Culture, patrimoine et diversité

 

Une bibliothèque pour promouvoir l’apprentissage interculturel à Amsterdam (Pays-Bas)

 

L’OBA (Openbare Bibliotheek Amsterdam) est la plus grande bibliothèque publique à Amsterdam, bâtie sur l’Oosterdokseiland, que l’on appelle "’île de la connaissance". Le bâtiment, qui a ouvert ses portes le 7 juillet 2007, a été dessiné par l’architecte hollandais de renom Jo Coenen. Son style moderne, très spectaculaire, s’inscrit harmonieusement dans l’audacieux projet de rénovation d’un quartier conduit par une équipe d’architectes multinationale. Le projet ambitionne la création d’un ensemble architectural de 200 000 mètres de long sur 24 à 47 mètres de hauteur, qui mêle la culture (la bibliothèque et un conservatoire), les affaires (une salle de conférence et un centre d’affaires asiatique) et des logements.

 

La bibliothèque se positionne comme un bâtiment ouvert à tous, conçu pour satisfaire la faim de connaissance et de loisirs, mais aussi le droit à l’information que consacre la Déclaration universelle des droits de l’homme. Sont objectif est entre autres de faire de ce droit une réalité et ainsi de contribuer à la création d’une société démocratique et humaine.

 

L’OBA dans le paysage de la connaissance d’Amsterdam


Avec ses 28 000 m2 sur dix niveaux, l’OBA est la plus grande bibliothèque publique en Europe, le lieu idéal où passer quelques heures. Ouverte sept jours par semaine de 10h00 à 22h00, elle accueille 7000 visiteurs par jour. Elle propose une large sélection hollandaise et internationale de littérature, de presse et de supports d’apprentissage, pour une cotisation annuelle d’un maximum de 50 euros. L’abonnement est gratuit pour les jeunes jusqu’à 19 ans. Le bâtiment compte 1300 places assises, dont 600 équipées d’ordinateurs et d’un accès à internet et 50 postes de travail multimédias. On y trouve aussi sept salles de formation et de réunion d’une capacité d’accueil de 75 personnes. Six petites annexes de l’OBA sont dispersées à travers la ville.

 

L’OBA n’est pas seulement un pôle d’information ; c’est aussi un centre de communication, d’éducation et de culture, ainsi qu’un lieu de rencontre pour les habitants d’Amsterdam. En cela, la bibliothèque joue un rôle central pour les communautés migrantes présentes à Amsterdam, où les habitants issus de l’immigration européenne et non européenne représentent respectivement 14,9% et 34,9% de la population totale1. Le rôle de prestataire de savoirs de la bibliothèque est d’autant plus important que la moitié des jeunes citadins ont des antécédents migrants non européens2. Qui plus est, le fait que le budget de la ville réservé à l’intégration soit très probablement amené à subir des coupes claires dans les années à venir ne peut qu’augmenter encore les attentes et les demandes déjà fortes que doivent satisfaire les acteurs concernés. 

 

L’apprentissage linguistique en immersion à la « Place des Pays-Bas »


Face à cette situation, l’OBA a décidé de prendre les devants et d’offrir des possibilités d’apprentissage du néerlandais à un large éventail de publics, grâce au projet NL-Plein (Place des Pays-Bas) que soutient la municipalité.

 

La NL-Plein se situe dans les locaux de la bibliothèque. On y trouve toutes sortes de supports d’apprentissage sur la langue et la culture néerlandaise, tels des livres et des CD-ROM, qui sont classés par thème : supports pour lire (niveaux 1 à 3), écouter, regarder, mais aussi pour étudier la grammaire, découvrir les Pays-Bas et les choses à savoir. La NL-Plein est équipée d’ordinateurs avec des logiciels pour la pratique linguistique individuelle ou en groupe. Qui plus, les enseignants et les professeurs bénévoles peuvent réserver l’une des salles de formation pour leurs groupes ou classes. La NL-Plein est libre d’accès pour les apprenants comme pour les enseignants.

 

L’un des sites d’apprentissage linguistique et culturel de la bibliothèque est le mur conteur d’histoires, sur lequel sont disposés des ordinateurs, des écrans tactiles et des douches sonores, tandis que des expositions culturelles illustrent la diversité de la population d’Amsterdam (exemple, un tajine marocain). Pour améliorer sa maîtrise de la langue néerlandaise, ou par pure curiosité, il est possible de visionner ou d’écouter des récits folkloriques du monde entier, des petites histoires sur les quartiers d’Amsterdam et des contes sur la ville et ses habitants. Les employés de la bibliothèque s’occupent du renouvellement régulier de la base de données d’histoires.

 

D’après le directeur de l’OBA, M. Hans van Velzen, le projet NL-Plein connaît un franc succès, notamment auprès des communautés migrantes. Les familles issues de l’immigration encouragent leurs enfants, les filles en particulier, à aller étudier à la bibliothèque parce que c’est un lieu sûr et que les horaires d’ouverture sont pratiques. Les visiteurs apprécient beaucoup les conseils des 330 membres du personnel, dont un tiers sont issus de l’immigration.

 

Extension des prestations et partenariats


Pour élargir sa démarche de promotion de l’apprentissage linguistique à un plus large public, l’OBA coopère avec deux chaînes de télévision, l’Education Television Centre (ETV) et l’Amsterdam Local Television (AT 5). L’ETV, spécialisée dans la radiodiffusion de cours, propose actuellement quelque 110 programmes consacrés aux langues, au travail, à la société, à la santé et à l’éducation. Fruit de la coopération entre la chaîne ETV et la bibliothèque OBA, un projet intitulé Eten en Weten (Apprendre en mangeant) a été imaginé et est aujourd’hui radiodiffusé. Un autre partenaire de l’OBA, la chaîne AT5, joue un rôle crucial car elle couvre toute la région d’Amsterdam et entretient des relations privilégiées avec la presse locale et la télévision nationale. De la coopération entre l’AT5 et l’OBA est né le projet d’émission télévisée intitulée Lekker Bezig (Faire et aimer faire), dont le lancement a été un plein succès.

 

Un pas vers l’apprentissage interculturel


Comme le montrent les initiatives ci-dessus, la formation proposée par la bibliothèque, et notamment par l’intermédiaire du projet NL-Plein, reste axée sur l’apprentissage du néerlandais par les migrants, qui est conçu comme l’ingrédient indispensable d’une intégration réussie. Toutefois, d’autres aspects sont à prendre en compte dans le cadre d’une approche interculturelle des langues, en particulier dans les villes qui comptent une importante population d’immigrés comme Amsterdam. Aussi, d’un point de vue interculturel, la disposition de la majorité à adopter les langues des communautés migrantes ou les langues minoritaires est-elle un facteur déterminant.

 

Par conséquent, l’OBA aurait tout intérêt à élargir son approche de l’apprentissage des langues en allant vers une plus grande reconnaissance et visibilité des langues des migrants, en plus du néerlandais, et en encourageant l’apprentissage mutuel par-delà le fossé linguistique.

 

Pour de plus amples informations sur la bibliothèque OBA, voir le site http://www.oba.nl

 

Christina Baglai

 


1.Selon les statistiques officielles, les autochtones hollandais représentent 50,1% de la population d’Amsterdam. Globalement, les migrants du Maroc, du Suriname et de Turquie et des Antilles/d'Aruba, constituent 24,8% de la population de la ville. “Amsterdam in cijfers” (Amsterdam en chiffres), 2010, consultable sur : http://www.os.amsterdam.nl/pdf/2010_jaarboek_hoofdstuk_01.pdf

2. Idem