La campagne « Les journalistes comptent » du Conseil de l'Europe a été présentée le 16 mai, lors de la conférence de haut niveau sur la sécurité des journalistes organisée par l'Agence suédoise des médias. L'événement, intitulé « Comment protéger les journalistes et donc la démocratie ? », a rassemblé des représentants de l'ensemble du paysage médiatique, notamment l'Association suédoise des journalistes, TU (Association suédoise des éditeurs de médias), l'Autorité suédoise de la police, l'Autorité suédoise des poursuites judiciaires, des universitaires, l'Institut Fojo Media, la Ligne d'assistance aux victimes de la criminalité, et le magazine Expo.
L'Agence suédoise des médias, qui sert également de Point Focal National pour la campagne « Les journalistes comptent » a organisé la conférence pour aborder les menaces urgentes et croissantes auxquelles sont confrontés les journalistes, en particulier le harcèlement et les abus en ligne, ainsi que pour promouvoir une action coordonnée.
Dans son discours d'ouverture, la ministre suédoise de la Culture, Parisa Liljestrand, a souligné l'importance de la collaboration dans la défense de la liberté journalistique.
« Une liberté de la presse forte ne nous met pas à l'abri des attaques contre les journalistes. Chaque acte de harcèlement est une attaque contre la démocratie », a déclaré Liljestrand. « C'est en travaillant ensemble que l'on se protège vraiment ».
Un besoin urgent d'améliorer l'environnement de travail
Un film d'introduction présentant des témoignages de journalistes en activité a illustré le chilling effect du harcèlement constant. Beaucoup ont parlé d'autocensure et d'épuisement émotionnel, certains s'interrogeant sur leur avenir dans la profession.
Oscar Björkenfeldt, chercheur à l'université de Göteborg et auteur de la synthèse des connaissances de l'Agence suédoise des médias sur la sécurité des journalistes, a souligné que si la plupart des cas de harcèlement sont techniquement légaux, ils n'en causent pas moins des dommages importants.
« Entre 90 et 95 % des abus auxquels les journalistes sont confrontés n'enfreignent pas la loi, ce qui signifie que les cadres juridiques ne suffisent pas », a-t-il affirmé. « Il existe également une norme professionnelle préjudiciable qui suggère que le harcèlement fait partie du travail ».
Soutenir les journalistes sur le terrain
Annika Hamrud, de l’Institut Fojo Media, a présenté une nouvelle initiative de formation au soutien par les pairs visant à renforcer la résilience dans les salles de rédaction. De son côté, Andreas Sabelhierta, de la Crime Victims' Hotline, a décrit comment son modèle d'aide aux victimes est étendu aux journalistes, y compris les indépendants, grâce à un service d'assistance téléphonique dédié.
Malgré ces nouveaux outils, les recours juridiques restent limités. Le procureur Fredrik Ingblad a noté que les condamnations pour menaces à l'encontre de journalistes sont encore rares en Suède, avec seulement quatre affaires de ce type à ce jour. Il reste à voir si l'alourdissement récent des peines aura un effet dissuasif.
Construire des structures de prévention par le dialogue
Dans une démarche prometteuse, des projets pilotes nationaux et locaux explorent les moyens de prévenir les crimes contre les journalistes. Jan Fager, de la TU, et Martina Lindberg, de l'Autorité suédoise de la police, ont présenté un projet pilote à Östra Fyrbodal, où un dialogue régulier entre les salles de rédaction et la police locale a permis d'améliorer la sécurité et la réactivité.
Le représentant des éditeurs, Thomas Mattsson, a demandé l'élaboration d'un code pénal spécifique afin que les crimes commis contre les journalistes puissent être répertoriés dans les statistiques nationales, une étape essentielle pour l'élaboration d'une politique éclairée.
Une mission commune
Cet événement a mis en évidence un engagement commun puissant : la protection des journalistes est une responsabilité collective. En tant que partenaire de la Campagne « Les journalistes comptent », l'Agence suédoise des médias contribue à diriger les efforts nationaux qui s'alignent sur les objectifs européens plus larges visant à garantir la liberté des médias et à sauvegarder la démocratie.
La conférence a mis en évidence le fait que la coopération intersectorielle n'est pas seulement possible, elle est essentielle. En travaillant ensemble, les parties prenantes peuvent favoriser un environnement plus sûr et plus résilient, dans lequel les journalistes peuvent faire leur travail sans crainte.
