Culture, patrimoine et diversité

 

Le premier réseau national de cités interculturelles

 

Les villes fonctionnent avec des domaines de compétences et des cadres institutionnels nationaux et locaux extrêmement variés. Les systèmes culturels et juridiques nationaux contribuent à déterminer dans quelle mesure les villes peuvent reformuler leurs politiques locales dans une perspective interculturelle. Il faut donc un outil de coordination et d’échange prenant en compte les spécificités nationales pour aider à soutenir les villes de plus en plus nombreuses qui lancent des initiatives interculturelles.

 

Une réunion organisée par Reggio d’Emilie le 22 mai avec l’aide du Programme des cités interculturelles a constitué une étape importante dans cette direction et jeté les bases de la création du premier réseau national de cités interculturelles.

 

Participaient à cette réunion six maires adjoints en charge des politiques d’intégration ou de cohésion sociale des villes italiennes suivantes : Gênes, Turin, Savignano sul Rubicone, Lodi, Senigallia et Reggio d’Emilie. Ils se sont dits extrêmement désireux de partager leurs expériences en matière de gestion de la diversité culturelle et d’examiner ces questions avec des institutions représentant d’autres niveaux de gouvernance. Bien que ne pouvant pas assister à la réunion, trois autres municipalités (Bari, Pompéi et Fermo) ont fait connaître leur désir de se joindre au réseau. La majorité de ces villes ont marqué leur engagement par une décision spéciale du conseil municipal. Tous les participants sont convenus de se retrouver le 21 septembre à Reggio d’Emilie pour examiner un projet de charte du réseau et signer officiellement le document créant le premier réseau national de cités interculturelles du monde. Selon Mme Gabriella Battaini, directrice générale au Conseil de l'Europe, "le réseau sera affilié au réseau européen et servira à échanger des informations et des bonnes pratiques dans les principaux domaines de politique d’une ville – de l’éducation au logement en passant par l’urbanisme et les services – ainsi que sur la gouvernance et les aspects liés aux médias".

 

Reggio d’Emilie a joué un rôle essentiel au cours de cette phase préliminaire. En tant que membre du Réseau européen des cités interculturelles, la ville désire partager avec d’autres communes italiennes les nouvelles approches en matière d’intégration culturelle qui ont été mises en œuvre avec succès au niveau européen dans le cadre du Programme des cités interculturelles.

 

Franco Corradini, maire adjoint responsable des politiques de cohésion sociale et de sécurité sociale de Reggio d’Emilie, a expliqué que le réseau était "une alliance conclue entre des villes dans le but de promouvoir et renforcer leurs politiques interculturelles et de partager leurs méthodes et objectifs".

 

Selon l’imam local, Abu Abdelrahman, Reggio d’Emilie a été retenue comme ville exemplaire par le Conseil de l'Europe parce qu’il existe un dialogue entre les associations et les religions, les institutions et la collectivité : "Il y a déjà parmi la population une volonté d’établir des réseaux et de se rencontrer, et je crois que c’est la raison pour laquelle l’Europe a choisi notre ville comme modèle".

 

Au cours de la réunion, plusieurs représentants d’associations de citoyens d’origine étrangère ont pris la parole. Waleed Gaber, de l’association des Egyptiens d’Italie, et Seni Bandaogo, de l’association des Burkinabés, ont déclaré que le réseau serait utile à l’avenir, en permettant de relier facilement les gens et les communautés et d’améliorer le débat politique. Selon Youssef Salmi, d’origine marocaine, chargé des politiques de jeunesse et des associations à Novellara, ville voisine de Reggio d’Emilie, "ce projet dans notre province est vraiment important, nous avons besoin d’investir fortement dans les questions d’intégration et de cohésion sociale dans tout le pays". L’Erythréen Hivet Tesfamariam a déclaré : "C’est ce que nous attendions. Je suis en Italie depuis les années 60, mais j’ai toujours l’impression de n’être pas vraiment intégré". Selon Aziz Sadid, étudiant marocain, "un tel réseau aurait dû être créé plus tôt, mais il s’agit sans aucun doute d’une étape décisive pour mieux comprendre l’évolution de notre société". Il a ajouté : "Je parie sur le rôle essentiel des jeunes".

 

La réunion s’inscrivait dans une rencontre de trois jours organisée par le Centre interculturel "Mondinsieme" de Reggio d’Emilie sur le thème de l’interculturalisme.

 

Le premier jour, une "période de questions" a permis à des lycéens d’interroger le maire et divers experts. Le troisième et dernier jour, une fête interculturelle, "MondinPiazza", a été organisée au centre de la ville.

 

Le Centre Mondinsieme travaille depuis des années avec des lycéens. Il a organisé une "période de questions" afin d’inciter les autorités municipales à réfléchir à tous les aspects de la vie sociale. A cette occasion, 150 élèves de 10 lycées se sont retrouvés dans la Salle tricolore, lieu historique où le drapeau italien a été adopté au XIXe siècle et où siège aujourd'hui le conseil municipal, pour interroger le maire de Reggio d’Emilie, Graziano Delrio, ainsi qu’un représentant du Conseil de l'Europe, Marco Busetto, sur le dialogue interculturel et la disparité sociale.

 

Vanessa Pellinghelli (lycée Filippo Re), Singh Darminder (lycée Ipsia), Marianna Burello (lycée Bus) et Francesca Bertelli (lycée Canossa) ont interrogé Marco Busetto sur le rôle des médias pour qui traitent de la discrimination, de la diversité et des témoignages d’immigrés et sur les solutions adoptées par les villes européennes pour prévenir les conflits sociaux.

 

Par ailleurs, Imen Bensaid (lycée Iodi) ainsi que Marjorie Nornoo et Stefania Rinaldini (lycée Scaruffi) voulaient savoir quelles mesures adoptait la municipalité face à la crise et pour soutenir les familles dans le besoin, tandis que Gianluigi Iembo (lycée Secchi) a demandé comment elle luttait contre la discrimination. Shada Spagni (lycée Motti), Anna Chiara Tedeschi (lycée Moro) et Giulia Strozzi (lycée Chierici) ont insisté sur la diversité, en demandant au maire de mettre en évidence les lieux de diversité et de promouvoir des ateliers de créativité interculturelle ou encore une carte des spécialités culinaires ethniques dans toute la ville, par exemple.

 

Anass Zaki (lycée Iodi) a souligné le rôle clé joué par les fils et les filles nés en Italie de parents immigrés. Comme l’a rappelé le maire aux participants, "nous pouvons être fiers de notre histoire et de notre patrimoine façonné par des influences étrangères. C’est pour cela que tant les Italiens que les citoyens d’origine étrangère méritent le respect, car là où il y a diversité, se trouve aussi la liberté".

 

Marco Busetto, Conseil de l'Europe et Damiano Razzoli, Centre interculturel Mondinsieme de Reggio d’Emilie