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Recommandation relative au rôle des mesures socio-éducatives dans la prévention de la violence dans le sport et manuel sur la prévention de la violence dans le sport (2003/1)

Le Comité permanent de la Convention européenne sur la violence et les débordements de spectateurs lors de manifestations sportives et en particulier de matches de football,

Conformément à l’article 9. 1. c de la Convention ;

En vertu de l’article 3, paragraphes 2 et 5 de la Convention ;

Rappelant sa Recommandation N° 2/89 sur le rapport d’ensemble sur les mesures permettant de lutter contre le hooliganisme ;

En vertu du Projet Intégré « Réponses à la violence quotidienne dans une société démocratique» du Conseil de l’Europe;

Constatant que la violence et les débordements de spectateurs lors de manifestations sportives et notamment de matches de football n’ont pas été éradiqués et qu’ils se déplacent de plus en plus de l’intérieur des stades vers les centre-villes et d’autres lieux ;

Considérant qu’une telle violence fait partie d’un phénomène social de grande envergure, qui influence négativement les supporters véritablement respectueux des lois ainsi que la population locale et qu’une approche intégrée est nécessaire pour y faire face ;

Notant les nombreuses et significatives améliorations depuis le drame du Heysel, par exemple les mesures liées à l’action et à la coordination policières, aux infrastructures des stades, à la gestion des foules et à la télésurveillance, à l’organisation (essentiellement à la billetterie), aux interdictions de stades et au recours au droit pénal au niveau national et international qui ont eu un réel impact pour réduire la violence, en particulier dans et aux alentours des stades ;

Notant les diverses initiatives positives dans différents pays en ce qui concerne les mesures sociales et éducatives aux niveaux national et international pour prévenir la violence ;

Tirant parti de l’expérience des grands tournois récents tels que la Coupe du monde en 2002 et le Championnat Européen de Football en 2000 qui ont démontré l’utilité et l’efficacité des mesures d’accompagnement et d’accueil des supporters ;

Considérant que le développement et l’utilisation de ces mesures préventives contribueront à réduire davantage la violence des spectateurs et fourniront un soutien structurel à ceux qui sont impliqués dans l’organisation et la bonne gestion des grands événements sportifs ;

Conscient de la nécessité de renforcer le secteur de la prévention dans le cadre d’une politique internationale globale de lutte contre le hooliganisme afin de compléter et d’équilibrer les mesures de sécurité nécessaires ;

Recommande aux Parties à la Convention :

de prendre des mesures sociales et éducatives préventives visant à améliorer l’accueil et l’encadrement des supporters, à la lumière des situations nationales et en s’inspirant des principes et initiatives contenus dans le Manuel sur la prévention de la violence dans le sport  ci-annexé, notamment :

Invite toutes les organisations sportives, telles que la FIFA, l’UEFA et les associations nationales de football, à apporter leur assistance pour atteindre ces objectifs avec tous les moyens dont elles disposent.

Annexe à la recommandation R (2003) 1 -
Manuel sur la prévention de la violence dans le sport

SOMMAIRE

Introduction
I. Principes généraux d’une politique préventive

II. Initiatives et mesures préventives

Introduction 

Dans l’ensemble des pays européens, nombre de manifestations sportives nécessitent une action de prévention de la violence des spectateurs.

Cependant, le concept est multiforme et correspond à des réalités très différentes sur le terrain.

Du club de football organisant des cours du soir pour ses enfants-supporters dans le cadre d’un programme de rattrapage scolaire jusqu’à l’éducateur social encadrant une activité de sport-aventure pour des hooligans le week-end, en passant par les très médiatisées ambassades de supporters lors des grands tournois ou les campagnes de sensibilisation à l’esprit sportif, les actions préventives sont très diverses. De même, elles peuvent être portées par des structures associatives privées agissant de leur propre initiative ou être l’objet de programmes gouvernementaux réalisés dans des institutions publiques ou semi-publiques.

Même si elles sont sous-tendues par des philosophies d’action et des lignes politiques différentes, ces initiatives, dans leur ensemble, s’avèrent très utiles et d’une efficacité certaine.

Il est souhaitable de développer une approche plus cohérente des problèmes communs à un grand nombre de pays. Cela est particulièrement important dans le contexte des matches ou tournois internationaux.

Le présent manuel vise à recenser et à encourager les bonnes pratiques afin que les pays puissent tirer mutuellement profit de leurs expériences respectives. Il n’a pas de vocation normative. Il propose une panoplie de moyens parmi lesquels chaque Etat membre pourra choisir ceux qui correspondent à ses besoins et à sa situation.

Les incidents qui se produisent lors de manifestations sportives sont le plus souvent liés à une infrastructure défectueuse, à une organisation défaillante (survente de billets, sous-capacité des tribunes) ou à une mauvaise organisation ou intervention des services de sécurité. Il est permis de penser que, si les législations et les réglementations de sécurité nationales sont respectées, les recommandations de la Convention européenne sur la violence et les débordements de spectateurs lors de manifestations sportives appliquées et les foules convenablement gérées, des catastrophes comme celles que l’on a connues dans les années 80 et au début des années 90 peuvent aujourd’hui être évitées (même si la circulation des spectateurs et la gestion de la billetterie demeurent des sujets de préoccupation, principalement – pour la seconde – lors des tournois internationaux en raison des marchés noirs).

I. Principes généraux d’une politique préventive 

A. Situation actuelle en matière de hooliganisme

En ce début de 21e siècle, malgré tous les efforts consentis et les moyens investis depuis une vingtaine d’années, la violence de spectateurs dans les stades de football reste un phénomène préoccupant, toujours d’actualité.

