Jeunesse - Les jeunes construisent l'Europe


6e Conférence des Ministres européens responsables de la Jeunesse

Thessaloniki, Grèce, 7-9 novembre 2002

Déclaration finale

«La jeunesse construit l’Europe »

Nous, Ministres responsables de la Jeunesse, réunis à Thessaloniki (Grèce) du 7 au 9 novembre 2002, à l’occasion de la sixième Conférence des Ministres européens responsables de la Jeunesse du Conseil de l’Europe,

  • Soulignant le rôle fondamental de la jeunesse dans le développement de sociétés démocratiques et pacifiques ouvertes au monde ;
  • Soulignant l’action originale menée par le Conseil de l’Europe au cours de ces trente dernières années en partenariat avec les organisations de jeunesse, notamment avec le Forum Européen de la Jeunesse afin de promouvoir la participation active des jeunes ainsi que leur contribution au développement d’une société plus solidaire ;
  • Préoccupés par les conséquences de la multiplication des actes terroristes, eu égard notamment à la stabilité démocratique, à la liberté des personnes, à la défense des droits de l’homme et à la lutte contre toutes formes de discrimination ;
  • Conscients qu’en Europe aujourd’hui, certains pays ou régions sont encore le théâtre de conflits ouverts, et préoccupés par les difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes de ces pays et régions ;
  • Conscients des disparités importantes dans les situations socio-économiques des jeunes dans le monde ; conscients que des inégalités de chances entre jeunes hommes et jeunes femmes existent encore ;
  • Soulignant que l’accès à l’exercice de leurs droits fondamentaux, à l’éducation, au marché du travail, aux soins, à la culture, aux innovations technologiques et à des conditions de vie décentes constitue un préalable à la participation active des jeunes dans la société ;
  • Ayant à l’esprit le travail accompli depuis les cinq dernières Conférences du Conseil de l’Europe, la première Conférence mondiale des ministres responsables pour la jeunesse organisée par les Nations Unies à Lisbonne en 1998, la référence à la jeunesse incluse dans la Déclaration du Conseil européen de Laeken en 2001, la publication du Livre blanc de la Commission européenne « Un nouvel élan pour la jeunesse européenne » et la nouvelle coopération dans le domaine de la jeunesse de l’Union européenne ;
  • Saluant le développement récent d’une culture de coopération entre le Conseil de l’Europe, la Commission européenne, l’UNICEF, l’UNESCO et le Pacte de Stabilité pour l’Europe du Sud-Est dans le domaine de la jeunesse ;

Déclarons que :

1. La violence, la guerre et le terrorisme sont inacceptables dans des sociétés fondées sur la démocratie pluraliste et le respect des droits de l’homme. A cette fin la communauté internationale, et en particulier le Conseil de l’Europe, devraient multiplier leurs efforts visant à préparer les jeunes à vivre une citoyenneté démocratique active et à faire obstacle à toute action et propagande extrémistes. Une attention particulière devrait être accordée aux régions de conflit récent, actuel ou latent, notamment en Europe du Sud-Est et dans le Caucase;

2. Les politiques de jeunesse doivent être aussi globales que possible en prenant en compte l’ensemble des besoins des jeunes et en reconnaissant leur diversité ainsi que leurs multiples facettes et ressources. En particulier, les politiques de jeunesse devraient :

    2.1. S’arrimer aux valeurs universelles de la démocratie pluraliste et des droits de l’homme ; promouvoir la justice, le respect des identités, l’accès à sa propre culture, l’égalité des chances, y compris entre les hommes et les femmes, et la cohésion sociale ;

    2.2. Avoir une dimension intersectorielle de même qu’une dimension locale, régionale et nationale ;

    2.3. Intégrer la dimension éducative dans une perspective à long terme, en prenant en considération les aspirations des jeunes ; promouvoir leur accès à l’autonomie ainsi que le sens de la responsabilité et de l’engagement, à travers notamment le travail de jeunesse bénévole ;

    2.4. Faciliter la participation active des jeunes aux décisions qui les concernent et les encourager à s’impliquer dans la vie de leur communauté ;

    2.5. Favoriser l’accès des jeunes au monde du travail, au moyen notamment de projets et de plans de formation adaptés, susceptibles d’accroître leurs chances d’exercer une activité professionnelle ;

    2.6. Promouvoir l’accès des jeunes, issus notamment de groupes défavorisés, à l’information qui les concerne et notamment aux nouvelles technologies de communication ;

    2.7. Promouvoir la mobilité des jeunes en réduisant les obstacles administratifs et financiers et en encourageant le développement de projets de qualité ;

