Dans une déclaration publiée en vue de la Journée mondiale de la liberté de la presse, le 3 mai, la Secrétaire Générale du Conseil de l’Europe Marija Pejčinović Burić exhorte les gouvernements européens à faire preuve d’une volonté politique plus engagée afin de protéger les journalistes et le journalisme indépendant et d’enrayer la détérioration de la liberté de la presse sur le continent.
« La liberté de la presse, pilier central de nos démocraties, est trop souvent tenue pour acquise. Le respect de la liberté de la presse est en recul dans de nombreux pays. Ces dernières années, nous avons assisté à une augmentation des cas de violences et d’intimidations contre des journalistes.
Pendant la pandémie de covid-19, les signalements de violences contre des journalistes se sont multipliés, de même que les cas de censure et de représailles contre ceux qui émettaient des doutes quant aux politiques suivies par les gouvernements. Dans le même temps, les médias de qualité sont confrontés à de graves difficultés économiques et de nombreux journalistes ont perdu leur emploi à cause de la pandémie. Mon rapport annuel, qui doit être publié dans les prochains jours, révèle ces tendances inquiétantes.
Il est temps de rappeler que les États ont l’obligation de veiller à ce que les journalistes puissent faire leur travail sans avoir à craindre de violences et d’intimidations et qu’ils puissent remplir leur rôle de « sentinelles » publiques, ce qui implique de pouvoir questionner les décisions et l’action des autorités publiques.
Le Conseil de l’Europe est prêt à aider ses États membres à créer et à promouvoir un environnement dans lequel une pluralité et une diversité de médias indépendants peuvent jouer leur rôle et contribuer à rendre nos démocraties plus solides. »
La Secrétaire Générale a également fait part de son inquiétude au regard des conclusions du rapport annuel de la Plateforme du Conseil de l’Europe pour la protection du journalisme et la sécurité des journalistes.
Le rapport annuel de la Plateforme du Conseil de l’Europe pour la protection du journalisme et la sécurité des journalistes, rendu public aujourd’hui par 14 organisations internationales pour la liberté de la presse, recense 201 incidents menaçant gravement la liberté de la presse dans les 47 pays membres du Conseil de l’Europe pour la seule année 2020, soit une augmentation de 40 % par rapport à 2019. Un nombre record d’alertes a concerné des agressions physiques (52 cas) et des faits de harcèlement ou d’intimidations (70 cas).
Le rapport analyse des menaces graves à la liberté de la presse, telles que l’impunité des crimes commis contre des journalistes – dont 24 cas de meurtres de journalistes restant impunis à ce jour –, la captation de médias indépendants par les États, le harcèlement judiciaire, les pressions politiques exercées sur les médias de service public et la surveillance des journalistes.
Le rapport souligne la menace spécifique à la liberté de la presse que constituent les restrictions d’exception imposées en 2020 à l’activité des journalistes par les lois et règlements d’urgence adoptés en réaction à la pandémie de covid-19.
Les 10 et 11 juin 2021, une conférence de haut niveau organisée conjointement par le Conseil de l’Europe et le gouvernement chypriote réunira les ministres responsables des médias et de la société de l’information. La conférence définira les futures priorités du Conseil de l’Europe en matière de liberté de la presse et dans le domaine de la société de l’information. Elle examinera les changements radicaux provoqués dans le monde de la presse et de l’information par le passage massif au numérique et ses effets sur l’exercice de la liberté de l’expression ainsi qu’à la dégradation dangereuse de la sécurité des journalistes.

