Les années 1960 : l’apprentissage des langues pour la communication

Selon l’article 2 de la Convention culturelle européenne, les Etats membres du Conseil de l’Europe s’engagent à faciliter la communication entre leurs ressortissants en encourageant l’apprentissage de la langue des uns et des autres.

En conséquence, les projets concernant les langues lancés à partir de 1960 étaient tous axés sur l’apprentissage des langues aux fins de la communication. Ils encourageaient une approche centrée sur l’apprenant, active et positive. Il s’agissait de faire en sorte que tous les citoyens aient la possibilité d’apprendre d’autres langues (outre leur langue première), que leurs propres besoins de communication soient pris en considération et que les méthodologies soient fondées sur des tâches réelles de communication. Pour promouvoir l’autonomie de l’apprenant en lui donnant confiance en soi et en le motivant, il fallait véritablement que l’approche soit positive, qu’elle valorise tout ce que les apprenants pouvaient faire dans une langue étrangère ou seconde, même à des niveaux modestes.
 

Les années 1970 : spécifications des objectifs d’apprentissage des langues

Au cours des années 1970-80, l’un des projets les plus importants a été le développement de spécifications de « niveaux seuils » d’abord pour l’anglais, puis peu après pour le français, suivies par près d’une trentaine de langues : ces documents propres à chaque langue spécifiaient les objectifs d’apprentissage afin de parvenir à une communication autonome dans la langue cible. Les objectifs de communication au niveau le plus avancé (Vantage) et aux deux niveaux inférieurs (Breakthrough et Waystage) ont alors également été déterminés pour l’anglais.

L’approche consistant à définir des niveaux seuils reflète l’idée selon laquelle les résultats linguistiques ne dépendent pas seulement des connaissances linguistiques. Cette idée est apparue clairement à l’étape suivante du travail du Conseil de l’Europe sur la spécification des objectifs d’apprentissage de la langue, où l’accent a été mis sur le champ d’application et les niveaux. En ce qui concerne le champ d’application, cinq dimensions de compétence de communication ont été recensées : compétence linguistique, sociolinguistique, discursive, socioculturelle, et sociale. En ce qui concerne les niveaux, le travail à ce stade renvoie à l’une des principales caractéristiques innovantes du CECR, la description étalonnée de la compétence dans la langue L2.
 

Les années 1990 : un schéma descriptif et des échelles de compétences en L2 

Le temps était venu d’élaborer un cadre d’apprentissage, d’enseignement et d’évaluation des langues général et aussi complet que possible.

L’idée d’élaborer un CECR a été lancée en 1991 lors d’un grand symposium organisé à Rüschlikon par le Conseil de l’Europe en co-opération avec les autorités suisses. Un groupe de travail a été créé en 1992. Il a œuvré étroitement avec un groupe de recherche de Suisse (grâce à l’aide du Fonds national suisse de la recherche scientifique, le groupe de recherche s’étant attaché à élaborer et étalonner des descripteurs de la compétence en langue). Quatre membres du groupe de travail ont été retenus comme auteurs du CECR.

2000s : Le CECR est adopté en Europe et au-delà

Avant même sa publication en 2001, le CECR a commencé à avoir une forte influence sur la conception des plans d'études dans les États membres. Le CECR a été traduit en 40 langues au cours de la décennie qui a suivi sa publication et a été adopté comme référence par la quasi-totalité des pays d'Europe et de nombreux autres pays. Une enquête menée en 2007 auprès des États membres a montré que le CECR était déjà devenu la publication la plus influente dans le domaine de l'enseignement des langues, utilisée dans le monde entier pour donner forme aux innovations en matière de programmes, d'enseignement et d'évaluation. Son adoption a été facilitée par le fait que le CECR est applicable à toutes les langues et qu'il fournit à la fois les objectifs pragmatiques et fonctionnels, en lien avec le monde réel et de plus en plus demandés, tout en les associant avec la promotion du plurilinguisme, de l'interculturalité et de l'éducation à la citoyenneté démocratique.

2021 : Le CECR renouvelé : Le Volume complémentaire du CECR

Le Volume complémentaire complète et clarifie le modèle descriptif du CECR en définissant et en développant une série de concepts ; il étend et complète l'ensemble des descripteurs du CECR et élargit la conceptualisation de l’enseignement des langues. De nombreux concepts introduits dans le CECR ont été parallèlement développés dans la théorie et dans la pratique au cours des 20 années qui ont suivi sa publication ; il s'est avéré qu’il était possible de les approfondir dans le Volume complémentaire. Les descripteurs du CECR dans le volume complémentaire remplacent ceux publiés en 2001, avec des mises à jour des échelles existantes, en particulier pour A1 et les niveaux C, et l’ajout de nouvelles échelles de descripteurs pour la médiation de textes, la médiation de concepts, la médiation de la communication, l'interaction en ligne, la phonologie et les compétences en langues des signes.

