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LA CITOYENNETÉ URBAINE : Créer des lieux où chacun peut trouver sa place

Botkyrka, Suède 28-29 novembre 2018
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Photo © Ivana d'Alessandro

Photo © Ivana d'Alessandro

La citoyenneté urbaine n’est pas une idée neuve. Elle s’enracine profondément dans l’histoire européenne, marquée autrefois par la suprématie des villes-États. Ce n’est qu’avec l’émergence des nations que ces villes-États ont perdu de leur importance, mais à notre époque où les connexions et la mobilité mondiales se heurtent au nativisme et à l’exclusion, des villes ont su proposer des stratégies qui répondent à la fois à l’obligation morale et juridique de protéger les droits de l’homme et aux inquiétudes concernant l’impact des migrations sur les sociétés.

Comme Benjamin Barber l’a écrit dans ‘If Mayors Ruled the World’ :

« La politique de la ville est de nature très différente de la politique idéologique de la nation. Elle a pour but que les choses fonctionnent : les ordures doivent être collectées ; les hôpitaux doivent rester ouverts ; que les migrants soient en situation régulière ou irrégulière, ils ont des enfants qui tombent malades et qui doivent aller à l’école, ils prennent le bus, ils conduisent une voiture. Si vous demandez à un maire ‘Pensez-vous qu’il faut laisser entrer les migrants ?’, il vous répondra : ‘Ils sont déjà là.’ »

Alors qu’un peu partout en Europe des évolutions politiques préoccupantes font qu’il est plus difficile, pour les demandeurs d’asile et les migrants, d’avoir accès à un titre de séjour, une protection sociale, une appartenance culturelle et une présence physique, y a-t-il place pour une autre politique qui garantirait ces droits pour tous ? Telle est la question à laquelle l’atelier vise à apporter une réponse.

Il est opportun que le Réseau des Cités interculturelles examine cette vieille idée – à laquelle il donne un nouveau souffle – « à travers le prisme de l’interculturalité ». L’atelier s’interrogera sur ce que cette idée peut apporter aux membres du réseau et sur ce que nous-mêmes nous pouvons faire pour la promouvoir et la concrétiser.

En définitive, si la Citoyenneté urbaine doit prospérer, il faut qu’elle bénéficie au plus grand nombre plutôt qu’à quelques-uns seulement. Elle doit donner de l’espoir à tous ceux qui ont le sentiment que leur mode de vie a été bouleversé ou saccagé par des changements rapides, y compris les personnes qui peuvent céder à la facilité de tenir les migrants pour responsables de cette évolution.

Cependant, dans le cadre limité d’un court atelier de réflexion, l’attention devra se porter sur une question précise et concrète, permettant de poser une problématique et susceptible de déboucher sur des réponses pratiques. Ainsi, l’atelier visera à établir ce que les villes font – et pourraient faire de plus – pour transformer la « crise » des migrants sans papiers en une réalité pragmatique de la vie urbaine ordinaire et de la coexistence.

Le thème de cet atelier est au cœur même de la Déclaration de Lisbonne de 2017, qui définit la stratégie des Cités interculturelles pour les cinq prochaines années : redonner toute leur place aux normes universelles des droits de l’homme dans le cadre du dialogue interculturel et de la vie civique. Le séminaire aura notamment pour thèmes essentiels :

  • la manière dont les villes (qu’il s’agisse des autorités municipales, des services publics, des entreprises ou de la société civile) agissent en dernier recours pour défendre ceux que l’État menace d’expulsion imminente, au moyen d’initiatives telles que le mouvement « sanctuaire » ;
  • la manière dont les villes mettent en application l’exigence selon laquelle les droits et services municipaux doivent bénéficier à tous, au moyen d’outils tels que la « carte urbaine » ;
  • la manière dont les innovations technologiques peuvent contribuer à trancher les « nœuds gordiens » administratifs qui affectent actuellement nos systèmes de gestion de la mobilité et de l’installation.

Le séminaire visera aussi à déterminer dans quelle mesure la citoyenneté urbaine devra être élargie en coopération avec les politiques nationales.

La citoyenneté urbaine demeure une zone grise d’expérimentation et de risque. Il est très peu probable qu’il en existe un jour un modèle universel et unique, car dans chaque pays le poids des traditions et de la pratique juridique, ainsi que la montée des discours populistes, pèseront de manières diverses sur les relations entre la ville et l’État. Au lieu de nous alarmer de cet état de fait, ce séminaire nous appelle à partir de là où nous sommes et à tirer de la réalité le meilleur parti possible.

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