En dépit des bombardements incessants et des innombrables destructions, les régions d’Ukraine les plus touchées par la guerre font chaque jour la preuve de leur résilience et se sont adaptées à ces situations exceptionnelles : leurs initiatives peuvent servir d’exemple aux autres régions européennes, comme l’ont montré les débats de la Chambre des régions organisés le 29 octobre 2025 lors de la 49eme session du Congrès.
« Nous avons appris à nous défendre, et notre expérience peut vous aider à faire de même », a expliqué Oleksandr Tolokonnikov, Adjoint au chef de l’administration militaire de Kherson, avant de présenter quelques réalisations menées dans son oblast, dont 70% du territoire est encore occupé. Que ce soit en matière de restauration des services numériques, de consolidation des immeubles endommagés ou de mise en place d’écrans anti drones, les régions ukrainiennes ont un savoir-faire à partager, qui intéresse de plus en plus d’autres voisins de la Russie, comme les pays baltes et scandinaves, car « toute l’Europe peut un jour être menacée » a rappelé l’orateur. Ievgen Ivanov, qui occupe des fonctions similaires à Kharkiv, a détaillé la construction d’écoles et d’hôpitaux souterrains parfaitement équipés, ainsi que les moyens de remédier au plus vite aux destructions d’infrastructures, notamment énergétiques. Le président du Conseil Régional de Dnipropetrovsk, Mykola Lukashuk (Ukraine, R, GILD), a montré comment sa région a mis en place des systèmes d’alerte rapides et fiables pour les habitants, tandis que son personnel travaille dans des salles sécurisées ou à distance, pour limiter les risques et assurer la continuité des services publics. En outre, rappelle-t-il, l’oblast vient en aide aux personnes déplacées, tout en participant à la rééducation des 80 000 blessés qui doivent désormais vivre avec des prothèses : « nous sommes un exemple de résilience régionale et nous voulons partager cela avec vous », a-t-il déclaré devant la Chambre, avant que la déléguée jeune ukrainienne, Yelizavata Kaidash, ne rappelle le rôle joué par la jeunesse pour contribuer à cette résilience. Alors que le pays est soumis à la loi martiale, les conseils de jeunes font d’ailleurs partie des rares institutions démocratiques à ne pas avoir été mises entre parenthèses. Autre symbole de l’engagement des jeunes dans la défense et la reconstruction, la ville de Lviv a été en 2025 la capitale européenne de la jeunesse, a rappelé son maire Andriy Sadovyi. M Sadoviy a également présenté l’initiative de la ville de Lviv, initiative fortement soutenue par le Congrès, de fédérer 12 municipalités faisant partie de l’agglomération de Lviv autour d’une association ayant comme but d’aider à la coopération des autorités locales dans la gestion de la zone métropolitaine. Cette coopération s’organise dans les domaines classiques comme la mobilité urbaine ou la gestion de l’eaux ou des déchets, mais également dans la prise en charge des personnes déplacées par la guerre. L’initiative Unbroken est également un écosystème exemplaire de services de santé et éducationnels offerts à ceux qui ont suffert le plus de la guerre, notamment les personnes blessées ou handicapées par celle-ci.
Que se passe-t-il sur Oxford Street ?
Dans un autre débat consacré aux relations entre les niveaux régional et local, le vice-président de l’Assemblée de Londres et le vice-président du Congrès, Andrew Boff (Royaume-Uni, R, CRE) a souhaité partager avec le Congrès ses réflexions après une rénovation compliquée d’Oxford Street, l’une des principales artères de la capitale britannique. Les projets devaient impliquer à la fois le « Grand Londres » en tant que région et les 36 « arrondissements » de la capitale (les « Borough ») constitués d’élus locaux. Mais la coopération entre les deux structures s’est révélée bien plus complexe que prévu, entre chevauchement de compétences et intérêts parfois divergents, qui ont fini par mécontenter tout le monde. « Je me suis rendu compte qu’il était vraiment temps d’améliorer les échanges entre ces deux niveaux de gouvernance, mais aussi que les régions n’ont pas à empiéter sur les missions des pouvoirs locaux, et j’ai donc souhaité demander aux membres du Congrès comment cela fonctionnait dans leurs différents pays », a –t-il expliqué. Cette « vraie question » a aussitôt suscité quelques réactions montrant que le Royaume-Uni est loin d’être le seul pays à rencontrer ce type de problèmes. La déléguée jeune finlandaise Lumi Reichenbach a abordé une réorganisation récente des compétences communales et régionales en matière de santé et de secours dans son pays, mais note que dans un premier temps au moins, « plus personne ne sait plus vraiment qui est compétent et sur quoi ». D’autres pays, comme l’Espagne et l’Allemagne, estiment avoir résolu le problème de manière plus harmonieuse, à travers des niveaux de gouvernance définis de manière plus précise.
La gouvernance multiniveau favorise la compétitivité des régions
En outre, la Chambre a écouté la déclaration de Nadim Ahmad, Directeur adjoint du Centre pour l’entreprenariat, les PME, les régions et les villes de l’OCDE, laquelle s’est récemment penchée sur « le renforcement de la politique régionale pour des lieux résilients ». Ce travail, issu d’une conférence ministérielle tenue à Varsovie en mai 2025, a souligné que si les inégalités entre les pays ont tendance à se réduire, les inégalités entre les régions d’un même pays, et notamment entre les capitales et leurs régions ne diminuent pas. Cela induit de véritables pertes de compétitivité dont pâtit l’ensemble du pays, et accélère de plus la désertification de certaines zones, tout en aggravant le mécontentement des populations de ces régions. L’OCDE estime qu’une véritable gouvernance multiniveau permet, au contraire, de développer les régions les moins prospères. Elle est aussi indispensable pour y réussir les transitions vers le numérique et la transition verte. Les ministres des 38 pays membres de l’OCDE souhaitent pour toutes ces raisons donner un nouvel élan à leurs travaux sur le développement des politiques régionales.