La plupart des pays européens sont touchés par le phénomène à un degré plus ou moins grand, bien que sous des formes variables. Presque partout, on constate une stabilisation de la situation, avec un déplacement des violences depuis l’intérieur des stades vers l’extérieur, y compris les zones urbaines et les centres-villes. Dans certains pays, la nature des acteurs de ces violences a également changé. On trouve parmi les supporters de football des jeunes des quartiers sensibles, et des interconnexions s’instaurent entre hooliganisme et violences urbaines.

1. Au niveau des clubs et des championnats

Historiquement, des violences se produisent dans les stades de football depuis que ce sport est mis en spectacle : années 1870 en Angleterre et début du 20e siècle sur le continent.

Les violences de spectateurs, qu’elles soient spontanées ou organisées, sont plus particulièrement liées au football professionnel, bien que, dans certains pays, elles touchent également le football amateur et divers autres sports.

Dans le football contemporain, nous sommes également confrontés à une violence permanente de nature « préméditée ». Cette violence groupale, sous forme d’agression physique ou de vandalisme, est le fait de noyaux durs de supporters, qui sont attachés à un club particulier et recherchent systématiquement l’affrontement avec ceux des clubs rivaux. Ils se considèrent comme l’élite des supporters et ont fait de leur appartenance à un groupe de hooligans un « mode de vie » qui contribue à apporter une plus-value à leur identité sociale.

Ces violences peuvent prendre une forme relativement organisée. Certains noyaux durs utilisent les nouvelles technologies de communication (GSM, Internet, etc.) dans la planification et la mise en œuvre de leurs actions de violence.

2. Les tournois internationaux

Ce type de manifestation implique la gestion d’un événement ponctuel de grande envergure avec un flux important de spectateurs et des foules considérables sur une période relativement longue.

Au fil des années, des troubles graves ont éclaté à maintes reprises.

Lors des tournois, les incidents sont la plupart du temps quasi inexistants dans les stades ; ils se déroulent principalement dans les centres urbains après les matches ou au cours des journées séparant deux matches.

B. Nécessité de mesures préventives pour lutter contre la violence dans le sport

Depuis le drame du Heysel, un grand nombre de mesures concrètes ont été prises tant au niveau national que dans le cadre de la coopération internationale en vue de combattre la violence. Ces mesures portent sur l’action policière, l’amélioration des infrastructures, la gestion des foules et les caméras de surveillance, l’amélioration de l’organisation (billetterie). Des mesures répressives ont également été instaurées.

Par contre, si de nombreuses initiatives éducatives ou sociales proactives ont été lancées au niveau local en vue d’éviter le recours à la violence de la part des supporters de football, il n’existe pas de stratégie de prévention commune ou coordonnée au niveau international ou paneuropéen.

Il serait par conséquent souhaitable de porter une plus grande attention et de consacrer davantage d’efforts aux mesures de prévention proactives à ces niveaux. Cette action devrait être considérée comme complémentaire des mesures des sécurité classiques. Il convient de trouver un juste milieu entre ces différentes mesures.

Bien que les dispositions constitutionnelles varient d’un pays à l’autre, les collectivités locales sont, dans la plupart d’entre eux, appelées à jouer un rôle majeur dans la mise au point et la réalisation des diverses mesures préconisées dans le présent manuel pour prévenir la violence dans le sport. En effet, les institutions publiques de proximité, notamment les communes, pourraient être les catalyseurs des politiques de prévention et impulser des actions qui impliquent les organisations ou les associations sportives.

II. Initiatives et mesures préventives 

A. Relations des clubs avec les supporters

1. Introduction

Les relations des clubs avec les supporters offrent un cadre privilégié pour la mise en œuvre de mesures préventives. Les clubs devraient prendre l’initiative de telles mesures.

Il semblerait normal que les clubs et fédérations sportifs adoptent une politique plus active de soutien des fans, de manière à se rapprocher de ces derniers et forger ainsi un nouveau lien social.

2. Charte des supporters

De façon idéale, le club et les représentants des associations de supporters devraient établir une charte commune énonçant les obligations du club envers les supporters et de ceux-ci envers le club et définissant clairement les droits et devoirs de chacun. Cela contribuerait à formaliser les relations entre les clubs et les supporters.

Une charte des supporters pourrait régir les questions suivantes : adhésion, consultation et information, accessibilité, politique de billetterie, produits dérivés, activité au sein de la communauté, récompense de la loyauté. Elle devrait être fondée sur la communication avec le club, prévoir des partenariats avec les collectivités locales et les médias, et être centrée sur la valorisation de l’esprit sportif.

L’UEFA pourrait encourager les associations nationales à définir des orientations en s’inspirant d’expériences positives.

3. Responsable des relations avec les supporters et associations de fans

Les clubs devraient valoriser les associations de supporters, stimuler leur création et les consulter régulièrement sur les questions qui les concernent. Plus ces groupes seront étroitement associés aux décisions du club, plus ils devraient avoir à cœur de créer un environnement agréable et paisible pour tous les spectateurs. Cela s’est vérifié, en particulier, dans le cadre des initiatives anti-racisme lancées par des clubs et des groupes de supporters dans de nombreux pays.

En Allemagne, tous les clubs professionnels ont adopté un système qui donne toute satisfaction, consistant à charger l’un de leurs responsables des relations avec les supporters afin de garantir un soutien aux associations de supporters et un processus de communication concret et permanent entre le club et les fans. L’UEFA a fait de la nomination d’un responsable des relations avec les supporters une obligation pour tous les clubs engagés dans des compétitions internationales.

4. Département supporters

Les grands clubs peuvent envisager de créer des « départements supporters » spécifiques chargés de gérer tous les aspects de leurs relations avec les supporters. Leur mission, variable selon les clubs, peut englober la billetterie, les horaires des matches, l’information, l’organisation des déplacements et les réglementations. De nombreux clubs emploient des supporters dans ces départements. Intégrés dans la structure de gestion du club, ils constituent l’interface privilégiée entre celui-ci et ses supporters.

