Radim Srsen : « il faut donner envie de rester, ou de revenir, dans les régions rurales »
Le phénomène est bien identifié : les régions rurales et périphériques qui perdent des habitants subissent la dégradation, voire la disparition de leurs services publics, laquelle pousse encore plus d'habitants à les quitter à leur tour. Ce cercle vicieux ne pourra être enrayé que par une décentralisation efficace permettant de rééquilibrer les territoires et de restaurer leur attractivité, ont estimé les participants au débat tenu le 27 mars à la Chambre des Régions sur « l'exode des services d'intérêt général des régions rurales et périphériques ».
Enrique Garcilazo, Chef de l'Unité des politiques rurales et régionales de l'OCDE, a rappelé que 40% des régions reculées ou périphériques connaissent une baisse de leur population et que, parmi celles-ci, 60% sont éloignées des grandes métropoles. Cette tendance s'était réduite ces dernières années, mais s'aggrave à nouveau depuis la crise du Covid et la guerre en Ukraine, notamment en raison du retour de l'inflation. Tous les indicateurs montrent que ce fossé se creuse, à l'image par exemple de la qualité des bandes passantes, qui s'améliore en ville mais recule ailleurs. Cela amplifie encore l'écart numérique entre les zones urbaines et rurales, avec des répercussions en termes d''emplois et d'économie. Ces déséquilibres s'observent aussi en matière de structures de santé et d'éducation, et justifient selon M. Garcilazo une planification territoriale à long terme, à l'horizon 2060 et au-delà, pour intégrer harmonieusement les espaces ruraux et urbains.
Langues, cultures, identité : les zones rurales sont l'âme des nations
Viorel Furdui, Directeur Général des pouvoirs locaux de Moldova et lui-même élu local, insiste sur l'importance des services d'intérêt généraux pour les communes rurales, et estime que les zones rurales et les petites municipalités méritent d'autant plus d'être sauvées qu'elles sont « l' âme des nations », à travers la langue, la culture et l'identité. Il faut, pour lui, éviter les réformes urbanistiques radicales et mal préparées, et encourager au contraire la coopération entre les municipalités pour qu'elles définissent leurs besoins. Il souligne dans ce cadre l'importance de la décentralisation, mais aussi de l'engagement des associations de communes et d'élus locaux.
Radim Srsen, vice-ministre tchèque du développement régional, déclare que les régions périphériques doivent redevenir « attractives » en particulier pour les jeunes, car leur maintien ou leur retour sont la clé de leur développement. Grâce notamment aux infrastructures numériques, on observe déjà dans certains pays, comme la Corée du Sud, une tendance au retour des jeunes des métropoles vers les régions rurales. La télémédecine pour la santé, et le télétravail en général sont des innovations efficaces qui permettent de faire revenir des habitants dans des zones qui se dépeuplent.
Les jeunes sont souvent les premiers concernés par l'exode rural, selon la déléguée jeune espagnole Maria Virginia Iliuta : « beaucoup pensent qu'on ne peut pas faire sa vie dans ces régions isolées », expliquait-t-elle en regrettant que vivre loin des villes, signifie souvent pâtir d'infrastructures de transport très insuffisantes et avoir le chômage comme perspective : en Castille-la Manche par exemple, plus de 20% des jeunes sont privés d'emploi. Bien sûr que le télétravail peut améliorer les choses, mais il faut aussi, plus globalement, donner aux jeunes les moyens de trouver un avenir sur place !, poursuivait-elle.
Beaucoup de jeunes partent contraints et forcés de chez eux, notamment pour étudier, alors qu'une meilleure planification permettrait d'éviter ces départs : la déléguée jeune arménienne, Taisya Hovhannisyan, regrette que les principales universités du pays soient concentrées à Erevan, la capitale. Le coût de la vie y est en effet inabordable pour la plupart des jeunes, ce qui en empêche beaucoup d'accéder aux études supérieures, alors qu'ils pourraient le faire près de chez eux.
Faire valoir les atouts des régions rurales et périphériques
Markus Gleichmann (Allemagne, R, SOC/V/DP) estime que l'on doit « transformer les inconvénients des région rurales isolées en atouts », y compris pour y installer les énergies de l'avenir, tels que panneaux photovoltaïques ou production de biogaz, qui profiteront aussi à l'économie sur place. En outre, les régions périphériques possèdent des avantages souvent méconnus des habitants des grands centres : « ma région, la Frise, est bien moins prospère que le reste du pays, mais c'est celle où les gens sont le plus heureux, grâce notamment à notre forte cohésion sociale » déclarait Eke Folferts (Pays-Bas, R, PPE/CCE). La mobilisation des habitants peut aussi aider les collectivités locales à sauver leurs infrastructures, à l'image d'une école de son district, sauvée par la population et qui voit maintenant arriver de nouveaux élèves, comme le relatait Rachel Bailey ( Royaume-Uni, R, CRE).
***
46e Session
Ordre du jour – Dossier Web – Photos