Développement du CECR : La chronologie

1991 – Le Symposium « Transparence et cohérence dans l’apprentissage des langues en Europe. Objectifs, évaluation, certification » (Rüschlikon, Suisse, 10-16 novembre 1991 a marqué le point de départ de l'élaboration du CECR. Il était organisé par le Conseil de l’Europe avec les autorités suisses en collaboration avec la Conférence suisse des Directeurs cantonaux de l’Instruction Publique (CDIP), la Fondation Eurocentres, les Ecoles Club Migros et la Commission interuniversitaire de linguistique appliquée (CILA).

1995 – Projet 1 de la proposition de Cadre publié en décembre 

1996 – Consultation: plus de trois mille exemplaires envoyés à des institutions et des experts dans tous les Etats membres. Plusieurs centaines de questionnaires reçus et analysés (NB: la communication se faisait encore par courrier, l’e-mail et internet n’étant encore que peu utilisés) 

1997 – Projet 2 de la proposition de Cadre soumis à discussion lors de la Conférence Apprendre les langues pour une nouvelle Europe (Strasbourg, 15-18 avril 1997) 

1998 – Après révision, le projet 2 de la proposition de Cadre est imprimé et diffusé e pour pilotage avec son Guide pour utilisateurs

2001 – Lancement officiel à l’occasion de l’Année européenne des langues

2003 – Développement de la version pilote du manuel pour la mise en relation des examens avec le CECR.

2007 – Le Forum intergouvernemental sur les politiques linguistiques « Le Cadre européen commun de référence pour les langues (CECR) et le développement des politiques linguistiques : défis et responsabilités » confirme le rôle du CECR comme impulsion pour la réflexion et le développement des programmes et des pratiques d'enseignement actuels, ainsi que la responsabilité des États membres de respecter l'intégrité des niveaux du CECR.

2009 – Publication, après un vaste travail de pilotage, du Relier les examens de langues au Cadre européen commun de référence pour les langues : Apprendre, enseigner, évaluer' (CECR) Un manuel, suivie un an plus tard d'un autre volume rassemblant des études de cas.

2013 – Il est décidé de revoir le cadre conceptuel du CECR et de mettre à jour et d'étendre les descripteurs illustratifs pour inclure les domaines laissés de côté en 2001, lançant ainsi un projet d’une durés de de 6 ans.

2015 – Les projets de descripteurs des nouvelles échelles du CECR pour les aspects de la médiation, de l'interaction en ligne, des réactions à la littérature et du plurilinguisme/pluriculturalisme sont validés dans une série d'activités menées sur 10 mois, auxquelles 189 institutions et plus de 1300 personnes ont participé. Plus de 80 pays et 60 langues étaient représentés dans les données recueillies.

2018 – À la suite d'un pilotage et d'une consultation approfondis auprès des États membres, d’une série d’institutions et de quelque 800 personnes, publication en ligne du volume complémentaire du CECR avec de nouveaux descripteurs, en anglais et en français, y compris les descripteurs des compétences productives en langues des signes.

2020 – Publication du Common European Framework of Reference for Languages: Learning, teaching, assessment – Companion volume en anglais, avec tous les descripteurs respectant l’approche inclusive et la neutralité de genre.

2021 – Publication en français du Cadre européen commun de référence pour les langues : apprendre, enseigner, évaluer – Volume complémentaire

2022 – Publication du volume d'études de cas Enriching 21st century language education: The CEFR Companion Volume, examples from practice.

Exemple concret de l’utilisation des spécifications du Conseil de l’Europe sur un plan mondial : les cours multimédias

Anglais : à la fin des années 70, la BBC produit un cours accéléré pour l’apprentissage de l’anglais, « Follow me », sous forme de cours multimédia à la télévision, basé sur les spécifications du Conseil de l’Europe.  Il est devenu très populaire dans de nombreux pays étrangers ; ainsi en 1983 et pour la seule Chine, une centaine de millions de personnes ont suivi le programme « Follow me-».

Espagnol : s’inspirant du programme de la BCC et en coopération avec le Conseil de l’Europe, l’université de Salamanca produit le cours multimédias « Viaje al español » dont l’usage est attesté jusqu’en 2014.