B. Rôle du club dans son environnement social

1.  Travail avec la communauté

En raison de la symbolique forte qu’il véhicule, le club est idéalement placé pour remplir un rôle moteur à l’échelle d’un (de) quartier(s), d’une communauté et de l’ensemble de son environnement local durant toute la semaine. Le club peut jouer un rôle de levier afin de soutenir des politiques sociales plus larges et représenter un véritable moteur tant pour promouvoir le sport que pour favoriser les processus éducatifs chez les jeunes et même soutenir l’intégration citoyenne. Le lien qu’entretient le football avec la société ne doit pas se limiter aux jours des matches ni s’arrêter à la compétition sportive.

Différentes actions dignes d’intérêt montrent la voie et mériteraient d’être transposées ailleurs.

En Angleterre, le programme « community » joue un rôle dans ce sens. Il prend généralement la forme d’un partenariat entre le club et les services de l’éducation de la collectivité locale, dans le cadre duquel le premier organise un programme de rattrapage scolaire pour des enfants en difficulté à l’école. Les cours sont dispensés par des professeurs officiels dans les locaux du stade, où les élèves sont conduits dans des véhicules au logo du club. Le résultat est un taux de participation volontaire élevé et une nette amélioration des résultats scolaires.

Autre illustration, les « cellules sociales » qui promeuvent la pratique du football dans les quartiers, organisent des tournois pour les footballeurs amateurs et impliquent les joueurs professionnels dans des campagnes valorisant la pratique du sport et son éthique.

En République tchèque, certains clubs soutenus par des programmes gouvernementaux ont créé des club de supporters juniors (Junior Fan Club) qui sont ciblés sur les très jeunes supporters (8-12 ans) et développent autour d’un lieu de loisir (clubhouse), des activités sportives et pédagogiques, ainsi qu’une assistance sociale, sous l’encadrement d’un travailleur social. L’objectif est de valoriser des groupes de jeunes supporters présentant une mentalité positive et des comportements positifs afin de créer une « nouvelle » culture du sport et de développer une nouvelle génération de supporters dans la perspective de fans loyaux (loyal fans).

Les multiples initiatives locales méritent d’être soutenues et de bénéficier d’un encadrement international. Dans ce contexte il serait profitable de désigner dans chaque fédération nationale, à l’UEFA et à la FIFA, un responsable « prévention et programmes sociaux » qui aiderait à développer des actions de ce type et leur apporterait un support institutionnel.

2. La ville dans le stade et le stade dans la ville

Le stade constitue un élément fédérateur par rapport à un public très hétérogène et le sport est un lien potentiel entre les différents éléments d’une communauté urbaine qui peut être l’épicentre d’une dynamique d’action collective de nature positive.

Le stade devrait faire partie intégrante de la vie de la cité afin que les citoyens de la ville éprouvent aussi un sentiment d’appartenance lorsqu’ils sont au stade.

Pendant les Coupes du Monde, par exemple, le stade peut contribuer à favoriser l’implication de la population locale dans le contexte sportif et à placer l’infrastructure sportive au cœur de la cité. D’abord, en profitant du gisement d’emplois provoqués par l’événement en synergie avec les programmes de réinsertion sociale menés auprès des jeunes des quartiers, ensuite en organisant des visites du stade pour la population afin que le stade reste un lieu accessible et enfin en organisant autour de l’événement sportif des journées multiculturelles regroupant toutes les associations et autorités locales.

C. Le fan coaching (encadrement des supporters)

1. L’encadrement social et pédagogique des supporters

Compte tenu du caractère changeant du hooliganisme et de ses particularités locales, plusieurs pays, jugeant nécessaire de confier à des professionnels du travail social des actions pédagogiques et éducatives très ciblées auprès des supporters, ont développé des initiatives en ce sens. En complément des mesures de sécurité passive liées à l’infrastructure ou au contrôle et de l’action policière destinée à gérer l’événement, les dispositifs éducatifs et pédagogiques s’insèrent dans une politique de prévention de terrain axée sur le moyen et long terme et reposant sur un travail en profondeur auprès des supporters.

2. Définition

Le « fan coaching » s’intègre dans la démarche dite de « socio-prévention proactive ». Il est mis en œuvre là où se trouve le public cible et exige une dynamique anticipative. Le développement d’une culture positive chez les supporters et la création de conditions de séjour favorables pour les supporters visiteurs sont des préalables indispensables.

Le principe de base est d’organiser de façon active des actions sociales et éducatives sur le terrain, menées par des professionnels qualifiés travaillant de manière ciblée sur les groupes de jeunes supporters. Il est indispensable de laisser les projets évoluer en permanence en veillant à un renouvellement constant des intervenants et à leur formation continue afin d’éviter que les actions ne s’enlisent dans la routine. Le monde des supporters évolue, par définition les projets d’« encadrement ciblé des supporters » doivent donc aussi évoluer.

Les programmes de fan coaching sont des actions qualitatives de fond qui donnent leur pleine mesure lorsqu’elles sont insérées dans leur environnement local et se déroulent au niveau d’un club ou d’une ville. L’intervention de fan coaches dans le cadre spécifique du football s’inscrit dans un programme de prévention ou de sécurité urbaine plus large mené au niveau de la ville.

Dans la pratique, les actions de fan coaching prennent des formes très diverses, en raison notamment de différences dans le profil des supporters, mais aussi dans la nature du hooliganisme, qui se traduisent par des différences dans les méthodes d’intervention adoptées par les pays. Le concept est donc flexible, s’adaptant à chaque situation sur le terrain en fonction des besoins locaux et des cultures nationales. Les démarches les plus structurées et les plus institutionnalisées en matière de fan coaching sont principalement celles entreprises en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas.

