Porto (Portugal)
Objectif principal : Favoriser le développement des compétences interculturelles, de l'esprit critique et de la citoyenneté active, en recourant à des méthodologies participatives pour lutter contre la violence.
Objectif
Le Club de l’interculturalité, développé par Bruno Prudêncio, médiateur interculturel à Espaço T – Association pour le soutien à l’intégration sociale et communautaire, dans le cadre du projet « Équipe des médiateurs municipaux et interculturels » de la mairie de Porto[1], était une initiative destinée aux élèves de CM1 de l’école primaire de Cerco.
S’appuyant sur une méthodologie participative, réflexive et collaborative, il a favorisé l’inclusion, la participation démocratique et la citoyenneté active, en encourageant la pensée critique, la réflexion sur la diversité et la déconstruction des préjugés culturels et de genre. Tout au long du programme, les élèves ont exploré et célébré la diversité culturelle, développé des compétences sociales, émotionnelles et interculturelles, et pris part à des activités qui ont renforcé le respect, la compréhension mutuelle et les valeurs de paix.
Point de départ
L’école primaire de Cerco est située dans une zone éducative prioritaire, caractérisée par des taux d’échec scolaire et de décrochage nettement supérieurs à la moyenne nationale, ainsi que par une population scolaire majoritairement d’origine rom, reflétant la composition démographique du quartier de Cerco lui-même.
Le choix de l’école primaire de Cerco comme lieu d’intervention s’est fondé sur plusieurs facteurs :
- Elle est officiellement désignée comme une zone éducative prioritaire[2] ;
- Son taux de réussite du premier cycle en quatre ans est bien inférieur à la moyenne nationale (35 % contre 70 %), même par rapport à des écoles présentant un profil socio-économique similaire ;
- Son taux de redoublement ou d’abandon scolaire en quatrième année est nettement supérieur à la moyenne nationale (11 % contre 2 %)[3].
La communauté éducative a identifié des difficultés dans la transition des élèves du premier cycle de l’enseignement de base (1er CEB – de la 1re à la 4e année) vers le deuxième cycle (2e CEB – 5e à 7e années) ; ces circonstances ont ainsi mis en évidence le besoin urgent d’une intervention spécifiquement ciblée sur les élèves de 4e année.
Le Club de l’interculturalité a donc été créé pour répondre aux besoins suivants :
- Créer un espace sûr et inclusif de réflexion sur la diversité et l’anti-discrimination ;
- Développer des compétences en matière de citoyenneté active et de compréhension interculturelle ;
- Promouvoir la participation démocratique et la résolution pacifique des conflits ;
- Impliquer la communauté scolaire dans des activités de sensibilisation.
Bien que l’objectif principal du Club ne fût pas l’intervention précoce dans l’apprentissage, sa mise en œuvre s’est avérée être un outil efficace pour soutenir le développement de compétences essentielles. Le travail réalisé a permis aux élèves d’acquérir les outils nécessaires pour exercer une citoyenneté plus active, développer leur esprit critique et renforcer leurs compétences interculturelles, contribuant ainsi à un environnement scolaire plus inclusif et participatif.
Processus
Le Club de l’interculturalité a été animé dans le cadre du projet « Équipe de médiateurs interculturels municipaux » par un médiateur d’Espaço T, et s’est articulé en six étapes, chacune avec ses propres objectifs et activités. S’appuyant sur une méthodologie de recherche-action participative (RAP)[4] et sur le modèle CAPP (Contexte, Apport, Processus, Produit)[5], qui alliait les connaissances théoriques à leur application pratique, le programme éducatif s’est articulé en six étapes séquentielles.
Le programme a débuté par une initiation des jeunes aux concepts d’inclusion, de diversité et de violence à travers une série d’activités réflexives et participatives. À partir de la fable de R. Roosevelt Thomas intitulée La girafe et l’éléphant, les participant·es ont exploré comment des environnements conçus pour un groupe peuvent inconsciemment en exclure d’autres, ce qui les a amenés à réfléchir à ce qu’ils et elles changeraient dans le monde qui les entoure et à ce qu’ils et elles enseigneraient aux adultes. Cela a permis d’établir un point d’apprentissage clé : une véritable inclusion nécessite un changement structurel, et non un simple ajustement individuel.
Les participant·es ont ensuite pris part à des jeux de rôle visant à identifier et à réagir face à différentes formes de violence — physique, verbale, psychologique, sociale et symbolique —, renforçant ainsi les valeurs d’empathie, de respect et de responsabilité sociale. Un vote démocratique a ensuite été organisé pour choisir le thème sur lequel le club se concentrerait, offrant ainsi aux jeunes une expérience directe de la citoyenneté politique active et de la prise de décision collective ; c’est le thème « toutes les formes de violence » qui a été retenu.
S’appuyant sur ces bases, les participant·es sont passés à une phase créative et orientée vers l’action, explorant des stratégies telles que l’art, les pétitions, les manifestations pacifiques et la réalisation de vidéos avant de voter sur le format qu’ils et elles souhaitaient adopter. Des séances de brainstorming ont abouti à la création d’affiches et de banderoles portant des messages percutants, tandis qu’un projet de court-métrage en stop-motion a guidé les participant·es à travers le processus d’élaboration d’un scénario, de personnages, de décors et de ce qu’ils et elles ont appelé les vrais super-pouvoirs. Des séances de planification pratique ont aidé à structurer leur travail, en abordant des questions telles que ce qu’ils et elles allaient faire, comment, où et quand.
