Présentation de l’espèce et enjeux écologiques

L’érismature rousse, originaire d’Amérique du Nord, est une espèce de canard plongeur introduite accidentellement en Europe à la fin du XXe siècle. Très prolifique et adaptable, elle s’est rapidement établie dans plusieurs pays européens. Cette espèce invasive constitue une menace majeure pour l’érismature à tête blanche (Oxyura leucocephala), une espèce indigène menacée d’extinction, protégée par la Convention de Berne et inscrite à l’Annexe II. La menace principale réside dans l’hybridation entre les deux espèces, qui compromet la survie génétique de l’érismature à tête blanche, ainsi que dans la compétition pour les ressources et l’habitat.

Engagement de la Convention de Berne

En vertu de la Convention de Berne, signée en 1979, les Parties sont tenues de protéger les espèces menacées et vulnérables. L’érismature rousse, reconnue comme une espèce exotique envahissante, fait l’objet d’un plan d’action paneuropéen d’éradication coordonné par la Convention depuis 1999.

Ce plan d’action a été régulièrement révisé pour intégrer les avancées scientifiques et les retours d’expérience, notamment en 2010, 2016 et 2020. L’objectif principal est d’éradiquer l’érismature rousse dans la région paléarctique occidentale, afin de protéger et favoriser la restauration des populations d’érismature à tête blanche.

Le Plan d’action paneuropéen pour l’éradication de l’érismature rousse

Le Plan d’action sert de cadre stratégique pour les États parties à la Convention de Berne, qui doivent développer et mettre en œuvre des programmes nationaux et régionaux de contrôle et d’éradication. Il comprend des mesures concrètes telles que :

  • La surveillance annuelle de la répartition et du statut de l’érismature rousse dans la nature, avec l’allocation de ressources suffisantes pour assurer un suivi efficace.
  • La mise en œuvre d’opérations de lutte actives et réactives (capture et abattage ciblés), menées dans le respect des réglementations nationales, en vue d’atteindre l’extinction fonctionnelle de l’espèce à l’état sauvage.
  • La gestion des individus captifs, incluant l’inventaire des spécimens détenus, l’évaluation et la réduction du risque d’introduction accidentelle, ainsi que la prévention de toute nouvelle importation, vente ou reproduction en captivité.
  • La coordination et la coopération internationale, notamment l’échange d’informations, la synchronisation des actions entre les États concernés, et la transmission de rapports annuels au Comité permanent de la Convention de Berne.
  • L’évaluation régulière des progrès réalisés, avec ajustement des stratégies si nécessaire.

Résultats et défis

En 2024, les efforts coordonnés à l’échelle européenne ont permis de réduire fortement la population d’érismature rousse dans les principaux pays concernés. Le Royaume-Uni est proche de l’éradication, avec seulement quelques individus isolés et très peu de reproduction observée. En Belgique et en Allemagne, la population reste marginale, bien que quelques cas de nidification subsistent (mais la population est dispersée et peu contrôlée en Allemagne). Le problème subsiste aussi en France, malgré une réduction du nombre d’individus. Aux Pays-Bas, la majorité des oiseaux restants (environ 75 individus) est désormais concentrée dans une zone limitée. Malgré ces avancées notables, la présence résiduelle de quelques oiseaux dispersés et la survenue de nouvelles nichées montrent que l’éradication totale nécessite la poursuite d’efforts ciblés et coordonnés, et un Plan d’Action renouvelé pour la période 2026-2030.

Mécanismes de suivi et d’évaluation

Le Comité permanent de la Convention de Berne reçoit chaque année des rapports nationaux sur l’état d’avancement des programmes d’éradication. Des réunions d’expert·es sont régulièrement organisées pour partager les bonnes pratiques, évaluer les progrès et ajuster les stratégies.

Conclusion

La lutte contre l’érismature rousse illustre la capacité de la Convention de Berne à fédérer les États européens autour d’un objectif commun de conservation et à coordonner des actions transfrontalières efficaces. Ce travail contribue directement à la protection d’une espèce indigène menacée et à la préservation de la biodiversité européenne.