Retour Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes

Nombre élevé de meurtres, de détentions et de menaces contre les journalistes : la lutte contre l’impunité est plus urgente que jamais
Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes

À l’occasion de la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes, les données publiées par la Plateforme du Conseil de l’Europe pour la protection du journalisme et la sécurité des journalistes dressent un tableau alarmant des risques croissants auxquels sont confrontés les professionnels des médias.

Dans ce contexte, les points focaux nationaux de la campagne « Les journalistes comptent » ont publié la déclaration conjointe suivante, réaffirmant leur volonté commune de protéger les journalistes et de combattre l’impunité pour les crimes commis à leur encontre :

"En cette Journée internationale de l'impunité pour les crimes contre les journalistes, nous, les points focaux nationaux de la campagne « Les journalistes comptent», réaffirmons notre détermination commune à protéger les journalistes et à veiller à ce que ceux qui commettent des crimes à leur encontre soient traduits en justice et punis.

Chaque attaque contre un journaliste est une atteinte à la liberté d'expression et à l'accès des citoyens à l'information. Elle prive les citoyens d'informations fiables, favorise la désinformation, affaiblit les institutions démocratiques et sème la peur parmi ceux qui défendent le droit du public à l'information. Mettre fin à l'impunité pour ces crimes ne consiste donc pas seulement à protéger chaque journaliste, mais aussi à défendre les valeurs de notre démocratie.

Lancée par le Conseil de l'Europe en octobre 2023, la campagne « Les journalistes comptent » est désormais à mi-parcours de son mandat de cinq ans. Au cours de ces deux années, elle a contribué à la mise en place d'un réseau de points focaux et de comités nationaux qui réunissent journalistes, forces de l'ordre, juges et procureurs et les autorités publiques afin d'instaurer la confiance et d'améliorer la protection.

Dans de nombreux États membres, une telle coopération n'existait pas auparavant. La campagne a démontré que le dialogue et le partage des connaissances peuvent conduire à de réels changements, qu'il s'agisse de l'amélioration des relations entre la police et les médias lors des manifestations ou de la mise en place de nouveaux plans d'action et protocoles pour la sécurité des journalistes.

Il reste toutefois beaucoup à faire. Malheureusement, trop de cas de violence, de menaces et de harcèlement, tant hors ligne qu'en ligne, restent non résolus, en raison de leur complexité et de l'insuffisance des mesures prises. Trop de journalistes continuent de travailler dans la peur et, dans certains pays, les comités ou points focaux nouvellement créés ne disposent toujours pas des ressources ou du soutien politique nécessaires pour faire progresser la protection des journalistes et sensibiliser le public à l’importance de leur fonction sociale.

Nous condamnons fermement tous les actes de détention illégale, de torture et d'assassinat de journalistes civils dans le contexte de conflits armés et d'agressions militaires. De tels actes constituent de graves violations du droit international humanitaire et des droits de l'homme, ainsi qu'une atteinte aux fondements mêmes d'un journalisme libre et indépendant. Il est tout à fait inacceptable de prendre des journalistes en otage ou de les prendre pour cible parce qu'ils rendent compte de manière véridique des réalités de la guerre. Nous appelons à la libération immédiate de tous les journalistes détenus et exigeons que tous les auteurs de ces crimes soient pleinement tenus responsables.

En outre, compte tenu du nombre tragique de journalistes qui ont perdu la vie ou subi des violences dans les zones de conflit, nous appelons toutes les parties aux conflits armés à respecter et à défendre le statut de non-combattant des journalistes. Elles doivent veiller à ce que les journalistes puissent travailler en toute sécurité, sans crainte d'être attaqués, intimidés ou détenus arbitrairement, et à ce qu'ils aient accès aux informations et aux conditions nécessaires pour rendre compte de la situation sur le terrain. Protéger les journalistes en temps de guerre n'est pas seulement une obligation humanitaire, c'est un impératif moral essentiel pour préserver l'accès à une information fiable et la responsabilité de l’ensemble des parties en période de conflit.

En tant que points focaux, nous appelons tous les États membres du Conseil de l'Europe à renouveler leurs engagements en matière de protection des journalistes et à donner corps aux instances chargées de les mettre en œuvre. Cela signifie veiller à ce que ces instances se réunissent régulièrement, que les recommandations soient mises en œuvre et que les enquêtes sur les agressions contre les journalistes soient menées de manière indépendante, urgente et efficace.

Nous soulignons également qu’il est vital d'impliquer les journalistes eux - mêmes dans l’application des actions nationales. Leur participation n'est pas facultative, elle est essentielle et fondamentale pour la poursuite de la justice. Pour une protection efficace, il faut entendre ceux qui sont directement exposés aux risques, comprendre leur réalité et veiller à ce que les solutions soient élaborées avec la communauté journalistique, et pas seulement pour elle.

La seconde moitié de la campagne « Les journalistes comptent » est l'occasion de consolider les progrès réalisés, d'approfondir la coopération et de montrer que le dialogue peut donner des résultats. D'ici 2027, nous devons redoubler d'efforts pour faire baisser le nombre de journalistes qui ne peuvent pas travailler librement et en toute sécurité. Nous devons également veiller à ce que toutes les affaires connexes fassent l'objet d'enquêtes approfondies, à ce que l'impunité soit réduite ou éliminée, et à ce que la confiance entre les journalistes, les citoyens et les autorités soit renforcée et rétablie.

En ce jour, nous rendons hommage à ceux qui ont été réduits au silence et nous nous engageons à nouveau à faire en sorte que leur courage n'ait pas été vain. Ensemble, nous pouvons faire en sorte que la campagne « Les journalistes comptent » laisse un héritage durable: une Europe où les journalistes sont protégés, où la justice est rendue et où l'impunité n'a plus sa place."

 

 

Strasbourg, France 2 November 2025
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