Le Cadre européen commun de référence pour les langues : apprendre, enseigner, évaluer (CECR), résultat de deux décennies de recherches, est comme son nom l’indique, un cadre de référence.

Il a été conçu dans l’objectif de fournir une base transparente, cohérente et aussi exhaustive que possible pour l’élaboration de programmes de langues, de lignes directrices pour les curriculums, de matériels d’enseignement et d’apprentissage, ainsi que pour l’évaluation des compétences en langues étrangères.

Cette section présente un aperçu historique et le contexte de développement du CECR.

Le CECR est utilisé en Europe, mais aussi sur d’autres continents. Disponible en 40 langues, il est le document du Conseil de l’Europe le plus souvent traduit après la Convention européenne des droits de l’homme.

Le CECR : un document non prescriptif

En tant que cadre commun de référence, le CECR se voulait tout d’abord un outil pour la réflexion, la communication et la prise de décisions. Très complet, le CECR ne dit pas aux praticiens ce qu’ils doivent faire ni comment ils doivent procéder. C’est un outil de réflexion pour l’ensemble des professionnels dans le domaine des langues étrangères / secondes afin de promouvoir la qualité, la cohérence et la transparence par un métalangage commun et une échelle commune pour la fixation des objectifs d'apprentissage et l’évaluation des compétences en langue.

La force de son mécanisme descriptif repose sur une longue expérience de travail concernant la spécification des objectifs d’apprentissage pour des langues spécifiques. L’intérêt des niveaux de compétences en langue du CECR tient à ce qu’ils résultent d’un long projet de recherche, y compris beaucoup de travail empirique, et au fait qu’ils sont directement liés aux paramètres et aux catégories largement présentés dans la partie descriptive du CECR.
 

Le CECR ne représente pas une révolution mais s’inscrit dans une évolution des pratiques.

Initiant une nouvelle période dans l’enseignement des langues, il représente un outil innovant et précieux, qui n’est ni normatif, ni dogmatique. Le CECR n’est pas une méthode mais propose des réflexions sur les différentes options méthodologiques. Il est important de ne pas confondre la rigueur des grilles des descripteurs de niveaux du CECR avec l’esprit même du CECR, qui se veut ouvert et dynamique.

A première vue, le CECR peut sembler hermétique. En effet le texte est long, détaillé et complexe car il traite de la problématique dans sa globalité et le lire du début à la fin n’est pas la meilleure solution pour se l’approprier. Il convient d’en exploiter ce qui est utile par rapport au profil des acteurs (apprenants ou enseignants), au contexte et aux besoins. Il s’avère indispensable de le désacraliser pour ne pas en être prisonnier et pour l’utiliser au mieux.
 

Les années 1960 : l’apprentissage des langues pour la communication

Selon l’article 2 de la Convention culturelle européenne, les Etats membres du Conseil de l’Europe s’engagent à faciliter la communication entre leurs ressortissants en encourageant l’apprentissage de la langue des uns et des autres.

En conséquence, les projets concernant les langues lancés à partir de 1960 étaient tous axés sur l’apprentissage des langues aux fins de la communication. Ils encourageaient une approche centrée sur l’apprenant, active et positive. Il s’agissait de faire en sorte que tous les citoyens aient la possibilité d’apprendre d’autres langues (outre leur langue première), que leurs propres besoins de communication soient pris en considération et que les méthodologies soient fondées sur des tâches réelles de communication. Pour promouvoir l’autonomie de l’apprenant en lui donnant confiance en soi et en le motivant, il fallait véritablement que l’approche soit positive, qu’elle valorise tout ce que les apprenants pouvaient faire dans une langue étrangère ou seconde, même à des niveaux modestes.
 

Les années 1970 : spécifications des objectifs d’apprentissage des langues

Au cours des années 1970-80, l’un des projets les plus importants a été le développement de spécifications de « niveaux seuils » d’abord pour l’anglais, puis peu après pour le français, suivies par près d’une trentaine de langues : ces documents propres à chaque langue spécifiaient les objectifs d’apprentissage afin de parvenir à une communication autonome dans la langue cible. Les objectifs de communication au niveau le plus avancé (Vantage) et aux deux niveaux inférieurs (Breakthrough et Waystage) ont alors également été déterminés pour l’anglais.

