Culture, patrimoine et diversité

 

L’approche interculturelle, remède contre le rejet des immigrés en Suède

 

Katarina Berggren, maire de BotkyrkaDu 1er au 8 juillet 2012 s’est déroulée la traditionnelle semaine politique d’Almedalen (Almedalsveckan) dans la ville de Visby, sur l’île de Gotland en Suède. Cette manifestation doit son nom au parc d’Almedalen à Visby, où Olof Palme, alors dirigeant du Parti social-démocrate suédois, prononça en 1968 son premier discours, juché sur un camion. Bien implantée depuis 1982, la semaine d’Almedalen rassemble chaque année certains des principaux partis politiques aux côtés de lobbyistes, de journalistes et de représentants de la société civile. Chacun des partis politiques représentés dans les institutions démocratiquement élues organise un débat sur toute une journée, dont la date est tirée au sort. Rien qu’en 2011, la semaine d’Almedalen a accueilli 14 000 personnes autour de 1 476 événements. Les chiffres de 2012 sont même en augmentation : face à la compétition qui fait rage chaque année pour attirer le public et l’attention des médias, les organisateurs de la manifestation ont mis à l’ordre du jour les questions les plus brûlantes.

 

C’est dans ce cadre que la municipalité suédoise de Botkyrka (comté de Stockholm), très diversifiée ethniquement et membre du programme « Cités interculturelles » depuis 2008, a organisé, le 1er juillet dernier, un atelier visant à promouvoir l’approche interculturelle de l’intégration. La date choisie n’était pas purement symbolique, puisqu’elle correspondait au jour tiré au sort par les Démocrates suédois, parti fermement opposé à l’immigration et à l’ouverture des frontières en Europe. Aussi l’objectif de Botkyrka était-il de présenter une vision alternative et une stratégie interculturelle qui contribueraient à un développement urbain durable et loin de toute discrimination. Botkyrka entendait également influencer le débat sur l’immigration qui allait se tenir la semaine suivante, et empêcher les Démocrates suédois d’installer à Almedalen une ambiance de rejet des immigrés.

 

Dans cet objectif, deux articles d’opinion ont été publiés, avant l’atelier, dans des journaux suédois nationaux et locaux. Botkyrka a aussi diffusé un manuel en huit points inspiré du Guide étape par étape des ICC (inédit en français) et consacré à la manière de donner une première forme à l’engagement interculturel au niveau municipal. Différents services de la ville se sont investis dans la préparation de cet atelier, sans ménager ni leur temps ni leurs efforts.

 

Pendant cet atelier, Mme Katarina Berggren, maire de Botkyrka, a clairement affirmé l’engagement de la ville en faveur d’un développement interculturel. M. Jimmy Baker, président de la branche locale du Parti modéré, a quant à lui consacré son discours à l’identité suédoise, et a évoqué l’ouverture prochaine d’un centre de l’UNESCO à Botkyrka. Mme Helena Rojas, coordinatrice du programme « Cités interculturelles » à Botkyrka, a mis en avant les priorités actuelles de la stratégie interculturelle de la ville, qui passe par le lancement de projets relatifs à la jeunesse. A cet égard, elle a notamment cité la transformation des espaces publics existants en espaces interculturels et la promotion de la prévention des conflits et des interactions entre les quartiers aisés et les quartiers défavorisés de Stockholm, caractérisés par des niveaux de diversité inégaux. La nécessité de développer cette approche interculturelle dans d’autres villes de Suède et hors des frontières a été particulièrement soulignée, avec en ligne de mire l’établissement d’un réseau nord-européen de cités interculturelles.

 

L’atelier organisé à Botkyrka a attiré un public extrêmement nombreux d’hommes politiques, les Démocrates suédois y compris, de journalistes et d’ONG. La large couverture médiatique dont il a bénéficié dans la presse nationale, sur les réseaux sociaux et à la radio a dépassé les attentes des organisateurs.

Christina Baglai