Dans ces pays, les actions sont menées par des équipes constituées de professionnels du travail social, pédagogique ou éducatif, imprégnés de la culture des supporters. Vu le terrain sensible où ce type d’actions se développe et la complexité des phénomènes psychosociaux entrant en jeu, les équipes travaillent en immersion parmi les fans.

En matière de responsabilités et de financement, les gouvernements doivent jouer un rôle avec le soutien direct des clubs et collectivités locales quant aux aspects organisationnels et à la mise en œuvre.

3. Personnel

Les fan coaches sont généralement employés dans le cadre d’un contrat de travail.

4. Méthodologie


Le fan coaching est un dispositif mobile qui accompagne les supporters à domicile et en déplacement, mais aussi réalise un travail éducatif et social permanent durant les plages de vie des supporters extérieures au football via l’organisation d’activités pédagogiques structurées.

Si le fan coaching a sa place le jour des matches dans le cadre d’une approche situationnelle, il intervient avant tout pendant la semaine au travers d’une action pédagogique et sociale permanente.

a. Activités pédagogiques

Les activités pédagogiques offrent des possibilités appréciables de réaliser un travail éducatif pointu avec les jeunes supporters en dehors du contexte particulier du match et de l’excitation qui y est liée.

L’organisation d’activités sportives classiques (foot, mini-foot, etc.) dans une pédagogie d’implication et de responsabilisation vise à éviter l’inactivité urbaine des jeunes supporters tout en leur permettant d’exprimer leur besoin d’action. La participation à des championnats sportifs amateurs constitue une démarche structurante.

Les activités de sport aventure telles que le rafting et l’escalade s’avèrent très adéquates, car elles permettent aux jeunes supporters - en relevant des défis sportifs en plein air - de se valoriser sur un terrain positif, autrement que par le recours à la violence. Elles favorisent aussi un défoulement d’énergie tout en répondant à un besoin d’excitation. Un élément essentiel est l’apprentissage de la règle à respecter dans ce type d’activités.

La clef de ces démarches étant la responsabilisation et l’implication, une démarche de type consommatrice dans le seul but d’occuper les jeunes supporters est à proscrire, car l’objectif de fond est de leur permettre d’exploiter et de développer leurs ressources et leur potentiel positifs et de s’exprimer activement.

b. Soutien social

Le lien avec le football peut offrir une possibilité de réaliser un travail de nature sociale ciblé sur des populations en difficulté. Le fan coaching permet ainsi d’apporter une assistance à des personnes ayant des difficultés sociales qui passent à côté des institutions classiques. L’amélioration de la situation sociale des supporters constitue un pas vers leur autonomisation, y compris en tant qu’individus.

c. Travail de rue

Le contact permanent avec les fans est important et constitue le ciment du travail pédagogique à réaliser.

Soit il se réalise par un travail de rue mené dans les quartiers d’habitations ou les endroits fréquentés par les fans tels que les bars, pour maintenir le contact, le dialogue entre les matches et les activités et permettre à la relation de confiance de se développer.

Soit il se réalise par un accueil dans une infrastructure pédagogique (centre de supporters), ouvrant pendant la semaine, équipé avec du matériel ludique et pédagogique et qui constitue un lieu de libre rencontre pour les fans sous encadrement éducatif. Ce type d’infrastructure permet une interface permanente entre le fan coaching et les fans.

d. Intervention le jour des matches

Le jour des matches, l’objectif essentiel du fan coaching est d’assurer un canal de communication entre les supporters et l’autorité en charge de l’organisation.

Lorsque les intervenants qui accompagnent les supporters sont reconnus par les autorités et acceptés par les fans, ils peuvent être considérés comme un lien entre ces derniers et les organisateurs. Par leur position privilégiée au cœur des événements et par un dialogue constant, ils peuvent souvent désamorcer des conflits et ainsi contribuer à éviter des incidents.

5. Relations entre fan coaching et police

Le fan coaching qui se réalise dans un contexte de prévention intégrée s’avère efficace. Une approche non coordonnée pourrait en revanche être contre-productive. Une collaboration positive entre la police et les fan coaches est indispensable à une politique de prévention structurée à long terme. Si les méthodes sont différentes, les objectifs sont identiques : la réduction des violences liées au sport.

Chacun des deux partenaires doit par conséquent bien comprendre le rôle de son homologue et l’optique dans laquelle il travaille, et prendre conscience de l’intérêt de sa contribution, notamment au désamorçage des conflits les jours de matches. Les fan coaches peuvent être des canaux de communication importants entre la police/les clubs et les groupes de supporters.

De bons résultats ont été obtenus lorsque la police et les fan coaches ont établi un mécanisme structuré de concertation et d’échange d’information, coordonné par la collectivité locale. En revanche, s’il est du plus haut intérêt que la police contribue de manière systématique à la gestion du projet de fan coaching, certains pays jugent préférable qu’elle ne soit pas intégrée dans la structure d’encadrement des supporters.

6. Concertation internationale dans le domaine du fan coaching

Vu l’internationalisation du football et du hooliganisme, de nouveaux pays peuvent souhaiter s’engager dans une démarche de fan coaching en fonction de leurs besoins locaux.

Chaque pays, région ou ville possédant ses propres particularités, la nature des actions doit être adaptée à ces spécificités locales, notamment au niveau du degré d’institutionnalisation et du dialogue entre les fan coaches, le club, la collectivité locale et la police.

Les relations internationales entre les dispositifs de fan coaching pourraient être axées sur des échanges d’expériences spécifiques afin de renforcer et d’enrichir la pratique dans chaque pays.

