Culture, patrimoine et diversité

 

La contribution des personnes d’origine étrangère à l’entreprenariat et à l’innovation dans les villes

 

Dans une étude sur les effets positifs de la diversité culturelle et ethnique pour la croissance économique et l’innovation, Lia Ghilardi constate que le parcours de diversité des entrepreneurs qu’elle a étudiés est pour eux un avantage. Sachant que près d’une entreprise londonienne sur quatre (22,6 %) peut être considérée comme une entreprise d’une minorité ethnique (d’après le rapport de l’initiative Compétitivité de la diversité), la culture peut semble-t-il contribuer au succès d’une activité commerciale. Les compétences interculturelles d’une minorité ethnique permettent à ses membres d’avoir accès à des aspects de différentes cultures et de les utiliser. Par exemple, les entreprises de minorités ethniques peuvent gagner en compétitivité en exploitant leurs réseaux de diaspora, comme cela est le cas pour l’externalisation du développement de logiciels de la Silicon Valley à Bangalore. Ghilardi s’intéresse à la réussite des entrepreneurs "mondiaux" et "locaux", mettant en évidence les facteurs culturels qui ont contribué à leur succès.

 

Chai Patel, fondateur des centres de santé mentale et de neuroréhabilitation The Priory, a fui l’Ouganda et vécu en Inde jusqu’en 1969, lorsque sa famille est venue à Londres pour y trouver du travail. Sa décision de créer le groupe The Priory a été motivée par ses origines culturelles. Dans la culture hindi, prodiguer des soins est perçu comme une chose extrêmement importante et positive et l’idée de soins a quasiment une dimension religieuse. Se définissant lui-même comme un métis, Patel offre un excellent exemple de la fusion que l’initiative interculturelle vise à promouvoir. Il considère que sa famille s’est bien assimilée à la culture locale, ne conservant que ce qu’elle souhaitait conserver. Affirmant que l’existence de modèles asiatiques aide à combattre les obstacles s’opposant à l’entreprenariat interculturel, Patel note qu’il y a très peu de modèles d’entreprenariat afro-antillais : en effet, bien que les exemples de réussite commerciale existent, ils n’ont pas encore reçu la visibilité qu’ils méritent, ce à quoi il convient de remédier. Il soutient que la culture asiatique est très compétitive, qu’elle foisonne de personnalités de grand talent et incite à progresser sur la voie du succès, et qu’elle aide ainsi à surmonter les obstacles. Il considère que la plus grande difficulté est peut-être de réunir un capital, l’accès à l’argent étant plus difficile pour les minorités ethniques du fait qu’elles ont une apparence, une façon de s’exprimer différentes de celles des autres. Il suggère ainsi ce que les autorités pourraient faire pour aider et encourager les entreprises. Il insiste aussi sur l’importance de l’adversité en tant qu’aiguillon qui pousse les nouveaux arrivants à se surpasser, parce qu’ils n’ont pas d’autre choix que de travailler davantage.

 

Rudi Page est né à Londres, d’un père jamaïcain et d’une mère originaire de Montserrat. Il a créé le salon annuel Afro Hair and Beauty, qui demeure le plus grand événement de ce type en Europe. Il est à l’origine de la première Mission commerciale britannique à Montserrat, et s’est aussi intéressé au secteur de la revitalisation économique avec TEC et Business Links, en concevant le projet Synergy et Business Link London North en 2001. Il est par ailleurs l’auteur de chroniques pour plusieurs journaux et intervient régulièrement lors de conférences et de séminaires ; il a aussi reçu plusieurs récompenses, parmi lesquelles un prix pour sa contribution à la communauté noire, décerné par le journal Voice. Avec sa société, Statecraft Consulting, Page travaille en tant qu’intermédiaire culturel, assurant le lien entre les personnes d’origines différentes. Son approche, le modèle Synergy basé sur un outil stratégique de communication et de développement, est maintenant largement utilisée par les organismes publics, le monde universitaire et les organisations privées, publiques et à but non lucratif. Elle permet d’appréhender les besoins des diverses communautés tout en donnant aux groupes ethniques la capacité de comprendre le contexte politique général dans lequel ils évoluent. Page utilise son expérience de l’intégration du commerce dans des domaines tels que la culture, l’éducation et la santé pour toucher les communautés défavorisées. Il a eu le sentiment que la confiance qu’il avait constatée aux Etats-Unis vis-à-vis du concept commercial de la "beauté noire" n’existait pas au Royaume-Uni, ce qui l’a conduit à créer son propre salon Afro hair and beauty. Page voit la culture et les liens qui relient les personnes entre elles comme une source de puissance économique et comme un atout concurrentiel et il doit son succès au fait d’avoir ciblé ces niches commerciales. Son tout dernier projet, LOJO, l’initiative London Joburg, est un excellent exemple d’échange interculturel. Cette mission commerciale a été lancée afin d’entrer sur un marché présentant un fort potentiel pour les entrepreneurs britanniques des communautés noire et ethniques et de permettre à leurs entreprises d’exporter leurs compétences. Celles-ci, qu’ils ont acquises par leur expérience d’appartenance à une minorité au Royaume-Uni, peuvent être appliquées à divers secteurs sociaux en Afrique du Sud afin de donner des responsabilités à la population locale.

 

Les personnes étudiées par Ghilardi rompent avec la tradition de l’économie ethnique, transcendant les catégories économiques traditionnelles et les modèles culturels, pour devenir au lieu de cela des exemples de métissage interculturel. Leur situation "d’entre-deux cultures ou davantage" les conduit à innover en empruntant à leur culture originelle, à laquelle ils restent par conséquent fidèles. Egalement interrogés, les frères Hussein qui ont créé le premier restaurant mexicain de Leicester ainsi que le Bar dos Hermanos et le Barceloneta, attribuent leur aptitude à la prise de risque à leur origine culturelle, qui ne leur a guère laissé d’autre choix. Ils n’ont jamais eu de ressources et ont donc dû se frayer leur propre chemin. Stelios Haji-loannou, le fondateur de la compagnie aérienne à bas prix Easyjet, estime que les immigrants sont souvent des personnes dynamiques prêtes à prendre le risque de quitter leur pays d’origine pour un avenir meilleur et inconnu, et que cette capacité joue un rôle essentiel dans leur réussite. Alan Yau, le créateur de la chaîne Wagamama, spécialisée dans les plats à base de nouilles, affirme lui aussi que ce qui a véritablement déterminé sa vie et l’a aidé à surmonter les obstacles, c’est d’avoir été un immigrant et d’avoir eu cette détermination propre aux nouveaux arrivants. Les arguments ne manquent pas, comme on le voit, pour soutenir et promouvoir l’entreprenariat et l’innovation des personnes d’origine étrangère.

 

Voir l’étude complète (en anglais)

Gulzaar BARN