Culture, patrimoine et diversité

 

La stratégie de Berlin-Neukölln pour l’inclusion des Roms : une approche interculturelle

 

Avec une population d’environ 300 000 habitants dont 40 % sont issus de l’immigration, l’arrondissement de Neukölln, à Berlin, est connu pour son caractère interculturel et sa diversité. Les Roms, qui représentent la minorité la plus nombreuse d’Europe et qui connaissent la pauvreté, l’exclusion sociale et la discrimination dans tout le continent, y forment une communauté ethnique de plus en plus importante. De nombreuses familles roms arrivent à Berlin sans aucune ressource ni aucune connaissance de la langue allemande, dans l’espoir d’y trouver une vie meilleure pour elles et pour leurs enfants. Confronté aux défis considérables posés par les récents flux migratoires en provenance d’Europe du Sud-Est, l’arrondissement de Neukölln redouble d’efforts pour résoudre les problèmes dans le cadre d’une stratégie d’inclusion globale. La municipalité a adopté un plan d’action général qui couvre l’éducation, les soins de santé, le logement et les contacts sociaux.

 

Une première étape importante a été franchie avec la création d’un « groupe de travail Roms » (AG Roma). Ce groupe réunit toutes les parties concernées : écoles, police, centres de la jeunesse, agences pour l’emploi, administration municipale, ONG, organisations roms et associations de quartier. À l’intérieur du groupe, des sous-commissions ont été créées pour se pencher plus en détail sur des questions spécifiques telles que les soins de santé. Le fait de réunir toutes les compétences autour d’une table permet de s’assurer que les mesures prises par la municipalité se fondent sur l’expérience de ceux qui sont directement concernés.

 

Considérant que l’éducation est le domaine dans lequel il est le plus important d’agir, la municipalité a créé des classes spéciales à l’intention des élèves récemment arrivés ne parlant pas, ou très peu, l’allemand. Ces « classes de bienvenue » sont actuellement au nombre de 31 ; elles rassemblent 417 élèves (dont de nombreux Roms) de tous âges, qui suivent 30 heures de cours intensifs par semaine. L’accent est mis sur l’acquisition rapide de la langue allemande afin de permettre aux élèves d’intégrer rapidement le système scolaire ordinaire. La plupart des élèves effectuent cette transition après trois ou quatre mois seulement. Dans certains établissements scolaires, un enseignant de l’enseignement ordinaire, pleinement qualifié, travaille « en tandem » avec un interprète afin de faciliter l’intégration des élèves dans le cursus ordinaire. En outre, des programmes d’orientation professionnelle destinés à élargir l’horizon des élèves et des projets de jeunesse destinés à vaincre les préjugés sont organisés dans les écoles.

 

Etant donné qu’un grand nombre d’enfants roms n’ont jamais été scolarisés, un axe important consiste à travailler avec les parents roms pour s’assurer que les enfants aillent à l’école, conformément à leur obligation légale. Les parents peuvent suivre des cours d’allemand gratuits. Une association de parents a été mise en place et des animations hebdomadaires gratuites sont organisées pour encourager les parents à participer activement à l’éducation de leurs enfants. Une campagne de vaccination gratuite a récemment été lancée à l’initiative de la municipalité ; elle a permis de vacciner 681 élèves dans huit écoles primaires. L’association de parents et la campagne de vaccination ne s’adressent pas spécifiquement aux Roms mais visent à atteindre des familles de toutes nationalités ; cela dit, tous les documents d’information ont été traduits en roumain et en bulgare afin d’atteindre les parents roms.

 

La municipalité s’efforce également d’améliorer les conditions d’habitation des Roms, lesquelles font l’objet d’une attention particulière de la part du service d’inspection du bâtiment et du logement (Bau- und Wohnungsaufsicht). Un service d’assistance aux locataires, assuré par une ONG rom, a été mis en place dans le but de prévenir d’éventuels conflits avec les propriétaires. Dans de nombreux conflits, la municipalité a également joué un rôle de médiateur et a pu rétablir le dialogue avec succès en invitant toutes les parties concernées à discuter concrètement des problèmes autour d’une table.

 

La réhabilitation complète d’un immeuble situé rue Harzer (Harzer Straße 64-67), menée par la société immobilière à caractère humaniste Aachener Siedlungs- und Wohnungsgesellschaft avec l’assistance de l’administration municipale, est un succès remarquable. Autrefois insalubre et encombré de détritus, l’immeuble a été réhabilité et offre depuis septembre 2012 137 appartements en excellent état, des équipements pour enfants, des services de conseil aux locataires et différents projets artistiques ou de recyclage. L’immeuble Arnold Fortuin, ainsi nommé en hommage à un prêtre allemand ayant sauvé des Roms du génocide nazi, est habité par 400 Roms, mais aussi par des familles allemandes ou d’autres nationalités qui bénéficient de loyers modérés ; tous les enfants de l’immeuble sont scolarisés dans l’école locale.

 

Plusieurs autres projets ont été menés avec succès. Ayant constaté que les services municipaux relatifs à l’enfance et à la santé ne parvenaient pas à atteindre certaines minorités, la municipalité a lancé en 2007 le programme des « mamans de quartier » (Stadtteilmütter). Ce programme propose aux mères appartenant à certaines minorités de suivre une formation de base en puériculture et en techniques d’entretien ; grâce à cette qualification, elles pourront être payées par la municipalité pour fournir une assistance aux familles de leur propre communauté. Entre 2007 et 2012, les « mamans de quartier » se sont rendues auprès de 6000 familles dans le seul arrondissement de Neukölln. La plupart des participantes sont d’origine turque ou arabe, mais le premier groupe de femmes roms a récemment achevé la formation et pourra désormais diffuser les connaissances acquises au sein de la communauté rom. L’objectif est d’atteindre 3000 autres familles immigrées d’ici 2015.

 

Enfin, la municipalité a mené un travail de sensibilisation du public aux problèmes posés par l’augmentation des flux migratoires en provenance d’Europe du Sud-Est, et d’information des acteurs concernés quant aux mesures prises. Ainsi, des rapports de suivi détaillés sur la situation des Roms à Neukölln (voir http://www.berlin.de/ba-neukoelln/derbezirk/roma-statusbericht.html) ont permis d’influencer les politiques fédérales, des expositions ont été organisées dans les lieux d’exposition de l’arrondissement, et des formations à la lutte contre l’ antitsiganisme ont été dispensées aux travailleurs sociaux.

 

Beaucoup reste à faire à Neukölln, mais la municipalité agit avec détermination pour améliorer l’intégration des Roms dans le cadre de sa politique d’intégration globale. Ces efforts sont une condition indispensable pour que l’arrondissement puisse tirer profit des compétences et des perspectives culturelles variées qu’offre la diversité de sa population. Les politiques menées à Neukölln, notamment dans le domaine de l’éducation où les « classes de bienvenue » connaissent un franc succès, pourraient et devraient être une source d’inspiration ou de bonnes pratiques pour d’autres villes européennes habitées par des communautés roms.