Il est éminemment souhaitable que les actions locales de fan coaching soient mises en réseau via une plate-forme nationale. Chaque pays pourrait alors désigner un correspondant national « fan coaching » pour faciliter la centralisation de l’information et sa diffusion au niveau local et parmi les correspondants des autres pays. Cela pourrait s’avérer des plus utiles lorsque les clubs sont engagés dans des compétitions internationales.1

Ces correspondants pourraient se réunir périodiquement dans un cadre approprié afin d’analyser les évolutions observées et d’échanger leurs expériences.

Le concept de fan coaching s’oriente principalement sur le travail réalisé au niveau des supporters d’un club. Une structure internationale d’encadrement des supporters d’équipes nationales devrait plutôt être axée sur le concept d’« accompagnateurs de supporters » (voir Section E.6) qui est plus souple et permet un travail axé sur l’ensemble des supporters. Certains accompagnateurs peuvent venir des structures de fan coaching, cela n’est pas obligatoire.

D. Rôle des collectivités et autres institutions locales

1. Actions pédagogiques

Les collectivités locales sont les mieux à même de coordonner et de soutenir des actions utilisant le sport comme outil de prévention ou de réinsertion, notamment des actions menées dans les établissements scolaires ou ciblant les enfants d’âge scolaire. En Autriche par exemple, des actions sont menées auprès de jeunes écoliers pour les éduquer à l’esprit sportif et à la tolérance, ainsi qu’au respect des autres cultures en les sensibilisant à la lutte contre le racisme. En parallèle, le réseau FARE orchestre des campagnes contre le racisme au niveau national et international.

Quant au contexte urbain, un axe d’intervention principal vise à agir dans les quartiers difficiles qui sont des zones d’intervention prioritaire pour les politiques de prévention par le sport. Il est important que les moyens nécessaires soient mis en place pour que les jeunes issus des communautés défavorisées pratiquent des activités sportives régulières dans un contexte structuré et que des considérations financières ne constituent pas un obstacle à cette pratique.

Le sport amateur, qui constitue la base de la pratique sportive, a un rôle essentiel à jouer. Si la médiatisation se concentre surtout sur le sport professionnel, les problèmes de violence sont également importants dans la pratique courante, y compris dans le football amateur.

En complément des campagnes de sensibilisation, le développement d’interventions ciblées est nécessaire auprès des clubs amateurs et des sportifs qui pratiquent à ce niveau.

La législation française prévoit un « officier référent sport » dans 26 départements. Cet officier de police constitue une personne ressource et un facilitateur pour les associations, institutions et organismes sportifs locaux afin de lutter contre la violence dans le sport amateur.

2. Rôle des commissions consultatives de prévention de la violence dans le sport

Il est indispensable que les collectivités locales créent des structures appropriées pour s’attaquer au problème de la violence dans le sport et coordonner les actions. Ces structures peuvent prendre la forme de commissions regroupant les partenaires opérationnels tels que le fan coaching, la police, le club de football et la justice, ainsi que les associations de jeunesse et sportives et les établissements d’enseignement supérieur.

La commission peut aussi être chargée de soumettre des avis et des propositions à la collectivité locale quant à la forme à donner à la politique de prévention et à ses programmes. Elle peut servir de relais entre le terrain et les décideurs politiques et impulser des projets spécifiques auprès de partenaires soit sous la forme de campagnes de sensibilisation, soit au travers d’actions ciblées répondant à des besoins réels.

Enfin, elle peut détecter les tendances nouvelles afin d’apporter des réponses rapides, adaptées et efficaces. Des commissions de ce type existent déjà au niveau national dans certains pays.

E. Les ambassades de supporters

1. Ambiance du tournoi

Le principe fondamental présidant à l’organisation d’une manifestation sportive doit être le caractère prioritaire de la sécurité du spectateur et de la population. Le défi majeur des manifestations sportives est donc d’assurer un équilibre entre des exigences strictes de sécurité et de protection répondant à des facteurs de risques réels et la nécessité de maintenir le caractère festif et convivial de la manifestation.

L’événement doit rester chaleureux et festif, les fans locaux et étrangers doivent donc être traités avec correction et respect. Sur le plan de l’hospitalité à l’égard des visiteurs venus à l’occasion des matches, une stratégie claire, bien comprise et si possible cohérente est indispensable concernant la prise en charge des supporters, l’organisation des dispositifs d’accueil et la politique de transport et d’hébergement.

Cela suppose une démarche concertée, dans le cadre de laquelle l’ensemble des parties concernées travaillent en collaboration à des objectifs communs. Ce partenariat passe par un consensus entre tous les intervenants et par leur implication dès la planification de l’événement et durant sa réalisation.

Soulignons que le travail réalisé en amont des matches (donc dans les heures, voire les jours qui précèdent) est essentiel. En effet, des événements bien organisés préalables aux matches vont inévitablement avoir une influence favorable sur le comportement des supporters et le climat à l’intérieur du stade.

Un objectif de fond de ce dispositif préventif est de créer un partenariat avec la police et de la soulager d’une partie de sa charge de travail (liée à sa mission secondaire d’information du public) afin qu’elle puisse se consacrer à sa tâche principale, à savoir maintenir l’ordre public. De même, le programme préventif joue un rôle important en créant un climat serein, et donc en limitant le nombre de situations susceptibles d’entraîner une intervention policière.

2. Objectifs

Les ambassades de supporters visent à assurer un point d’accueil fixe pour les supporters étrangers et sont orientées vers la culture du supporter, ainsi que vers leurs besoins spécifiques pendant le tournoi. Les supporters peuvent y rencontrer des interlocuteurs parlant leur langue, connaissant le milieu particulier des supporters et capables de les aider à résoudre leurs problèmes au cas par cas. De même, les fans peuvent y obtenir de l’information et de l’aide sur les matches et la vente des billets, l’hébergement et la mobilité, les loisirs et les retransmissions éventuelles de matches, les vols ou pertes de documents, les soins de santé, ainsi que toutes sortes d’autres questions, que ce soit le change de devises ou les activités alternatives.