L’approche consistant à définir des niveaux seuils reflète l’idée selon laquelle les résultats linguistiques ne dépendent pas seulement des connaissances linguistiques. Cette idée est apparue clairement à l’étape suivante du travail du Conseil de l’Europe sur la spécification des objectifs d’apprentissage de la langue, où l’accent a été mis sur le champ d’application et les niveaux. En ce qui concerne le champ d’application, cinq dimensions de compétence de communication ont été recensées : compétence linguistique, sociolinguistique, discursive, socioculturelle, et sociale. En ce qui concerne les niveaux, le travail à ce stade renvoie à l’une des principales caractéristiques innovantes du CECR, la description étalonnée de la compétence dans la langue L2.
 

Les années 1990 : un schéma descriptif et des échelles de compétences en L2 

Le temps était venu d’élaborer un cadre d’apprentissage, d’enseignement et d’évaluation des langues général et aussi complet que possible.

L’idée d’élaborer un CECR a été lancée en 1991 lors d’un grand symposium organisé à Rüschlikon par le Conseil de l’Europe en co-opération avec les autorités suisses. Un groupe de travail a été créé en 1992. Il a œuvré étroitement avec un groupe de recherche de Suisse (grâce à l’aide du Fonds national suisse de la recherche scientifique, le groupe de recherche s’étant attaché à élaborer et étalonner des descripteurs de la compétence en langue). Quatre membres du groupe de travail ont été retenus comme auteurs du CECR.

Développement du CECR : la chronologie

  • 1991 – Le Symposium Transparence et cohérence dans l’apprentissage des langues en Europe. Objectifs, évaluation, certification (Rüschlikon, Suisse, 10-16 novembre 1991 a marqué le point de départ de l'élaboration du CECR. Il était organisé par le Conseil de l’Europe avec les autorités suisses en collaboration avec la Conférence suisse des Directeurs cantonaux de l’Instruction Publique (CDIP), la Fondation Eurocentres, les Ecoles Club Migros et la Commission interuniversitaire de linguistique appliquée (CILA) [Rapport]
  • 1995 – Projet 1 de la proposition de Cadre publié en décembre 
  • 1996 – Consultation: plus de trois mille exemplaires envoyés à des institutions et des experts dans tous les Etats membres. Plusieurs centaines de questionnaires reçus et analysés (NB: la communication se faisait encore par courrier, l’e-mail et internet n’étant encore que peu utilisés) 
  • 1997 – Projet 2 de la proposition de Cadre soumis à discussion lors de la Conférence Apprendre les langues pour une nouvelle Europe (Strasbourg, 15-18 avril 1997) 
  • 1998 – Après révision, le projet 2 de la proposition de Cadre est imprimé et diffusé e pour pilotage avec ses Guides pour utilisateurs (Guide général et 10 autres) 
  • 1999-2000 – Révision finale et préparation de la publication avec des éditeurs externes (les éditions Didier pour la version française et Cambridge University Presse pour l’édition anglaise) 
  • 2001 – Lancement officiel à l’occasion de l’Année européenne des langues 
  • 2018 – Publication du Volume complémentaire au CECR avec de nouveaux descripteurs

Le CECR est disponible en 40 langues européennes et non-européennes.

Exemple concret de l’utilisation des spécifications du Conseil de l’Europe sur un plan mondial : les cours multimédias

Anglais : à la fin des années 70, la BBC produit un cours accéléré pour l’apprentissage de l’anglais, « Follow me », sous forme de cours multimédia à la télévision, basé sur les spécifications du Conseil de l’Europe.  Il est devenu très populaire dans de nombreux pays étrangers ; ainsi en 1983 et pour la seule Chine, une centaine de millions de personnes ont suivi le programme « Follow me-».

Espagnol : s’inspirant du programme de la BCC et en coopération avec le Conseil de l’Europe, l’université de Salamanca produit le cours multimédias « Viaje al español » dont l’usage est attesté jusqu’en 2014.