Culture, patrimoine et diversité

 

L’Index des Cités Interculturelles et les Villes de Catalogne

 

 Photo: Ricard Zapata-BarreroL’équipe CIC a trouvé une autre étude intéressante, faite par le Groupe de recherche interdisciplinaire sur l’immigration dirigé par Ricard Zapata-Barrero, à l’Université Pompeu Fabra de Barcelone1. L’étude présentée dans cet article porte sur les stratégies interculturelles municipales en Catalogne et se base sur des éléments de l'Index des cités interculturelles et d’autres conçus spécifiquement. Zapata-Barrero exploite par exemple les réponses à un questionnaire de onze villes catalanes2, qui ont toutes adopté des stratégies interculturelles. L’une des prémisses de cette étude est que même si les documents programmatiques utilisent des termes vagues, leur crédibilité réside avant tout dans le lien entre l’intention et l’action. De même, il ne suffit pas de se contenter d’accepter ou de promouvoir la diversité dans un même espace public : encore faut-il qu’il y ait interaction. C'est tout simplement sur ce point que l'interculturalisme diffère du multiculturalisme.

 

Observations générales


L’étude montre que les instances chargées de concevoir et de mettre en œuvre les stratégies interculturelles sont variables. Cependant, toutes les villes ont en commun d’avoir pris des mesures participatives à cet effet, que ce soit sur le plan interne (en impliquant plusieurs services) et aussi, dans la plupart des cas, sur le plan externe (en sollicitant par exemple les ONG concernées).

 

Le contenu des stratégies varie considérablement. Leur description va de 11 à 257 pages et il n’y a apparemment pas de consensus établi en ce qui concerne les indicateurs d’évaluation. Par contre, l’entente semble plus large sur le caractère positif des connotations rattachées aux termes "diversité" et "interculturalisme", même si ceux-ci ne sont pas définis correctement selon Zapata-Barreto. Trois concepts apparemment omniprésents dans l’exposé des stratégies – interaction, égalité et coexistence – nous donnent toutefois une indication de ce que recouvrent ces termes.

 

Les réponses aux questionnaires envoyés à tous les conseils municipaux de l’échantillon au sujet de leur action en matière d'interculturalisme ont permis de dégager certaines tendances :

 

Ainsi, (presque) toutes les villes :

déclarent qu’il existe un consensus politique sur le fait que la ville est un lieu de diversité et qu’elle est attachée à l’interculturalisme,

disposent d’un réseau institutionnel chargé de traiter les questions trans-sectorielles en rapport avec la diversité.

 

Si de nombreuses villes ont dressé une liste d’indicateurs, il n’y a pas communauté de vues en ce qui concerne l’exploitation des informations collectées. Le problème principal réside aussi dans l’absence d’une série d’indicateurs communs pour l’évaluation des résultats. Ces indicateurs sont importants pour légitimer le potentiel des politiques interculturelles. Sans eux, comment garantir que l’approche interculturelle constitue un engagement politique en faveur de la gestion de la diversité et consolider sa fonction stratégique pour la ville ? C’est pourquoi le chercheur s’appuie sur l'Index des cités interculturelles pour analyser les approches interculturelles des villes concernées.

 

Les constatations suivantes valent pour 6 des 8 villes concernées :

La stratégie interculturelle prévoit un budget annuel pour les actions dans ce domaine.

Il est explicitement mentionné qu’une stratégie interculturelle sera suivie dans tous les plans des organes relevant du conseil municipal.

Une déclaration publique de reconnaissance des principes de l’interculturalisme engageant la sphère politique vis-à-vis de la société civile a été faite.

Une structure est chargée d’observer l’interculturalisme, de recenser les bonnes pratiques, de collecter des informations et de développer une base de données pour ce type d’informations.

 

On constate plus rarement, dans les villes de l’échantillon, l'existence de structures chargées de traiter les plaintes pour discrimination ou de codes internes intégrant des principes d’action interculturelle et applicables à tous les organes relevant du conseil municipal.

 

Pour ce qui est de la fonction publique territoriale dans les villes de l'échantillon, les effectifs ne sont pas représentatifs de la diversité de la population, selon Zapata-Barrero, et il n’y a pas de stratégie de recrutement allant en ce sens, ni de stratégie de promotion interne de la diversité.

 

Dans le domaine social et culturel, la plupart des villes organisent des manifestations et des activités destinées à favoriser la rencontre entre les différentes cultures et toutes mènent des campagnes et tiennent des débats publics sur la diversité et la coexistence. Mais l’interculturalisme n’est pratiquement jamais un critère pour l’octroi de subventions ou la mise en place de partenariats. Dans la plupart des villes concernées, il y a des plans visant à promouvoir les activités interculturelles dans les bibliothèques, mais plus rarement dans les musées et presque jamais sur les terrains de jeu. En ce qui concerne les médias, toutes les villes sauf deux ont développé une stratégie pour promouvoir une image positive des immigrés dans les médias.

 

S’agissant de l’apprentissage de la langue, la majorité des villes proposent des cours, y compris à des groupes habituellement difficiles à atteindre (comme les femmes sans emploi).

 

Les enjeux futurs


Bien que le processus soit maintenant vraiment en marche, la route est encore longue. Interrogeant les conseils municipaux sur les principaux enjeux pour l’avenir, Zapata-Barrero relève les tendances suivantes dans leurs réponses :

conception de structures organisationnelles et coopération trans-thématique,

lutte contre les opinions négatives, les stéréotypes et un environnement médiatique hostile,

travail de socialisation et de diversité culturelle également avec les populations autochtones,

promotion de la coopération entre les citoyens et les réseaux et associations de l'immigration,

travail avec les groupes cibles spécifiques que constituent les jeunes et les femmes.

 

Ainsi, l’aventure continue…

 

David Ek


1 - Voir http://dcpis.upf.edu/~ricard-zapata/. Nous avons également présenté un article du professeur Zapata-Barrero dans le numéro 12 de la Newsletter.

2 - Badalona, Barcelona, Blanes, Castelldefels, El Prat de Llobregat, Manlleu, Olot, Reus, Sabadell, Terrassa, Tortosa.