L’approche intégrée de l’égalité entre les femmes et les hommes est une approche de l’élaboration des politiques qui tient compte des intérêts et des préoccupations des femmes et des hommes. Le concept est apparu pour la première fois lors de la Conférence mondiale de Nairobi sur les femmes organisée en 1985. Ce concept a été introduit comme stratégie pour les politiques internationales en matière d’égalité entre les femmes et les hommes à la suite du Programme d’action de Beijing adopté lors de la Quatrième Conférence mondiale des Nations Unies sur les femmes tenue en 1995 à Beijing. Il est ensuite devenu un instrument de promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes à tous les niveaux. En 1998, le Conseil de l’Europe a défini l’approche intégrée de l’égalité entre les femmes et les hommes de la manière suivante :

 

« La (ré)organisation, l’amélioration, l’évolution et l’évaluation des processus de prise de décision, aux fins d’incorporer la perspective de l’égalité entre les femmes et les hommes dans tous les domaines et à tous les niveaux, par les acteurs généralement impliqués dans la mise en place des politiques ».

Quoi ?

Vidéo n°1 sur l’intégration de la perspective de genre dans différents domaines d’activité du Conseil de l’Europe

Vidéo n°2 sur l’intégration de la perspective de genre dans différents domaines d’activité du Conseil de l’Europe

Par approche intégrée de l’égalité entre les femmes et les hommes, il faut entendre l’intégration d’une perspective d’égalité à tous les stades et à tous les niveaux des politiques, des programmes et des projets. Les femmes et les hommes ont des conditions de vie et des besoins différents et n’ont pas le même accès au pouvoir, aux ressources, aux droits humains et aux institutions, y compris le système judiciaire. La situation des femmes et des hommes diffère aussi en fonction du pays, de la région, de l’âge, de l’origine ethnique ou sociale et d’autres facteurs. L’approche intégrée de l’égalité entre les femmes et les hommes a pour objet de tenir compte de ces différences lors de l’élaboration, de l’application et de l’évaluation des politiques, des programmes et des projets de manière à en faire profiter les femmes comme les hommes et à ne pas accroître les inégalités mais au contraire à renforcer l’égalité entre les femmes et les hommes. Elle vise à combler des inégalités, parfois cachées, entre les femmes et les hommes. Elle est donc un outil pour parvenir à cette égalité.

 

 

Pourquoi ?

 

De nombreuses études ont montré que les inégalités entre les femmes et les hommes en tant que telles ont des coûts directs. Les politiques publiques ont très été basées sur les besoins du groupe social dominant ou sur les besoins des personnes qui ont pendant longtemps pris les décisions, c’est-à-dire essentiellement les hommes. Le mouvement des droits des femmes, la présence accrue des femmes à la prise de décision, des engagements forts en faveur des droits des femmes à tous les niveaux et le développement des études de genre et des données ventilées par sexe ont contribué à montrer que souvent les politiques publiques ne tenaient pas compte des situations et des besoins différents des femmes.

 

Il va sans dire que les décisions relatives aux politiques et aux services publics, qui ne tiennent pas pleinement compte des situations et des besoins de tous les bénéficiaires finaux, risquent de déboucher sur des solutions inappropriées et sur des allocations inappropriées des fonds publics. L’approche intégrée de l’égalité entre les femmes et les hommes est une stratégie inclusive qui vise à prendre en compte les besoins de toutes et tous. Elle repose aussi sur le fait que les femmes ne sont pas un « groupe vulnérable », dans la mesure où elles représentent plus de la moitié de la population dans la plupart des sociétés. Elle vise à améliorer la qualité des politiques, des programmes et des projets publics et à garantir une répartition plus efficace des ressources. L’amélioration de ces résultats se traduit par une augmentation du bien-être des hommes et des femmes et par la création d’une société plus juste socialement et plus durable.

 

Comment ?

 

Il convient d’intégrer les questions d’égalité entre les femmes et les hommes à toutes les étapes de l’élaboration des politiques ou de la programmation des projets, mais il est particulièrement important d’en tenir compte au stade de la planification lorsque les problèmes, les préoccupations et les besoins des bénéficiaires sont identifiés et que les moyens d’y faire face sont définis. Par conséquent, l’analyse selon le genre et les évaluations de l’impact de genre sont des outils essentiels qui facilitent la mise en œuvre pratique de l’approche intégrée de l’égalité entre les femmes et les hommes. D’autres facteurs sont tout aussi importants pour assurer une bonne intégration de la perspective de genre, comme la volonté politique, l’engagement en faveur de l’égalité de genre et la sensibilisation à cette question, les connaissances, les ressources (dont l’expertise) et la disponibilité d’informations. L’approche intégrée de l’égalité entre les femmes et les hommes relève de la responsabilité de tous les acteurs et concerne tous les domaines d’action qui répondent aux besoins des populations à tous les niveaux. Des domaines d’action qui à première vue ne semblent pas pertinents peuvent en effet présenter des aspects (cachés) d’inégalité entre les femmes et les hommes.

  

L’approche intégrée de l’égalité entre les femmes et les hommes est une stratégie à long terme qui va de pair avec des politiques spécifique de promotion des femmes

 

Si elle est bien comprise et mise en œuvre, l’approche intégrée de l’égalité est une approche transformative à fort potentiel de changement social. La stratégie est à long terme : toutes les étapes comptent dans ce changement d’approche, mais il faudra un certain temps avant qu’elle ne soit pleinement et automatiquement incorporée à l’élaboration des politiques. L’efficacité d’une double stratégie combinant l’approche intégrée de l’égalité entre les femmes et les hommes et des mesures particulières de promotion des femmes fait consensus pour garantir des politiques mieux conçues et un meilleur usage des ressources. Cette double approche est aussi reprise dans le Programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations Unies qui comprend un objectif indépendant sur l’égalité entre les sexes et l’autonomisation de toutes les femmes et les filles (ODD 5) ainsi que des cibles tenant compte des aspects liés de genre dans le cadre d’autres objectifs.

 

Ce que n’est pas l’approche intégrée de l’égalité entre les femmes et les hommes :

 

  • « Ajoutez une pincée de femmes, mélangez et c’est prêt » : assurer la participation égale des femmes et des hommes à la prise de décision ou à différentes activités est une première étape nécessaire et un objectif en soi. Cela étant, la présence des femmes ne signifie pas qu’un exercice d’intégration d’une perspective de genre a été entrepris et n’entraîne pas automatiquement de changement qualitatif en faveur de l’égalité de genre dans une politique, un programme ou une activité spécifique.
  • Insérer un paragraphe d’introduction dans un document pour indiquer qu’une approche intégrée de l’égalité entre les femmes et les hommes sera incorporée ou simplement mentionner « les femmes et les hommes » sans tenir compte des différences de situation n’est pas suffisant. Le but est d’intégrer une perspective de genre dans l’ensemble des mesures, des documents et des programmes.
  • Les « femmes » et les « hommes » ne sont pas des groupes homogènes qui ont des buts et des besoins uniques : il faut prendre en considération les identités multiples des femmes et des hommes en termes d’âge, d’origine ethnique, d’orientation ou d’identité sexuelle, de statut social ou d’incapacité pour ne mentionner que quelques caractéristiques.