Il s’agit donc d’assurer un canal de communication entre les supporters et les autorités locales et nationales/les organisateurs du tournoi, notamment de permettre la circulation rapide et efficace d’une information constamment actualisée, vu qu’un tournoi constitue, par définition, un élément vivant et se trouve dans une dynamique constante de changement et que les situations sont extrêmement et rapidement évolutives. Nous ne sommes pas confrontés à une réalité figée et immobile, il s’avère donc indispensable d’assurer un dispositif en prise directe avec le terrain et capable de s’adapter aux situations.

L’ambassade de supporters peut aussi présenter le point de vue des supporters aux autorités en cas de problème, et lancer des initiatives proactives susceptibles de favoriser les bonnes relations entre les différents groupes de supporters et avec les groupes ethniques locaux.

3. Fonctionnement

a. Structure

Lors d’un tournoi international, il est utile que chaque ville d’accueil possède un dispositif d’ambassades de supporters. Différents modèles sont possibles : une ambassade unique ou deux ambassades respectivement pour chacun des pays (voire un troisième point d’information pour les autres fans étrangers en transit). Le degré de professionnalisation et le niveau d’indépendance des structures diffèrent en fonction des cultures nationales : elles sont parfois mises en place par les pouvoirs publics organisateurs ou organisées par les supporters pour les supporters.

L’essentiel est que la structure soit en mesure d’accueillir convenablement les supporters notamment des équipes visiteurs.

b. Personnel et ressources humaines

Il est bien évidemment souhaitable que le personnel des ambassades de supporters soit convenablement rémunéré et possède les qualifications voulues pour remplir les fonctions décrites ci-dessus.

Dans certains cas, ces personnes peuvent être des salariés travaillant pour le compte d’une autorité institutionnelle ou d’une association mandatée officiellement. Dans d’autres cas, le recours à des bénévoles motivés issus d’organisations de supporters s’est également avéré efficace.

Le personnel d’une ambassade de supporters devrait posséder collectivement les compétences suivantes : connaissance de la culture de supporters des groupes cibles ; connaissance approfondie du milieu local ; contacts étroits avec toutes les instances locales, nationales et internationales compétentes ; bonne connaissance des langues des groupes cibles et du pays hôte.

c. Horaire

L’ambassade de supporters devrait être accessible et joignable par téléphone dans des plages horaires les plus étendues possibles. L’expérience montre qu’une ouverture permanente durant toute la durée du tournoi peut être souhaitable. L’ambassade doit être ouverte aussi longtemps que possible la veille, le jour et le lendemain de chaque match. Un atout des ambassades de supporters réside dans leur accessibilité et leur souplesse qui leur permettent de s’adapter aux situations et aussi d’être en phase avec le mode de vie des supporters à l’étranger.

d. Localisation et accès

La localisation constitue un volet sensible de la préparation du dispositif car l’ambassade de supporters devrait être accessible, visible et facile d’accès. La question de la localisation doit faire l’objet d’une concertation étroite entre les services de prévention, les associations de supporters, la police et la collectivité locale, compte tenu des spécificités locales. Le mieux est que les ambassades de supporters soient positionnées dans le centre ville, ce qui permet de réaliser un travail en amont considérable et d’être accessible au plus grand nombre vu que, dans l’ensemble, les supporters ont pour habitude de ne se rendre au stade qu’une ou deux heures avant le match.

Il est utile, comme lors de l’Euro 96, de disposer sur le site du stade d’un « consulat de supporters » qui peut prendre le relais de l’ambassade de supporters dans les périodes précédant ou suivant immédiatement les matches.

L’ambassade de supporters doit être signalée par des panneaux indicateurs clairs et bien visibles afin de garantir la bonne orientation des supporters et son accessibilité à tous moments. Il serait bon que le balisage comporte un logo commun à toutes les villes d’accueil afin de faciliter leur identification. Les dépliants distribués préalablement aux supporters dans leurs pays devraient comporter les adresses et cordonnées des ambassades de supporters. La production d’affiches spéciales comportant un plan de la ville avec la localisation des ambassades (ainsi que d’autres lieux utiles : arrêt de bus, point-argent, etc.) à apposer aux vitrines des magasins et cafés permet aux supporters de se repérer ou de trouver leur ambassade.

e. Accueil, service et information

Le personnel des ambassades - vu sa relation permanente avec l’organisateur, les autorités locales et nationales, les services policiers et de sécurité - est en mesure de fournir de l’information actualisée et précise aux supporters. De même, cette information doit être sûre et fiable, sans cesse recoupée, afin d’éviter de transmettre de l’information erronée aux supporters.

Dans cette optique, l’objectif est aussi d’étouffer les rumeurs dans l’œuf. Lors d’un tournoi, les rumeurs les plus fantaisistes et les plus diverses circulent au sein des supporters et peuvent causer des difficultés difficilement rattrapables. L’ambassade de supporters, vu sa position officielle au cœur du réseau des institutions organisatrices et vu sa liaison directe privilégiée avec les supporters sur le terrain, peut aider à couper court de façon rapide et définitive à ce type de rumeurs.

Les matches et le déroulement du tournoi

Des brochures comportant des informations sur les stades, leur localisation, leurs accès, les transports publics locaux ainsi que les horaires de matches y sont distribuées. Devraient y figurer les aspects législatifs ou réglementaires relatifs au tournoi ou à la gestion des foules et les règlements intérieurs des stades, en précisant les objets éventuellement interdits et les comportements considérés comme anti-sociaux. Les règles varient selon les pays, voire selon les matches, en ce qui concerne l’interdiction de certains objets tels que banderoles, articles pyrotechniques, appareils photo, téléphones portables, caméras vidéo et parapluies.

