflit ont réaffirmé l’importance de la vérité, de l’inclusion et de la participation locale dans la défense des valeurs démocratiques.

Au centre de ce renouveau se trouve la manière dont l’histoire est enseignée. María Luz Martínez Seijo – Présidente de la Sous-commission de la culture, de l'éducation et des valeurs démocratiques et Rapporteuse sur « La multiperspectivité dans l’enseignement de la mémoire et de l’histoire au service de la citoyenneté démocratique » à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe – et Lorena Zuccolo – Responsable du développement d’ATRIUM – Architecture des régimes totalitaires du XXᵉ siècle dans la mémoire urbaine de l’Europe, Itinéraire culturel du Conseil de l’Europe – ont toutes deux exploré le pouvoir transformateur de la multiperspectivité dans l’enseignement de l’histoire. Elles ont plaidé pour que les élèves abordent l’histoire sous plusieurs angles – à travers les monuments, les musées, la mémoire politique, voire les héritages architecturaux controversés.  Comme l’a expliqué Mme Martínez Seijo, la multiperspectivité « aide les élèves à comprendre l’histoire selon différents points de vue », favorisant la tolérance, l’inclusion et l’esprit critique, plutôt que l’adhésion à un récit unique. Le panel a également souligné l’importance du soutien aux enseignants et la nécessité de rendre l’éducation civique obligatoire pour tous. Mme Martínez Seijo a insisté sur le rôle central – et les défis – de l’éducation : une éducation démocratique et civique efficace devrait être obligatoire, concrète et soutenue par des ressources et des formations pour les enseignants. Les écoles constituent des lieux essentiels où les élèves peuvent expérimenter, discuter et mettre en pratique les principes démocratiques, malgré des obstacles tels que le manque de moyens ou l’influence de la désinformation.

Un troisième fil conducteur de la session a porté sur le rôle de l’art, de la mémoire et de la participation collective dans la construction de la citoyenneté démocratique. Francine Mayran – Psychiatre, et artiste engagée dans la préservation de la mémoire de la Shoah – a présenté des exemples frappants de projets artistiques menés avec des élèves (expositions, œuvres collectives) permettant de personnaliser l’histoire, de relier mémoire individuelle et mémoire collective, et d’aborder des thèmes difficiles comme la Shoah. « Pour moi, l’essentiel, c’est la devise Unis dans la diversité », a-t-elle déclaré, rappelant que les démocraties dynamiques s’épanouissent lorsque la diversité est reconnue et respectée.

La bonne gouvernance est essentielle à la légitimité de la démocratie. Alina Mungiu-Pippidi – Psychologue sociale, professeure de politique publique comparée chez LUISS Guido Carli – a illustré par de nombreux exemples historiques comment, à travers le monde, la démocratie et la bonne gouvernance ont pu se construire de manière organique ou sous l’influence d’acteurs extérieurs. Bâtir des systèmes inclusifs et fondés sur le mérite requiert l’engagement citoyen, la constitution de coalitions et l’utilisation d’outils comme les réseaux sociaux pour lutter contre la corruption et promouvoir des valeurs universelles. L’histoire joue ici un rôle clé : elle permet de comprendre comment les démocraties actuelles appliquant une bonne gouvernance y sont parvenues, et d’en tirer des enseignements pour créer la masse critique de soutien nécessaire aux démocraties.

En définitive, la session a mis en lumière à la fois les défis auxquels les démocraties sont confrontées et les réponses créatives et collaboratives nécessaires pour les surmonter. En interrogeant à la fois le qui participe, le quoi des récits que nous transmettons, et le comment de l’engagement des communautés, cette session du Forum mondial de la démocratie a offert une matière riche à réflexion et ouvert de nouvelles pistes face aux défis démocratiques contemporains.

 

Rediffusion intégrale de la session: ENFR / ORIGINAL

Conférence Strasbourg, France 7 novembre 2025
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