Le Comité des Ministres du Conseil de l’Europe a publié un nouveau rapport sur l’application de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires dans la République de Serbie, ainsi que les recommandations adressées aux autorités serbes. La Charte s’applique à l’albanais, au bosniaque, au bulgare, au bunjevac, au croate, au tchèque, à l’allemand, au hongrois, au macédonien, au romani, au roumain, au ruthène, au slovaque, à l’ukrainien et au valaque.
Les experts du Conseil de l'Europe ont salué les progrès réalisés en ce qui concerne la formation des enseignants des langues minoritaires, la publication de manuels scolaires et la diffusion de nouvelles émissions publiques de radio et de télévision, ainsi que le nombre considérable d’activités culturelles dans toutes les langues minoritaires. Cependant, il y a aussi des motifs de préoccupation, tels que les seuils relativement élevés pour la mise en place de classes en langues minoritaires, et le fait que l’éducation préscolaire n’est plus assurée en romani.
Les experts ont observé la très large place faite aux langues minoritaires dans les émissions publiques de radio et de télévision de la province autonome de Voïvodine. Selon le rapport, la privatisation des médias audiovisuels publics a toutefois réduit l’offre d’émissions disponibles en langues minoritaires au niveau local en Serbie.
Malgré la possibilité prévue par la Charte d’employer les langues minoritaires devant les tribunaux, cette disposition est rarement appliquée en pratique. De manière analogue, les langues minoritaires sont rarement pratiquées par les autorités administratives, à l’exception de l’administration de la province autonome de Voïvodine.
Les minorités nationales sont représentées en Serbie par des conseils nationaux des minorités nationales. Ceux-ci bénéficient d’un certain niveau d’autonomie et sont compétents pour prendre des initiatives dans les domaines de la culture, de l’enseignement, des médias et de l'emploi officiel de la langue et de son alphabet. Cependant, il convient de renforcer leur capacité de promouvoir efficacement les langues minoritaires.
Le Comité des Ministres recommande à la Serbie de prendre en priorité les mesures suivantes :
- prévoir un enseignement approprié du romani et de l’ukrainien dans l’éducation préscolaire ainsi que dans l’enseignement primaire et secondaire, et étendre l’enseignement et l’étude existants en allemand, du tchèque et des autres langues visées uniquement par la partie II de la Charte ;
- faciliter la diffusion d’émissions de radio et de télévision dans les langues minoritaires sur les chaînes publiques comme privées, afin que dans l’ensemble un temps d’antenne approprié soit consacré à chacune des langues ;
- renforcer l’emploi de toutes les langues régionales ou minoritaires dans le système judiciaire et dans l’administration ;
- renforcer la capacité des conseils nationaux des minorités nationales de promouvoir efficacement les langues régionales ou minoritaires dans la vie publique ;
- promouvoir une prise de conscience et la tolérance au sein de l’ensemble de la société serbe à l’égard des langues et cultures minoritaires comme partie intégrante du patrimoine de la Serbie.
La Charte est entrée en vigueur le 1er juin 2006 à l’égard de la République de Serbie, en sa qualité de successeur de l’Union d'États de Serbie-Monténégro.


