Ces cinq dernières années, la Serbie a progressé dans la mise en œuvre de ses engagements pris au titre de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, mais il faudrait promouvoir l’enseignement bilingue, utiliser les langues minoritaires dans les médias au sens large et renforcer les conseils nationaux des minorités nationales, a déclaré le Comité d'experts de ce traité du Conseil de l'Europe dans son nouveau rapport couvrant la situation observée jusqu’en octobre 2022.
La Charte européenne des langues régionales ou minoritaires est entrée en vigueur en 2006 à l’égard de la République de Serbie. Elle s’applique à l’albanais, au bosniaque, au bulgare, au bunjevac, au croate, au tchèque, à l’allemand, au hongrois, au macédonien, au romani, au roumain, au ruthène, au slovaque, à l’ukrainien et au valaque. Le rapport présente des instantanés de la situation concernant chacune de ces langues et détermine si la situation s’est améliorée ou détériorée, ou s’il n’y a pas de changement.
Globalement, le Comité considère que la Serbie a réalisé des progrès dans la mise en œuvre de la Charte. Il constate avec satisfaction que l’introduction des langues minoritaires dans le domaine officiel s’est poursuivie et même accélérée. Même si les progrès méritent d’être salués, il estime que davantage de communes ou les langues minoritaires, dont le romani et l’ukrainien, ont traditionnellement été utilisées doivent encore en instaurer l’usage officiel.
Une offre éducative en langue minoritaire est organisée aux différents niveaux pour l’albanais, le bosniaque, le bulgare, le croate, le hongrois, le roumain, le ruthène et le slovaque. « Ce modèle fonctionne très bien et donne de bons résultats », déclare le rapport. Plusieurs langues minoritaires sont enseignées dans le cadre de la matière/du programme optionnel(le) « langue maternelle avec des éléments de culture nationale », à raison d’à peine deux heures par semaine, une situation qui ne permet pas aux élèves d’acquérir une bonne maîtrise des langues minoritaires. À certains niveaux d’enseignement, quelques langues minoritaires sont totalement absentes. Parfois, l’on constate une absence d’enseignement des langues minoritaires aux niveaux préscolaire, primaire et secondaire, ou de continuité de cet enseignement entre les divers niveaux. Pour pallier ces lacunes, l’enseignement bilingue pourrait être étendu et/ou organisé, car il s’agit du seul modèle qui réponde actuellement aux exigences minimales de la Charte en Serbie.
En matière d’enseignement pour adultes, il n’existe pas d’offre certifiée par les autorités pour les langues minoritaires, à l’exception du hongrois.
La plupart des langues minoritaires sont utilisées dans les procédures pénales et civiles, mais pas dans les procédures administratives. Une telle utilisation devrait être encouragée.
À l’exception du hongrois, les langues minoritaires sont pas employées dans les relations avec les branches locales des autorités nationales. Elles le sont dans une certaine mesure au niveau des communes, dans les échanges avec les autorités locales.
Les langues minoritaires sont utilisées dans des émissions des télévisions et des radios publiques et privées. Même si la situation est globalement positive, le Comité renouvelle sa recommandation antérieure d’allonger la durée des émissions diffusées dans les langues minoritaires, d’augmenter leur fréquence de diffusion et de proposer des contenus de nature différente afin d’attirer les différentes générations. Le Comité recommande aux autorités serbes de développer, pour chaque langue minoritaire, un plan global de diffusion dans les médias. Les nouveaux médias devraient être pris en compte dans l’offre proposée. Le paysage médiatique privé/local est sujet à de fréquents changements, ce qui crée une certaine instabilité dans la promotion des langues minoritaires.
Les autorités ont soutenu un nombre considérable d’activités culturelles dans toutes les langues minoritaires.
Les ressources budgétaires et humaines des conseils nationaux des minorités nationales devraient être renforcées de façon conséquente afin de leur permettre de promouvoir efficacement les langues minoritaires dans la vie publique et de jouer pleinement leur rôle d’organes consultatifs sur les politiques relatives aux langues minoritaires, conformément à la Charte.
Il conviendrait d’inclure des contenus relatifs à chacune des langues minoritaires et à sa culture dans les programmes scolaires et les matériels pédagogiques utilisés dans le système éducatif ordinaire, ainsi que dans la formation des enseignants appelés à y exercer, et d’encourager les médias à y sensibiliser la population générale ainsi que les étudiants en journalisme.
Le cinquième rapport d’évaluation du Comité d’experts de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires se fonde sur les informations communiquées par des sources gouvernementales et non gouvernementales, notamment celles obtenues lors de la visite en Serbie que le Comité a effectuée en octobre 2022.
Le rapport d’évaluation a été publié avec les commentaires des autorités.