    2.8. Promouvoir l’éducation non formelle des jeunes ainsi que le développement de formes appropriées de reconnaissance des expériences et compétences acquises notamment dans le cadre des associations et d’autres formes d’engagement volontaire, aux niveaux local, national et européen ;

    2.9. Promouvoir la coopération entre les politiques de l’enfance, de la famille et de la jeunesse ;

3. Malgré les différences d’un pays à l’autre, certaines tendances générales dans les situations des jeunes peuvent être identifiées :

    3.1. Les jeunes européens font l’expérience d’un allongement et d’une complexification des modes de transition à la vie adulte. La durée de l’éducation et de la formation s’est allongée et les jeunes vivent chez leurs parents plus longtemps ;

    3.2. Dans de nombreux pays d’Europe, le taux de chômage des jeunes est plus élevé que le taux de chômage général et les inégalités régionales à cet égard restent importantes.  Les jeunes sont sur-représentés dans les emplois marginaux et précaires ;

    3.3. Dans toute l’Europe, la dépendance économique des jeunes à l’égard de leur famille et des organismes sociaux augmente ; les inégalités d’opportunités et de résultats en matière d’éducation ne diminuent pas ;

    3.4. L’insécurité face aux défis de la société contemporaine, en particulier la mondialisation, les progrès des biotechnologies et la protection de l’environnement est ressentie de façon accrue par les jeunes européens ;

Dans ce contexte cependant,

    3.5. Un mouvement très fort de liberté dans l’expression culturelle et de créativité imprègne le parcours des jeunes d’aujourd’hui, qui s’identifient en tant que producteurs de culture, porteurs d’innovation et de nouvelles formes d’expression ;

    3.6. Les jeunes se montrent très positifs à l’égard de la démocratie bien qu’ils soient souvent critiques à l’égard du fonctionnement des institutions ;

    3.7. L’engagement civique est la forme de participation qui recueille le plus large soutien des jeunes en Europe, bien que le taux d’adhésion à des associations varie de façon très importante d’un pays à l’autre ;

    3.8. Bien qu’une minorité de jeunes européens manifeste des attitudes xénophobes et d’intolérance sociale, une très grande majorité d’entre eux se montre ouverte et positive à l’égard de la diversité culturelle, ethnique et sociale ;

4. Les Etats membres devraient prendre en compte ces tendances dans la formulation et dans la mise en œuvre de leurs politiques de jeunesse et assurer les conditions permettant aux jeunes et à leurs organisations d’être des partenaires à part entière de ces politiques.

5. Afin de créer des synergies entre les politiques de jeunesse des différents Etats membres du Conseil de l’Europe, il est indispensable de développer une coopération plus étroite entre le Conseil de l’Europe et l’Union européenne, par la mise en place de protocoles d’accord.

6. Le secteur jeunesse du Conseil de l’Europe devrait poursuivre et intensifier ses efforts afin de mieux cibler ses programmes et ses méthodes de travail, dans l’esprit d’innovation et d’expérimentation qui caractérise sa démarche depuis trente ans. A cet égard, nous recommandons au Comité des Ministres du Conseil de l’Europe :

    6.1. de procéder à une révision de la Résolution (98) 6 sur la politique de jeunesse du Conseil de l’Europe, en prenant en considération la Recommandation 1585 (2002) de l‘Assemblée parlementaire sur les activités du Conseil de l’Europe dans le domaine de la jeunesse, la présente Déclaration ainsi que les résolutions adoptées au cours de la présente Conférence, sur les priorités du secteur jeunesse pour les trois prochaines années ainsi que sur la situation des jeunes dans les régions de conflit ;

    6.2. d’envisager le renforcement des moyens d’action du Fonds européen pour la jeunesse, afin d’élargir son programme à un plus grand nombre de jeunes et d’organisations en Europe et répondre à l’accroissement significatif des demandes de financement de projets ;

    6.3. de soutenir l’action des Centres européens de la jeunesse de Strasbourg et de Budapest, ainsi que le développement d’une forme appropriée de coopération entre les centres de jeunesse existant dans les Etats membres, qui sont susceptibles de contribuer à la mise en œuvre des objectifs et des priorités de la politique de jeunesse du Conseil de l’Europe ;

    6.4. d’encourager le développement de politiques nationales de jeunesse fondées sur des principes généraux communs et impliquant autant que possible les jeunes et leurs organisations dans la formulation et la mise en œuvre de ces politiques ;

    6.5. de veiller à une plus grande prise en compte de la dimension jeunesse dans l’ensemble des activités du Conseil de l’Europe, donnant ainsi une réalité concrète à la réforme du secteur jeunesse adoptée en 1998.