Strasbourg, 20.06.2025 - Le Comité d'experts de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, dans un rapport à mi-parcours (prochainement disponible en français) publié aujourd'hui, salue plusieurs mesures politiques prises par les autorités du Monténégro. Il regrette toutefois que les recommandations contenues dans le sixième rapport d'évaluation de 2023 visant à intégrer le romani dans l'enseignement formel, à remédier au manque d'enseignants qualifiés et à l'introduire dans l'usage officiel dans au moins une unité locale d'administration autonome, n'aient pas été mises en œuvre. Le Comité recommande de redoubler d'efforts pour promouvoir la langue romani au Monténégro, en coopération avec les locuteurs.
Le Comité d'experts se félicite de l'inclusion d'objectifs relatifs à l'utilisation des langues dans la nouvelle Stratégie pour la politique des minorités pour 2024-2028 et encourage les autorités à impliquer activement les représentants des locuteurs de langues régionales ou minoritaires dans sa mise en œuvre. Il se félicite également de la préparation en cours de la nouvelle Stratégie pour l'inclusion sociale des Roms et des Egyptiens et encourage les autorités à envisager d'intégrer des objectifs relatifs à la promotion de la langue romani au Monténégro.
L'une des recommandations d'action immédiate formulées en juin 2023 était d'introduire le romani dans l'enseignement formel. Le Comité d'experts prend note des divers projets et initiatives financés par le Monténégro pour promouvoir le romani. Il se félicite également de la publication d'un dictionnaire romani-monténégrin et encourage les autorités à explorer les moyens par lesquels ce dictionnaire peut servir de base à l'élaboration de matériel pédagogique, soutenant ainsi la relance du processus de codification de la langue romani.
La commission d'experts regrette toutefois que cette recommandation n'ait pas encore été mise en œuvre et que le romani demeure absent de l'enseignement formel. Des mesures efficaces sont nécessaires pour intégrer le romani à tous les niveaux de l'enseignement public : dans un premier temps, les autorités pourraient envisager de l'introduire aux niveaux préscolaire et primaire, où le manque de normalisation n'est pas un obstacle insurmontable, puis envisager de l'inclure à tous les niveaux de l'enseignement formel.
Une autre recommandation d'action immédiate est d'élaborer et de mettre en œuvre une stratégie cohérente pour la formation des enseignants à l'enseignement en/du romani.
Selon les autorités, le manque d'enseignants qualifiés est un obstacle majeur à l'élaboration d'une telle stratégie. Pour remédier à ce problème, le ministère des Droits de l'homme et des minorités, en coopération avec l'université du Monténégro, envisage de mettre en place un programme de maîtrise en romani, dans le cadre duquel des conférenciers invités des pays voisins assureraient des cours jusqu'à ce que la première génération de diplômés puisse occuper des postes de professeurs. Le Comité d'experts prend note de cette initiative, mais souligne que des mesures supplémentaires et urgentes sont nécessaires pour remédier au manque d'enseignants qualifiés. Les autorités pourraient envisager des solutions à court terme pour encourager les étudiants, telles que des bourses supplémentaires, des emplois garantis ou des primes salariales, recommande le comité.
La troisième recommandation d'action immédiate était d'introduire l'usage officiel du romani dans au moins une unité locale de gouvernement autonome présentant la plus forte proportion de locuteurs du romani.
Les autorités ont reconnu que le romani n'est encore officiel dans aucune municipalité, soulignant comme principal obstacle le fait que le nombre de locuteurs du romani n'atteint le seuil des 5 % prévus par la loi dans aucune unité administrative, ainsi qu’un manque de personnel administratif officiellement formé au romani. Il convient cependant de mentionner la nomination le 5 novembre 2024 du premier interprète judiciaire en romani du Monténégro. La commission prend note positivement de cette nomination, qui peut contribuer à l'utilisation du romani auprès des autorités judiciaires.
Le Comité d'experts est toutefois préoccupé par le fait que la recommandation répétée ci-dessus n'ait pas été mise en œuvre. Il réitère sa recommandation aux autorités monténégrines de prendre des mesures efficaces pour permettre l'utilisation officielle du romani dans au moins une unité administrative. Les autorités sont encouragées à poursuivre leurs efforts pour trouver une solution à cette question, à entamer un dialogue avec les locuteurs du romani et à promouvoir activement le recrutement desdits locuteurs au sein de l'administration publique locale.
La commission d'experts rappelle également qu'il est nécessaire d'informer les organisations concernées des recommandations émises par le Comité d’Experts et de prendre en considération les besoins et les souhaits exprimés lors de la mise en œuvre et de l'établissement des rapports connexes.
Les autorités monténégrines doivent présenter leur prochain rapport périodique sur la mise en œuvre des recommandations du comité d'experts d'ici juin 2027.


