Culture, patrimoine et diversité

 

Brassage d’innovations et pratiques interculturelles à Delft (Pays-Bas)

 

Delft est une charmante ville moyenâgeuse de taille moyenne située dans le sud-ouest des Pays-Bas, entre Rotterdam et la Haye.

 

Migrations : histoire et politique


Quelque 27 % des 100 000 habitants qui forment la population de Delft sont nés à l'étranger, soit deux fois plus que la moyenne nationale, qui est de 11%* ; 17% des résidents locaux ont des origines "non occidentales". Trois grandes communautés de migrants – les Turcs, les Surinamais et les Marocains – se sont installées à Delft dans les années 60 et 70. Dans les années 80 et 90, elles ont été rejointes par des réfugiés et des demandeurs d’asile venus du Moyen-Orient et d’Afrique (Iraq, Iran, Afghanistan et Somalie). Qui plus est, la ville a récemment accueilli un nombre important d’étudiants et de travailleurs hautement qualifiés, et compte un millier de résidents d’origine chinoise.

 

Si l’actuelle politique néerlandaise d’intégration des migrants présente des caractéristiques spécifiques en matière d’assimilation, les autorités de Delft considèrent la multiculturalité comme "l’atout qui fait la notoriété de Delft" et reconnaissent que les associations de migrants jouent un rôle majeur dans le processus d’intégration. La municipalité encourage ainsi les associations de migrants en valorisant leur rôle dans l’autonomisation des migrants et, à l’occasion, en leur allouant des fonds et des locaux.

 

Les manifestations interculturelles : la voie vers l’innovation


Depuis 2004, le gouvernement municipal a organisé un grand nombre de "rencontres interculturelles" afin de faciliter le contact entre les habitants d’origines différentes. Ces rencontres visent également à renforcer le rôle des associations de migrants locales en tant que prestataires de services dans les domaines du sport, de l’éducation et des soins.

 

Trois de ces manifestations interculturelles sans pareil valent tout particulièrement la peine d’être mentionnées.

 

En 2004-2008, la municipalité a mené un projet intitulé "Inburgeren Andersom" (IA, devenir membre de la société autrement). En 2008 seulement, la ville a investi 15.000 euros dans le projet. Au départ, le projet a suscité beaucoup de controverses car il devançait la politique du gouvernement en matière d’intégration en envoyant un message fort que l’intégration est un processus de réciprocité.

 

Ainsi, le projet encourageait la population autochtone de Delft à faire l’expérience d’une autre nationalité, chinoise ou afghane par exemple, grâce à une série de cours. Le projet avait été conçu en collaboration avec le Mondriaan Groep, grand groupe régional d’établissements d’enseignement, qui a sélectionné des volontaires et des enseignants expérimentés. Les cours traitaient de l’histoire, de la politique, de la langue et de la/des religion(s) de Maroc, Turquie, Chine et d’Afghanistan. Ils ont aussi permis aux participants de se familiariser avec la religion islamique et d’acquérir les compétences communicationnelles de base spécifiques aux pays concernés (façons de saluer, etc.). Les habitants de Delft ont participé à ces cours pour plusieurs raisons, souvent par curiosité mais aussi pour l’envie de mieux connaître leurs voisins, membres de famille ou leurs collègues. Au total, six réunions par cours ont eu lieu, avec vingt participants maximum par réunion.

 

Ces cours ont connu un franc succès et le projet a bénéficié d’une large couverture de la presse et de la télévision. En août 2006, le projet a été élu l’une des meilleures initiatives d’intégration aux Pays-Bas sur le site web mis en place par le gouvernement local afin de promouvoir les bonnes pratiques. Par la suite, un projet similaire a été mené dans la ville d’Amsterdam. Ultérieurement en 2009, une mosquée marocaine a été construite à Delft. Contrairement à ce qui s’est produit dans d’autres villes européennes, l’événement n’a pas suscité de phobie. Le projet, qui a bénéficié du soutien de la municipalité tandis que la communauté marocaine se chargeait des contacts avec le voisinage, la presse et le public, a été mené à bien sous le signe de la compréhension et du respect mutuels.

 

Qui plus est, en 2011, la Mosquée et l’association socioculturelle marocaines locales ont activement coopéré avec Pieter van Foreest, un prestataire de soins pour personnes âgées. Le but de l’association était de faire changer la mauvaise image des résidents marocains aux yeux des personnes âgées autochtones, qui ont tout simplement peur des jeunes Marocains qui traînent dans leur quartier. C’est pourquoi en août 2011, l’association marocaine a organisé une soirée multiculturelle intitulée "vivre ensemble = découvrir ensemble" afin de célébrer l’Iftar, c’est-à-dire le début du jeûne du mois de ramadan. La célébration a eu lieu au Die Buytenwye, un foyer pour personnes âgées du Pieter van Foreest situé dans une zone multiculturelle. Le programme comportait une discussion sur le vivre ensemble du point de vue du christianisme et de l’islam, une présentation des deux associations, un quiz et bien sûr un délicieux repas d’Iftar. La soirée a été une réussite. Elle a réuni un grand nombre de participants qui ont apprécié le programme. Ainsi, les habitants de Delft d’origines différentes ont pu se rencontrer et se connaître dans une ambiance positive, ce qui a favorisé une plus grande compréhension mutuelle entre les cultures et un changement d’attitude envers les Marocains. De surcroît, les deux associations ont l’intention de poursuivre leur coopération et ont déjà prévu d’organiser quelques activités ensemble.

Par Christina Baglai

 


* Entzinger, H. 2010, "Immigration: open borders, closing minds" in Discovering the Dutch. On Culture and Society of the Netherlands, éds. E. Besamusca & J. Verheul, Amsterdam University Press, Amsterdam, p. 231-241.