Les billets et leur distribution

Les organisateurs du tournoi doivent communiquer aux ambassades de supporters des informations actualisées et précises sur les prix des billets, les lieux de vente, le nombre de billets encore disponibles (s’il en reste), les délais et conditions de vente, ou leur indiquer un point de contact où s’adresser pour se procurer ces informations. Il est important de pouvoir annoncer assez tôt, et sur la base d’une information sûre, aux fans qu’un match est « complet », que telle quantité de places à tels tarifs sont encore disponibles ou que les délais de vente sont écoulés. Toutefois, les ambassades de supporters n’assurent pas la vente de billets.

L’hébergement

De façon générale, l’ambassade de supporters apporte un complément ou un soutien aux services touristiques classiques qui dispensent de l’information sur différents types d’hébergements ou de services. Outre l’information de base quant à l’hôtellerie, il est important que celle relative aux logements économiques tels que campings ou chambres d’hôtes soit disponible, complétée par une information précise sur les transports publics permettant de s’y rendre (localisation, coût, horaire).

En cas de saturation des hébergements locaux, les supporters doivent pouvoir être orientés vers des hébergements dans un rayon plus éloigné et informés sur les moyens de transport possibles. Dans les cas les plus critiques, en concertation avec les autorités locales ou la police, les ambassades de supporters peuvent évaluer le besoin en hébergements d’urgence et provisoires pour les supporters : terrain de camping improvisé, salle de sport avec lits de camps, etc.

La mobilité

La circulation sur le territoire, dans les villes ou aux abords des stades constitue un défi majeur lors des tournois et la qualité de l’information distribuée à ce niveau s’avère particulièrement importante. Outre des plans de villes, les horaires des transports en commun (train, bus, tram, métro) doivent être disponibles et des réponses personnalisées apportées aux supporters. Il en va de même pour les zones de parking public et privé en ville ou au stade, les parkings de dissuasion, les horaires de navettes vers le stade (avec idéalement un arrêt à l’ambassade de supporters).

Vols et pertes de documents

Les pertes et vols de documents officiels tels que cartes d’identité, passeports, documents de sécurité sociale, billets d’avion et billets d’entrée au stade sont très nombreux durant un tournoi et souvent source de désarroi pour le supporter perdu dans un environnement inconnu et confronté à une langue étrangère. Il est nécessaire que le supporter puisse bénéficier d’un relais, voire d’une prise en charge directe de son problème à l’ambassade de supporters. A ce niveau, le concept d’accueil et d’hospitalité prend toute sa mesure dans la résolution de ce type de problèmes.

A cet égard, la présence d’un agent consulaire à proximité de l’ambassade de supporters est un atout précieux et donc recommandée.

Les soins de santé

L’ambassade de supporters doit pouvoir apporter des informations sur les hôpitaux, services médicaux classiques ou d’urgence, dentistes de garde et systèmes de protection sociale afin d’orienter les supporters vers les relais adéquats.

Les activités

L’ambassade de supporters constitue une source importante d’information sur les activités de loisirs sportives ou culturelles qui sont organisées pour la population locale ou pour les supporters dans la ville ou à d’autres endroits dans le pays, ainsi que sur les moyens d’y accéder. Les ambassades de supporters elles-mêmes organisent parfois des activités – concerts, jeux, animations, etc. – pour les supporters ou avec leur collaboration.

Il est important que l’information soit mise à jour et que les annonces de dernière minute soient répercutées, étant donné que de nombreuses activités sont organisées en dehors des délais de publication des avis officiels ou que certaines activités alternatives n’y figurent pas. Les informations sur des activités comme la retransmission publique des matches, qui n’est pas toujours planifiée à l’avance et permet parfois in extremis de résoudre un problème de canalisation du public excédentaire lors d’un match « complet » devraient être diffusées prioritairement par l’ambassade de supporters.

4. Autres aspects

a. Ambassades dans les villes de transit

Il est utile de compléter le dispositif de base dans les villes d’accueil par l’installation d’ambassades de supporters complémentaires dans les villes par lesquelles un nombre important de supporters va transiter et où ils sont susceptibles de séjourner. Il s’agit de villes possédant des attraits touristiques, des possibilités de divertissement, des activités attractives, une capacité hôtelière de bon niveau susceptibles d’attirer un grand nombre de supporters, ou situées sur leur passage de par leur position géographique.

Ces dispositifs allégés peuvent aisément être incorporés dans des services officiels classiques tels que les offices du tourisme. L’un de leurs rôles est de dispenser de l’information sur les villes d’accueil du tournoi.

b. Centres d’information locaux

Au niveau des supporters locaux, il est utile que les organisateurs locaux ou la collectivité locale établissent un « point info » au stade pour y distribuer de l’information. Ce dispositif complète, mais ne remplace pas l’ambassade de supporters classique. L’ouverture d’une ambassade de supporters en ville, dotée d’un dispositif important, ne se justifie pas sur l’ensemble du tournoi.

5. Financement

Un dispositif opérationnel efficace implique des coûts logistiques et des frais de personnel importants.

Vu le caractère ponctuel de la manifestation, la mise à disposition de matériel et locaux, ainsi que l’affectation de personnel par les collectivités locales et associations permettent de couvrir une partie des besoins. Cependant, un financement spécifique est indispensable.

Il est nécessaire que les gouvernements et les organisateurs du tournoi et des matches contribuent à apporter le financement nécessaire au dispositif et soutiennent sa mise en œuvre.

6. Les accompagnateurs de supporters

a. Rôle et missions

Certains pays jugent utile de faire encadrer par des « accompagnateurs » leurs supporters qui se rendent à l’étranger ou de demander la réciproque lorsque des supporters d’autres pays viennent sur leur territoire. Ce personnel est composé d’intervenants issus des pays d’origine, parlant la langue et bien au fait de la culture des supporters nationaux.

