Culture, patrimoine et diversité

Défendre la mixité interculturelle et la participation des migrants en Italie

 

Les 19 et 20 novembre 2012, le Réseau italien des cités interculturelles, "Città del Dialogo" a organisé une école de bonnes pratiques à Reggio Emilia (Italie). Fondée sur la reconnaissance des bénéfices de la diversité, la manifestation était dédiée au partage des enseignements qu’ont tirés les villes italiennes du dialogue interculturel, de la gouvernance et du vivre ensemble.

 

Plus de 15 villes de toute l’Italie ont présenté des projets favorisant l’interaction transculturelle et stimulant la curiosité. Les habitants de Lodi et de Venise sont par exemple invités à visiter les lieux de culte de leur quartier ou à participer d’année en année à un échange sur les religions. Venise encourage ses résidents de diverses origines à rendre visite à leurs voisins et à inciter leurs enfants à faire leurs devoirs ensemble.

 

Avant d’entreprendre des travaux de réaménagement, la municipalité de Turin a demandé à ses habitants, enfants et adultes, comment ils imaginaient leur quartier dans l’avenir et ce qu’ils aimeraient y faire au quotidien. A la suite de consultations, un simple lieu de passage a été transformé en lieu de réunion où apprendre des langues (italien, espagnol et arabe), jouer, parler à un médiateur ou échanger des livres via une bibliothèque, laquelle a rencontré un grand succès auprès des enfants. Trois autres quartiers résidentiels sont en cours de réaménagement sur la base d’un accord de gestion entre le conseil municipal et les habitants. Ce dispositif a facilité l’établissement de contacts entre les résidents et la fréquentation quotidienne des espaces de rencontre où l’on s’arrête quelques instants pour parler ensemble. Par ailleurs, les habitants des quartiers s’impliquent plus aisément dans la gestion locale, en s’occupant par exemple des jardins et des bancs publics.

 

A Reggio Emilia, la communauté marocaine a participé à la création d’un parc décoré d’éléments en mosaïque marocaine.

 

A Ancon et à Senigallia, vingt appartements ont été construits pour des familles d’origines différentes (albanaise, iranienne, ukrainienne, chinoise, etc.) présentant par conséquent des besoins différents. Les appartements étaient situés dans un quartier à la périphérie de la ville avec une forte population d’ouvriers et de personnel infirmier. Le projet visait non seulement à construire des logements, mais aussi à favoriser l’intégration et à créer du bonheur.

 

A Lodi, la communauté musulmane a participé avec un bel enthousiasme à des activités de quartier, par exemple, en organisant des déjeuners hebdomadaires pour les résidents âgés et seuls ou en contribuant à l’organisation des transports pour le déjeuner de Noël en 2011. Par ailleurs, la médiation interculturelle a permis de régler un conflit lié à la construction d’une mosquée dans le quartier. Il a été constaté également que conjuguée à la médiation interculturelle des associations et des réseaux de citoyens, l’interaction positive dans les quartiers a permis de s’attaquer aux problèmes de sécurité et s’est avérée une alternative viable à la présence policière.

 

Dans cet esprit, le conseil municipal de Rubicone a mené un projet s’adressant à des femmes candidates aux fonctions de médiateur pour les aider à devenir des modérateurs et des multiplicateurs.

 

Pour développer la participation à la vie politique parmi la population d’origine migrante, la ville de Fuecchio a mis en place en 2007 un "Conseil des étrangers". Il comprend 11 représentants et un président d’origine étrangère. Le président est habilité à formuler des propositions au conseil municipal, mais il n’a pas le droit de voter. Cette expérience a été bien accueillie par les populations migrantes, en particulier celles d’origine chinoise, albanaise et marocaine. La municipalité envisage maintenant de mener un projet visant à accroître la participation des femmes migrantes et des jeunes de la deuxième génération.

 

Dans le même temps, les participants à l’école de bonnes pratiques sont convenus que la participation à la vie politique des résidents nés à l’étranger demeurait très limitée, puisqu’ils n’avaient pas le droit de voter. Ils ont, par conséquent, signé une pétition demandant au gouvernement italien d’accorder le droit de voter aux résidents nés à l’étranger1. Dans une autre pétition, ils ont demandé au gouvernement d’accorder la citoyenneté italienne aux enfants nés de parents migrants vivant en Italie.

 

On notera enfin qu’à l’occasion de l’école des bonnes pratiques, trois autres villes italiennes, Palerme, Olbia et Pizzo Calabro, ont été accueillies au sein du Réseau italien des cités interculturelles. Par ailleurs, un cadre de coopération a été mis en place entre le Réseau italien et l’Association italienne des collectivités locales (ANCI) dans le but de promouvoir plus avant le dialogue interculturel, de délivrer une formation sur les compétences interculturelles aux fonctionnaires italiens et d’assurer la tenue de réunions régulières entre les parties en 2013. Christina Baglai

 

 

Christina Baglai

 

Programme de la manifestation :

La manifestation

Réseau italien des cités interculturelles

 


1. Le droit pour les étrangers de voter est énoncé dans la Convention du Conseil de l’Europe sur la participation des étrangers à la vie publique au niveau local (1992), qui est entrée en vigueur au titre de l’Italie en 1997.