Culture, patrimoine et diversité

 

Modèle de résidence familiale interculturelle du Brunnenhof

 

Il n'est pas toujours très facile de vivre dans une ville, un quartier ou une maison avec des gens différents, surtout lorsque les différences sont ethniques, culturelles ou religieuses. A notre époque de sociétés extrêmement hétérogènes, il devient de plus en plus important de connaître les habitudes culturelles (et de vie) les uns des autres.

 

Entre 2007 et 2009, la Fondation Suisse WfkF ("logements pour familles nombreuses à Zurich") a mis en œuvre un projet en faveur de familles nombreuses d'origines ethnique, culturelle ou religieuse différentes. Il s'agissait de trouver comment faire cohabiter pacifiquement ces familles venus d'horizons divers dans un même ensemble résidentiel.

 

C’est ainsi que le "modèle de résidence familiale interculturelle du Brunnenhof" a rassemblé 72 familles originaires de 30 pays différents ayant chacune au moins trois enfants âgés de moins de 18 ans. Pour assurer une diversité des participants, le WfkF a cherché des personnes ayant des niveaux d'études et de revenus différents. L'hypothèse était que des interventions précoces dans la vie quotidienne de la résidence permettrait de limiter les conflits et inciteraient les résidents à participer à des activités de loisirs avec les autres familles. Pour cela, le directeur du projet et le travailleur social chargé de la communication dans la résidence ont imaginé plusieurs instruments visant à prévenir les conflits, avec l’instauration d’une commission de résidence, l’organisation de réunions d'immeuble et la désignation d’un président pour chaque immeuble. Les résidents ont utilisé ces institutions pour communiquer entre eux, résoudre des problèmes internes ou avec le propriétaire ou encore pour organiser diverses activités de loisirs afin de découvrir la culture des autres familles ou de s'entraider dans divers domaines de la vie quotidienne. Un des résidents a proposé des cours d'anglais et d'arabe. D'autres ont organisé un dîner pendant le ramadan. Avec l'aide du travailleur social, une résidente a lancé des rencontres de femmes arabophones. Ainsi, les femmes pouvaient échanger leurs points de vue sur leurs familles et des questions d'éducation.

 

Un autre aspect important de ce projet de résidence interculturelle concernait la participation active non seulement des adultes mais aussi des enfants. En effet, 261 enfants et jeunes adultes originaires de 30 pays différents vivaient au Brunnenhof. Un des objectifs du projet consistait à donner la parole aux jeunes. Par conséquent, une conférence des enfants a été organisée avec "Mega!phon", association locale qui s'intéresse à la participation des adolescents, et des réunions ont eu lieu régulièrement pour assurer un apport continu des avis des enfants.

 

La diversité a été perçue comme une chance. Ainsi les défis propres à la résidence –de très nombreux enfants, un fort pourcentage d'immigrés, un large éventail de revenus et de niveau d'études – n'ont pas été perçus comme des problèmes mais comme autant d'opportunités. Les résidents ont appris à gérer les problèmes liés à leurs différences ethniques, culturelles ou religieuses. Ils ont pris conscience de l'importance de leur participation et de leur responsabilité au sein d’une communauté multiculturelle. Les conflits ont été résolus dans le cadre de réunions d'immeuble ou même sur le terrain. Les enfants et les jeunes adultes ont été chargés non seulement de prendre soin des logements et des parties communes qu'ils partagent avec d'autres, mais aussi de s'occuper les uns des autres.

 

Dans l'ensemble, la cité résidentielle familiale interculturelle du Brunnenhof peut servir de modèle en vraie grandeur d’un programme de logements réussi dans une société multiculturelle moderne. Les résidents et le travailleur social ont collaboré étroitement pour établir dans la résidence un climat interculturel, amical et respectueux dans lequel les gens peuvent se rencontrer et échanger, parler de leurs craintes et de leurs intérêts et résoudre les conflits. Un réseau a été mis sur pied avec des institutions sociales locales, dont la responsabilité sera confiée à long terme aux résidents les plus actifs. D'autres ont été incités à participer à des activités visant à garantir la durabilité du projet, qu'ils gèrent maintenant de manière autonome. Les habitants du "Brunnenhof" ont réussi à transformer l’ensemble résidentiel en un quartier interculturel qui enrichit considérablement la vie de tous.

 

Gloria Kremser