Les accompagnateurs suivent leurs supporters nationaux dans tous leurs déplacements sur l’ensemble du territoire et en fonction du calendrier des matches. Ils sont présents dans la ville d’accueil la veille, le jour et le lendemain du match. Ils se déplacent aussi dans d’autres localités en cas de présence importante de supporters.

Ils peuvent s’établir dans les locaux de l’ambassade de supporters et apporter une forme d’assistance aux spectateurs, ou assurer l’escorte des groupes organisés de leur pays d’origine jusqu’au stade et pendant le voyage de retour. Cette dernière formule est plus couramment adoptée pour les supporters de clubs prenant part à des compétitions internationales.

Ces accompagnateurs n’ont pas de statut officiel en dehors de leur pays ; aussi leur rôle doit-il par définition être limité.

Leur fonction principale est d’encadrer les supporters visiteurs et de fournir des services adaptés afin d’améliorer l’accueil des supporters et de leur permettre de bénéficier de la plus grande hospitalité possible. Les accompagnateurs peuvent diffuser des informations aux fans et les aider à résoudre leurs problèmes en étroite concertation avec l’ambassade de supporters.

Ils assurent une mission d’« ambassadeurs mobiles », aidant à instaurer et à renforcer une culture de supporters positive, fondée sur le respect et la tolérance. Dans certaines conditions et dans certains pays, ils peuvent aussi faciliter le dialogue entre les policiers et les supporters en vue de désamorcer les tensions et de régler les conflits en évitant l’intervention policière.

Il se peut que, par accord entre les deux pays concernés, les accompagnateurs remplissent les fonctions assurées les jours de matches par les fan coaches (voir section C). Les observations formulées à ce propos au niveau local demeurent dans ce cas applicables.

b. Structure

La taille de l’équipe d’accompagnateurs et ses moyens de liaison avec les organisateurs, la police et les autorités locales peuvent varier selon les besoins locaux et les circonstances. Il importe de veiller à ce que les circuits de communication soient clairement établis et les responsabilités de chaque partie définies d’un commun accord et bien comprises par tous.

c. Recrutement, sélection et formation

Les pays hôtes pourraient aussi trouver utile de recruter du personnel d’accueil et des interprètes parmi les ressortissants des pays visiteurs vivant sur leur territoire. Certains pays tels que la Turquie et la Yougoslavie peuvent avoir de nombreux supporters résidant dans le pays organisateur ou des pays voisins. Il en est de même d’autres nations comme l’Espagne, l’Italie et le Portugal.

Le profil recherché pour les accompagnateurs ne doit pas nécessairement s’orienter vers des professionnels d’encadrement de supporters ou du travail éducatif avec les hooligans voire les délinquants juvéniles. Leur mission s’inscrivant surtout dans un contexte de prévention primaire orienté vers l’ensemble des supporters, il peut s’avérer intéressant de ne pas être conduit par des réflexes professionnels ou des habitudes de travail différentes.

F. Activités pour la population locale lors des tournois internationaux

a. Campagnes de sensibilisation

Afin que la dimension festive du tournoi et la notion d’hospitalité soient intégrées dans toutes leurs dimensions, la population locale doit être sensibilisée et impliquée dans l’événement au travers d’activités connexes. Ceci pour que l’ambiance conviviale constitue le ciment de la fraternité attendue de tous durant le tournoi.

Le tournoi - et toute la symbolique forte qu’il véhicule - peut servir de catalyseur pour des actions préventives à plus grande échelle. La diffusion des valeurs de tolérance et de respect est encouragée par le biais d’activités multiculturelles et de campagnes de sensibilisation.

Des actions de sensibilisation sous la forme de campagnes préventives peuvent être menées auprès de la population. Par exemple, des actions de prévention primaire sur le modèle du projet scolaire «Welkom!» aux Pays-Bas constituent des initiatives très intéressantes.

Il convient d’insister sur la dimension festive de l’événement mais aussi sur la notion d’esprit sportif et surtout de démystifier l’approche catastrophe (« moral panic ») dans les médias qui devient inéluctablement liée à la phase préparatoire de ces tournois pour atténuer les tensions dans la population locale et la préparer à une fête du football fraternelle et non pas à des affrontements contre l’envahisseur étranger assoiffé de bière et de violence.

Le personnel des débits de boisson constitue une cible spécifique car il joue un rôle crucial dans la prévention de la surconsommation d’alcool. Il est nécessaire de responsabiliser à la fois les employés et la direction de ces établissements. Une information adaptée peut diminuer les conditions génératrices d’incidents.

b. Prévention ciblée

Un axe de travail doit viser à éviter un sentiment d’exclusion chez une partie déjà socialement fragilisée de la population. Il n’est pas souhaitable que le tournoi et son environnement soient réservés à quelques privilégiés. Des actions préventives sont à mener dans certains quartiers, surtout ceux dits difficiles.

Ces activités sont à réaliser dans la continuation des politiques locales d’intégration par le sport et de prévention interculturelle et à mener en collaboration avec les structures associatives possédant une expérience d’encadrement social préventif. L’organisation de tournois ou d’initiations au sport, de soirées thématiques, de concerts, et d’autres rassemblements pédagogiques sont des activités alternatives destinées à éviter l’inoccupation et l’ennui souvent sources de comportements déviants. Elles remplissent aussi un rôle structurant lorsqu’elles sont réalisées dans le cadre d’un projet pédagogique réfléchi. Enfin, en détournant l’attention des jeunes, elles les éloignent des zones de conflit potentiel et les retiennent de participer à des affrontements.


1 Si cette information peut être utile pour la garantie de l’ordre public, le correspondant national « fan coaching » peut la transmettre au point policier national d’information football. Le point policier national d’information football peut à son tour faire passer l’information au correspondant national « fan coaching » lorsque celle-ci peut relever de l’exercice de ses tâches.