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Retour Oleksandr Prokudin : « l’Ukraine peut aider l’Europe à se préparer à des crises majeures »

Oleksandr Prokudin : « l’Ukraine peut aider l’Europe à se préparer à des crises majeures »

Mal préparée à l’agression russe de février 2022, l’Ukraine a renforcé depuis tous ses dispositifs de défense passive et de protection des populations civiles, avec une efficacité qui suscite l’admiration du monde entier. Cette expérience, sans cesse améliorée, pourrait aider les villes et les régions européennes à anticiper de telles crises, qu’elles soient d’origine militaire ou causées par des attentats ou des catastrophes naturelles, a montré un débat du Congrès tenu le 29 octobre.

Premier invité du débat « préparer les villes et les régions européennes aux crises sécuritaires », le chef de l’administration militaire régionale de Kherson, Oleksandr Prokudin, a présenté plusieurs dispositifs permettant de limiter les conséquences des bombardements et des attaques de drones russes sur Kherson. La région, autrefois l’une des plus prospères d’Ukraine, représente aujourd’hui un symbole de la résilience du pays face à une guerre « que nous n’attendions pas ». Sur place, l’élaboration d’un véritable « mur électronique » permet désormais de détruire 95% des drones lancés par la Russie, et les techniques de déminage ont tellement évolué qu’il est désormais possible de déminer en quelques mois des surfaces qui auraient exigé des décennies de travail il y a encore quelques années. La ville se protège aussi physiquement, et a construit 11 hôpitaux souterrains, alors que son hôpital principal a déjà subi 25 bombardements. De même, l’enfouissement des lignes électriques et le recours aux générateurs mobiles garantit l’approvisionnement électrique indispensable. Pour M. Prokudin, le pays a su réagir et s’adapter rapidement à cette guerre particulièrement cynique « durant laquelle l’ennemi attaque même les secouristes et les ambulances», et se tient prêt à « partager cette expérience » avec ses voisins européens, qui pourraient un jour devoir faire face aux mêmes défis. Si les autorités ukrainiennes ont fait des erreurs couteuses au début de la guerre, leur expérience peut aider les partenaires des autres pays à ne pas reproduire de telles erreurs et à ne pas en payer le prix fort payé par l’Ukraine.

           Un niveau de préparation très insuffisant dans la plupart des pays

De nombreux élus locaux et régionaux le reconnaissent, « nous ne sommes pas préparés à ce type de crises, et nos citoyens encore moins », a résumé le ministre de l’intérieur, des collectivités locales et du développement régional du Land de Thuringe (Allemagne), Georg Maier. Certes la Thuringe maintient voire augmente ses investissements en matière de protection contre les catastrophes et améliore sa coordination avec l’armée fédérale, mais cela est loin de répondre à tous les défis sécuritaires. Il s’inquiète en particulier des risques d’une cyberattaque de grande envergure, à laquelle personne n’est vraiment préparé. Il rappelle en outre les risques d’attentats majeurs liés à la progression des mouvements extrémistes et des « dangers internes ». De plus, l’Allemagne a pris conscience qu’elle devait améliorer la prévention des risques climatiques, surtout après les graves inondations survenues en 2021 en Rhénanie-Palatinat, dont le lourd bilan est en partie lié à une information et des évacuations trop tardives de la population.

Plusieurs membres allemands du Congrès, dont Soeren Schumacher (Allemagne, R, SOC/V/DP) se sont inquiétés de l’impréparation de leurs concitoyens : « il y a eu récemment un exercice de sirènes d’alerte à Hambourg, qui a montré que les gens ne savaient absolument par comment réagir », dit –il, en rappelant que du temps de la guerre froide, - jusqu’à la fin des années 1980-, la population connaissait des consignes de prévention et de sécurité qu’elle semble totalement ignorer de nos jours. De même, Bernd Voehringer (Allemagne, L, PPE/CCE) réclame un véritable enseignement des citoyens, et plaide pour la création d’un groupe d’échanges sur cette question.

          Les élus locaux et régionaux face à la  variété des menaces

Christian Debève (France, R, GILD) a rappelé les travaux récents du Congrès sur la prévention des catastrophes environnementales au niveau local et régional, basés notamment sur les tremblements de terre subis en 2023 par la Türkiye et les incendies en Espagne, et qui incluent de nombreuses propositions à l’intention des élus locaux et régionaux : elles s’appliquent aussi à toute forme de catastrophe de grande ampleur.

Pour Kristoffer Tamsons (Suède, R, PPE/CCE), la solidarité avec l’Ukraine n’est pas seulement un devoir moral, mais permet de « tester » les autres pays en matière de crises. Stockholm organise désormais des exercices de sécurité et d’urgence, car les dispositifs se sont révélés insuffisants lors des attentats subis par la ville. Eliane Demollins-Schneiders (Pays-Bas, R, PPE/CCE) observe la vulnérabilité des citoyens comme des structures locales face aux cyberattaques. Plusieurs jeunes délégués ont insisté aussi sur l’importance d’une meilleure prévention des crises environnementales, à l’image de Maria Lertxundi Vaquero (Espagne), pour qui « vivre en sécurité, c’est aussi savoir être résilient face au climat ». N’oublions pas les 229 morts des inondations de Valence, en octobre 2024, ou les incendies dramatiques dans les Balkans l’été dernier, a-t-elle ajouté.

Répondant aux interventions, Oleksandr Prokudin a conclu ses propos par un avertissement lourd de sens : « Si vous pensez que la guerre est loin, elle arrivera dans vos villes : n’attendez pas qu’un missile tombe, car le prix du retard, c’est la mort et les ruines ».

49th Session Strasbourg, France 29 Octobre 2025
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