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Destruction du patrimoine culturel en Ukraine

Mykola Tochytskyi : « Détruire la culture ukrainienne, c’est détruire la nation ukrainienne »

Dès le début de l’invasion de l’Ukraine, en février 2022, la Russie a systématiquement ciblé son patrimoine artistique et culturel,  en cherchant aussi à « réécrire l’histoire » pour mieux justifier son agression. Lors du débat qui a précédé, 15 octobre 2024, l’adoption d’une déclaration sur la destruction du patrimoine culturel ukrainien, le Congrès a réclamé non seulement le respect par la Russie des règles internationales sur la protection des biens culturels en temps de guerre, mais a souligné aussi combien les atteintes contre ces derniers revêtent une dimension génocidaire, et visent à saper les fondements même de l’identité ukrainienne. Il souhaite que le sauvetage des objets et biens détruits ou disparus fasse partie des priorités lors de la reconstruction du pays.

Le ministre ukrainien de la culture et de la communication stratégique, Mykola Tochytskyi, a dressé le terrible inventaire des destructions commises par la Russie : près de 1 200 sites détruits, dont 117 d’importance nationale, mais aussi plus de 2 000 institutions culturelles endommagées, dont 368 totalement détruites. « L’histoire et la culture payent un lourd tribut à la guerre, et ce n’est pas par hasard si elles sont attaquées, car c’est l’identité et la nature même de l’Ukraine qui le sont à travers elles », a-t-il souligné. Selon lui, la Déclaration du Congrès rappellera clairement aux agresseurs que leurs actions ne resteront pas impunies. Mykola Lukashuk, président du Conseil Régional de Dnipropetrovsk, observe que la Russie, dans sa région, « détruit tout ce que l’Ukraine a préservé ou bâti » : dès février 2022, plus de 400 sites et bâtiments, dont la cathédrale d’Odessa ont été touchés par les obus russes ; de nombreux musées ont été touchés ou sont menacés, de même que leurs collections, et bien sûr leur personnel.

La destruction du patrimoine s’inscrit dans un cadre génocidaire

En présentant la déclaration du Congrès, Martine Dieschburg Nickels (Luxembourg, L, GILD) a cité l’exemple symbolique de la destruction du théâtre de Marioupol, et rappelé que cette guerre, au-delà des destructions de monuments, rime aussi avec pillages des bibliothèques et des musées, ou fouilles archéologiques illégales.  Gunn-Marit Helgesen (Norvège, R, PPE/CCE) est revenue sur la « volonté génocidaire » de l’agresseur russe, - comme le firent plusieurs intervenants lors du débat - avant de présenter les initiatives qui peuvent être lancées par les collectivités locales et régionales européennes.  Avant tout, il s’agira de développer et de renforcer les partenariats avec les villes et régions ukrainiennes dévastées, mais aussi d’aider ces dernières à inscrire leurs pertes dans le Registre des dommages. D’autres initiatives peuvent venir en aide au patrimoine ukrainien,  en particulier le travail de documentation et d’inventaire, ainsi que la création d’itinéraires culturels, une fois la paix revenue. En outre, le Conseil de l’Europe dispose de plusieurs Conventions sur la sauvegarde du patrimoine, dont celles dites de Faro et de Nicosie, qui devraient être plus largement connues, signées et ratifiées.

Le patrimoine culturel ukrainien est aussi le patrimoine culturel européen 

Lors du débat, Günther Bergmann (Allemagne, R, PPE/CCE) a rappelé que la région de Rhénanie-du-Nord-Westphalie participait déjà depuis plusieurs années à la restauration du patrimoine architectural ancien de l’Ukraine, « et le fera encore plus après la guerre ».  Thibaud Guignard (France, L, PPE/CCE), a exposé des tableaux réalisés par des peintres ukrainiens dans son bureau, et a invité tous les maires à développer eux aussi des échanges et des partenariats avec les artistes ukrainiens. Surtout, a-t-il ajouté, n’oublions pas que « s’attaquer au patrimoine ukrainien, c’est s’attaquer au patrimoine européen tout entier ».

Plusieurs membres du Congrès ukrainiens ont dressé des tableaux poignants des destructions subies par leurs villes ; la déléguée jeune ukrainienne Sofiia Bohdanova a rappelé aussi les millions de livres brûlés et les manuels scolaires remplacés par des manuels glorifiant « l’opération militaire spéciale » russe. Elle a souligné aussi les dévastations infligées au patrimoine culturel des Tatars de Crimée, avec au moins 150 000 objets détruits. « Si nous perdons notre identité, notre nation disparaîtra », a-t-elle conclu. Le délégué jeune estonien Henrik Harjus a cité, pour sa part, les vols de pièces archéologiques ukrainiennes commis par la Russie, en particulier ceux révélés récemment suite à l’arrestation, à un poste de douane, d’un camion rempli de milliers d’entre elles. Au-delà des seuls biens culturels, Mélanie Lepoultier (France, L, GILD) a souhaité que les journalistes travaillant sur place soient mieux soutenus et protégés, car « ce sont eux qui nous permettent de savoir ce qui se passe sur le terrain ».

Mais les destructions délibérées de biens culturels ne se limitent pas seulement à l’Ukraine, ont souligné notamment des élus arméniens, géorgiens et turcs.  Le délégué jeune danois Tarik Deljkovic, dont la famille est originaire de Bosnie-Herzégovine, a rappelé l’ampleur des pertes subies il y a 30 ans par ce pays, et la volonté exprimée ensuite de ne jamais revivre cela : « avons-nous déjà oublié cette leçon ? » a-t-il lancé en interpellant l’assemblée.  

Enfin, Christian Weis (Luxembourg, L, PPE/CCE) a présenté  les jumelages mis en place par sa ville, Esch-sur-Alzette, avec des municipalités ukrainiennes, en renforçant dans ce cadre la coopération autour du patrimoine et de la culture. Ces jumelages et partenariats, ont insisté les intervenants dans leurs conclusions, constituent l’un des moyens les plus efficaces pour sauver et restaurer le patrimoine culturel ukrainien.

 Enregistrement vidéo

 Interview Mediabox

 Article sur le débat

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