Le programme s’est achevé par une manifestation scolaire au cours de laquelle les élèves ont utilisé les affiches qu’ils et elles avaient créées, ainsi que par un dialogue avec la police municipale de Porto sur la violence et la sécurité en ligne. Cette étape finale a permis aux jeunes de faire l’expérience concrète des défis et des satisfactions de l’action collective, renforçant ainsi la citoyenneté active, la compréhension interculturelle et la confiance dans les institutions.
Impact
Le projet a eu un impact significatif sur les élèves et la communauté scolaire. Les participant·es ont acquis une compréhension plus solide et critique des différents types de violence, renforçant ainsi leur sentiment d’autonomie et de responsabilité sociale.
Le projet a donné des résultats significatifs en termes d’acquisition de compétences, d’engagement scolaire et de participation éducative des élèves impliqués. Sur le plan de l’apprentissage, on a constaté une consolidation de la compréhension critique des différents types de violence, qui s’est traduite par une plus grande capacité d’analyse, de remise en question et de responsabilisation individuelle et collective. Des indicateurs qualitatifs, tels qu’une confiance en soi accrue, une meilleure capacité à s’exprimer et un travail collaboratif renforcé, sont apparus clairement grâce à la participation active à des activités pratiques, notamment la manifestation scolaire et la réalisation d’un court-métrage en stop-motion, qui ont servi d’outils pour développer des compétences transversales.
Au niveau communautaire, les initiatives de sensibilisation ont contribué à renforcer les liens entre l’école, les familles et les autorités, favorisant ainsi la création d’un environnement scolaire plus inclusif et participatif. La participation à la Journée internationale des Roms en est un exemple notable : à cette occasion, les élèves ont organisé des activités et présenté des travaux à caractère ethnique et culturel. L’exposition publique de ces travaux pendant une semaine a favorisé la reconnaissance et l’appréciation de la diversité culturelle au sein de la communauté scolaire, soulignant ainsi l’impact du projet au-delà de la classe concernée.
Sur le plan quantitatif, les chiffres de fréquentation révèlent un niveau élevé d’engagement des élèves. Les séances du Club de l’interculturalité ont enregistré un taux de fréquentation moyen de 81 %, atteignant parfois 94 %. Ces chiffres témoignent d’une assiduité constante et régulière, éléments fondamentaux pour la pérennité du projet. On a également constaté une amélioration de l’assiduité globale de la classe par rapport à l’année scolaire précédente (2023/2024), ce qui suggère une corrélation positive entre la mise en œuvre du projet et un engagement accru dans le travail scolaire.
En ce qui concerne les progrès scolaires, selon les données officielles de l’établissement, 100 % des élèves ont accédé à la classe supérieure, ce qui renforce l’idée que le projet a contribué non seulement au développement personnel et social, mais aussi à l’amélioration des résultats scolaires. Cet indicateur, associé aux niveaux élevés de participation et d’engagement, apporte une preuve claire de l’impact du projet sur la promotion de l’inclusion, de la citoyenneté active et de la cohésion scolaire.
Ainsi, le projet du Club de l’interculturalité a contribué aux objectifs suivants :
- Donner aux élèves les moyens d’être des acteurs d’un changement positif au sein de l’école et de la communauté.
- Promouvoir l’empathie, le respect et la résolution pacifique des conflits.
- Développer des compétences civiques et interculturelles conformes aux principes de la citoyenneté mondiale.
- Produire des supports de sensibilisation à fort impact visuel et social (affiches, vidéos, événements).
- Impliquer la communauté scolaire et des partenaires externes dans des initiatives communes.
Documents de référence
Espaço T – Association for the Support of Social and Community Integration. (n.d.). What we do. Retrieved from https://espacot.pt/oque-fazemos
Directorate-General for Education. (n.d.). Educational Territories for Priority Intervention Programme (TEIP). Retrieved from https://www.dge.mec.pt/teip
Santos, A. R., & Bertão, A. (2020). The impact of the Participatory Action Research Methodology on the support provided to families receiving Social Income and Integration benefits. Sensos-e, 7(2), 5–13. https://doi.org/10.34630/sensose.v7i2.3620
Stufflebeam, D. L. (2000). The CIPP model for evaluation. In D. L. Stufflebeam, G. F. Madaus, & T. Kellaghan (Eds.), Evaluation models: Viewpoints on educational and human services evaluation (pp. 279–317). Dordrecht: Springer Netherlands.
Thomas, R. R. (1999). Building a house for diversity. New York, NY: American Management Association.
[1] https://espacot.pt/oque-fazemos
[2] Source: escolas_teip4.pdf
[3] Data relating to the 2022/2023 academic year. Source: Infoescolas – Basic Education Statistics
[4] Santos, A. R., & Bertão, A. (2020). The impact of the Participatory Action Research Methodology on the support provided to families receiving Social Income and Integration benefits. Sensos-e, 7(2), 5–13. https://doi.org/10.34630/sensose.v7i2.3620
[5] Stufflebeam, D. L. (2000). The CIPP model for evaluation. In D. L. Stufflebeam, G. F. Madaus & T. Kellaghan (Eds.), Evaluation models: Viewpoints on educational and human services evaluation (pp. 279–317). Dordrecht: Springer Netherlands.
