GenreLe Groupe Pompidou, considéré comme pionner en Europe dans la prise en compte de la question du genre dans les politiques de lutte contre la drogue, a toujours préconisé une meilleure compréhension des différences spécifiques liées au sexe.

Séminaire «Femmes et drogues: de la politique aux bonnes pratiques» Rome, 26 et 27 juin 2017, École nationale d’administration

Cet évènement, organisé conjointement par le Département italien des politiques antidrogues (Dipartimento politiche antidroga) et le Groupe Pompidou du Conseil de l’Europe, a eu lieu le 26 juin à l’occasion de la Journée internationale contre l’abus et le trafic de drogues.

L'importance de tenir intégralement compte de la dimension du genre dans les politiques et les programmes liés à la drogue est reconnue dans le document final de la Session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies de 2016, sur le problème mondial posé par les drogues et dans la résolution CND 59/5 sur l’intégration de la question du genre dans les politiques et les programmes liés aux drogues.

A l’ouverture de ce séminaire par Mme Maria Elena Boschi, Sous-secrétaire d’État, présidence du Conseil des ministres, Mme Gabriella Battaini-Dragoni, Secrétaire Générale adjointe du Conseil de l’Europe, a souligné dans un message vidéo que « les voix des femmes qui consomment des drogues et qui sont en même temps confrontées à violence sont parmi les moins entendues dans nos sociétés » et que leurs intérêts et droits »sont les plus souvent ignorés».

Sa déclaration est appuyée par les responsables politiques, les chercheurs et les professionnels du terrain de Croatie, Grèce, Israël, Portugal, Norvège, Malte, Suisse qui présentent les bonnes pratiques en matière de recherche, de prévention, de prise en charge et de traitement et de délits liés aux drogues dans le but ultime d’intégrer la dimension de genre dans les politiques drogues. A cette fin ; l’Italie, l’Espagne et la Suède, présentent comment la dimension de femmes est introduite dans leurs stratégies nationales drogues.

Agressions sexuelles facilitée par les drogues

Depuis 2016, le Groupe Pompidou mène une activité dans le but de comprendre la violence sexuelle contre les femmes rendue possible grâce aux drogues du viol et ses implications. Dix-sept experts en provenance de quinze pays, ainsi qu’un représentant de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT) participent à cette activité. Le plan de travail de la première phase du groupe comprenait la collecte de données concernant la fréquence des cas d’agression sexuelle facilitée par les drogues (ASFD), l’examen des conclusions existantes et de la jurisprudence, et enfin l’examen des législations nationales en vigueur en matière de viol et d’agression sexuelle. A ceci, s’ajoutent un projet de rapport sur la violence, les femmes et les drogues du viol, et une réunion du groupe de travail afin de discuter du rapport et de l’état d’avancement de l’activité qui a eu lieu à Rome le 27 juin 2017.
La violence sexuelle contre les femmes facilitée par la drogue peut être décrite comme un phénomène sociojuridique complexe. Il est avéré que le viol est un des « aspects les plus sombres » du crime et que les incidents et les cas d’agression sexuelle qui se produisent après l'intoxication de la victime sont encore plus sombres.

Le terme « drogue du viol » décrit l’utilisation de drogues pour inciter les victimes - et les femmes en particulier - à se soumettre à une activité sexuelle sans leur consentement. Les termes les plus souvent employés dans ce domaine sont « agressions sexuelles facilitées par les drogues » (ASFD), et les termes anglais de « date rape drug » (ou DRD, « drogue du viol ») et de « knockout drugs » (« drogues incapacitantes »). Selon la définition adoptée en 2007 au Royaume-Uni par le Conseil consultatif sur l’abus de drogues, l’agression sexuelle facilitée par les drogues couvre « toutes les formes d'activité sexuelle avec pénétration non consentie, impliquant l’administration forcée ou dissimulée par un agresseur d’une substance incapacitante ou ayant un effet désinhibiteur, à des fins d’agression sexuelle grave; ainsi que l’activité sexuelle d’un agresseur avec une victime frappée d’incapacité ou rendue inconsciente suite à l’ingestion volontaire de drogues » (UK Advisory Council on the Misuse of Drugs, 2007).

La dimension du genre dans l’abus de médicaments sous ordonnance

Au cours des dernières années, l’opinion publique à travers le monde s’est inquiétée de plus en plus de l’abus de médicaments délivrés sur ordonnance (NMUPD). Les femmes constituent une catégorie particulièrement à risque dans l’abus de médicaments sous ordonnance et la prise en compte des différences liées au genre est désormais un critère essentiel dans la mise en application de politiques efficaces.

Comprendre le lien entre le genre et les troubles causés par la consommation et l’abus de drogues est une exigence essentielle dans le développement et l’application de politiques efficaces. Cette étude examine la dimension du genre dans l’abus de médicaments sous ordonnance (NMUPD), en Europe et en région méditerranéenne; elle s’ajoute ainsi aux données déjà disponibles sur le sujet et cherche à identifier les lacunes.

En novembre 2013, les pays participants ont applaudi l’initiative du gouvernement italien de lancer et de financer un projet prenant en compte la spécificité du sexe, afin d’étudier la question du genre dans l’abus de médicaments sous ordonnance dans l’ensemble de l’Europe et de la région méditerranéenne. Moins d’un an plus tard, la première étude était menée.

Destinée initialement aux décideurs politiques et aux chercheurs, cette publication du Groupe Pompidou sur la question du genre a pour but d’examiner les spécificités liées au sexe dans l’usage et l’abus de médicaments en Europe et dans les pays du bassin méditerranéen. A l’aide de sources secondaires, elle cherche également à révéler les lacunes des données déjà disponibles sur le sujet ainsi qu’à apporter des recommandations pour des recherches futures, afin de développer une politique cohérente et une pratique efficace qui prennent en compte le genre.

Les femmes, les drogues et la violence

Les parcours de vie des femmes qui consomment des drogues sont ponctués par des traumatismes et de la violence, subis dans l’enfance ou à l’âge adulte. Ces femmes sont minoritaires parmi les patients rencontrés par les professionnels de la gestion des addictions et de la réduction des risques et des dommages, qui prennent en charge principalement des hommes. La publication du Conseil de l’Europe de 2015 sur La dimension de genre dans l’usage non médical de médicaments délivrés sur ordonnance en Europe et dans la région Méditerranée appelait à mieux comprendre le lien entre consommation de drogues chez les femmes et la violence. Une revue de la littérature sur les violences subies par les femmes consommatrices de drogues a d’abord montré que les consommateurs de drogues sont, au sein de la population générale, davantage confrontés à la violence et que leur consommation augmente avec les violences subies, notamment parmi les femmes. Afin d’inscrire cette recherche dans une perspective opérationnelle, le Groupe Pompidou, à l’initiative de l’Italie, a lancé une consultation de professionnels à travers des groupes de réflexion dans quatre pays: la France, l’Italie, le Portugal et l’Espagne. Les recommandations issues de cette consultation visant à améliorer la prise en charge des femmes consommatrices de drogues et victimes de violence figurent dans ce document. Les professionnels demandent aux politiques, en premier lieu, la reconnaissance du lien entre violences et usage de substances psychoactives par l’inscription de la question des violences dans les stratégies et plans nationaux de lutte contre les drogues, et par l’inscription de la dépendance aux substances psychoactives dans les stratégies et plan nationaux de lutte contre les violences à l’égard des femmes.