Lors de la 24ᵉ Université sur la Jeunesse et le Développement (UYD), le Centre Nord-Sud du Conseil de l’Europe accueille la deuxième formation de tuteurs (ToT) en éducation aux droits humains pour la jeunesse. Cette formation permet aux anciens participants du cours en ligne tiré du Programme d'éducation aux droits humains pour les jeunes (HEY) d’acquérir les compétences nécessaires afin d'adapter et de mettre en œuvre le programme au sein de leurs propres communautés.
Les droits sont quelque chose que chacun possède naturellement, et non quelque chose pour lequel il faut se battre. Les dix-huit jeunes présents à l’atelier prennent un instant, puis se positionnent le long de trois lignes : une pour ceux qui sont d’accord, une pour ceux qui ne le sont pas, et une pour ceux qui se situent entre les deux. Tous sauf deux se déplacent du côté « d’accord ». Giulia Lo Presti, tutrice du Centre Nord-Sud, s’approche de Khalifa, un participant libérien, et lui demande pourquoi il a fait ce choix. Elle circule dans la salle, donnant à chaque participant l’occasion de s’exprimer. Ceux qui hésitaient rejoignent finalement le côté « oui ». « Tu es une très bonne médiatrice, Giulia », lance quelqu’un. Elle sourit. La session sur la protection des droits humains à la formation HEY des tuteurs est bien lançée.
Cette dynamique de groupe reflète l’esprit de l’outil sur lequel les participants sont formés. HEY a été lancé en 2024 lors du Forum de l’Alliance des civilisations des Nations Unies. Sa mission est de renforcer les capacités des jeunes dans le domaine des droits humains, en proposant des cours en ligne encadrés qui approfondissent la compréhension des normes juridiques européennes et internationales.
« Notre public, ce sont des jeunes qui ont besoin d’une méthodologie engageante, interactive et d’un langage adapté, plutôt que des professionnels du droit. Et cela influence non seulement le choix des thèmes, mais aussi la façon dont ils sont présentés », explique Giulia. « Ce n’est pas seulement une question d’aspects juridiques, même si ceux-ci font partie du cadre, puisqu’ils sont directement liés à la protection et à l’éducation aux droits humains. »
Le programme s’aligne directement sur l’ODD 4.7, qui appelle à une éducation promouvant le développement durable, la citoyenneté mondiale et les droits humains.
La formation de tuteurs garantit que les diplômés des cours en ligne HEY soient en mesure non seulement d’approfondir leurs propres connaissances, mais aussi de les multiplier — en les partageant avec leurs pairs, leurs communautés et leurs organisations à travers des initiatives de formation et de plaidoyer.
Ses objectifs sont quadruples :
- renforcer les compétences de tutorat,
- appliquer des approches d’apprentissage non formel,
- construire des réseaux interculturels,
- nourrir une communauté de jeunes acteurs du changement engagés en faveur des droits humains à travers les régions.
Le sport comme porte d’entrée vers les droits humains
Comme Tinomuda Daphne Gora, analyste politique, étudiante à l’Université panafricaine et participante venue du Zimbabwe, qui souhaite utiliser le sport comme outil de changement social. Un cadre qu’elle connaît bien, puisqu’elle est la plus jeune contributrice à la stratégie continentale de l’Union africaine sur le sport et le développement durable.
« Je veux intégrer le dialogue interculturel et l’éducation aux droits humains dans les programmes sportifs, les matchs et les projets — notamment pour promouvoir l’égalité de genre », explique-t-elle. « Je partagerai d’abord ces connaissances avec mes camarades de classe venus de toute l’Afrique, et nous pourrons ensuite les diffuser dans nos propres pays. Le sport peut être un canal puissant pour renforcer les droits humains. »
Pour elle, la formation a confirmé que former de jeunes leaders a un effet multiplicateur : dès qu’un petit groupe est outillé, chaque individu peut adapter et transmettre ce savoir dans sa propre communauté.
Continuer à jouer : le jeu pour les droits
Pour Ahmed Saad, entrepreneur égyptien et cofondateur de l’Organisation non gouvernenmentale Educuality, la formation a trouvé une résonance particulière avec son travail. Son organisation développe déjà des jeux de société et des ateliers ludiques autour de la paix et de l’éducation à l’environnement en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.
« Ce programme m’a donné une approche holistique des droits humains », explique Ahmed. « Nous travaillions déjà sur le droit à une éducation de qualité et sur la participation des jeunes aux processus démocratiques, mais HEY m’a ouvert les yeux sur l’ensemble des droits. Nous prévoyons maintenant de concevoir un nouveau jeu spécifiquement centré sur l’éducation aux droits humains. Il débutera dans les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, avec l’ambition de s’étendre à l’Afrique et au-delà. »
Fort de son expérience à transformer des outils pédagogiques créatifs en recommandations politiques, Ahmed estime que si ce nouveau jeu réussit, il pourrait influencer les futurs cadres de politiques de jeunesse.
À la fin de la semaine à Mollina, les participants de la formation seront prêts à adapter la méthodologie HEY à leurs propres réalités. Des ateliers ludiques au Caire aux actions de plaidoyer par le sport au Zimbabwe, leur travail prolongera l’impact du programme bien au-delà de la salle de formation.
La formation HEY est bien plus qu’un cours : c’est un vivier d’approches innovantes en éducation aux droits humains, qui garantit que les voix des jeunes continuent de façonner des sociétés plus justes et inclusives en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.*
Cette initiative est soutenue par iLEGEND III, un programme conjoint de l’Union européenne et du Conseil de l’Europe, cofinancé par l’Union européenne et le Conseil de l’Europe et mis en œuvre par le Centre Nord-Sud du Conseil de l’Europe, ainsi que par des contributions volontaires des États membres du Centre Nord-Sud, dans le cadre du projet HEY.


