« Le discours de haine ne constitue pas une question isolée, mais s’inscrit dans une problématique plus profonde et représente un défi pour la confiance, la vérité et la démocratie elle-même », a déclaré le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe, Alain Berset, à l’occasion de l’ouverture aujourd’hui à Strasbourg de la Semaine contre le discours de haine. « Au Conseil de l’Europe, nous travaillons à l’élaboration d’un Nouveau Pacte Démocratique pour l’Europe, dans le cadre duquel la question du discours de haine doit avoir toute sa place » (discours intégral ici).
« La haine commence par des mots, mais elle ne s’arrête pas là. Comme le Conseil de l’Europe l’a clairement affirmé, les discours de haine et les crimes de haine ne sont pas des problèmes distincts, mais s’inscrivent dans un continuum », a-t-il déclaré. Le Secrétaire Général a rappelé deux recommandations essentielles du Conseil de l’Europe sur ces deux sujets : la première, adoptée en 2022, relative à la lutte contre le discours de haine, recommande d’ériger en infractions pénales ses formes les plus graves et de traiter ses manifestations les moins graves par des mesures relevant du droit administratif et civil, et la seconde, adoptée en 2024, est axée sur la lutte contre les crimes de haine.
« L’une des menaces les plus urgentes auxquelles nous sommes confrontés actuellement est la production en masse de discours de haine, et leur amplification à l’ère du numérique », a-t-il soutenu. « La haine n’est pas seulement diffusée – elle est monétisée, optimisée et transformée en arme. C’est la raison pour laquelle nous avons besoin d’une responsabilité plus importante des plateformes : transparence sur les critères de classement des contenus, étiquetage des propos générés par l’IA, conséquences concrètes lorsque des contenus préjudiciables sont boostés ». La réglementation doit être claire, proportionnée et fondée sur la Convention européenne des droits de l’homme, a souligné le Secrétaire Général.
« En cette Journée internationale de lutte contre le discours de haine, engageons-nous – ensemble – à désapprendre la haine, à protéger la vérité et à renforcer la démocratie », a conclu Alain Berset.
La Semaine contre le discours de haine est un événement annuel instauré en 2024 pour marquer la Journée internationale de lutte contre le discours de haine célébrée le 18 juin. Cette année, la Semaine a pour thème : « Développer les mesures juridiques et non juridiques de lutte contre le discours de haine grâce à une approche multipartite ». Elle est organisée par le Service de l’anti-discrimination du Conseil de l’Europe dans le cadre d’un projet conjoint UE-CdE avec le soutien de la Présidence maltaise du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe. Michael McGrath, Commissaire européen à la démocratie, à la justice, à l’État de droit et à la protection des consommateurs, et Francesca Camilleri Vettiger, Représentante permanente de Malte auprès du Conseil de l’Europe, ont également pris la parole lors de l’ouverture.
La Semaine contre le discours de haine réunit plus d’une centaine de représentant·es d’autorités nationales, de personnalités publiques, d’organisations de la société civile œuvrant aux niveaux national et européen, d’organismes de promotion de l’égalité et de médiateurs, d’universités, du secteur d’internet, d’organisations internationales et d’organes de l’UE pour discuter des évolutions juridiques et politiques récentes, des bonnes pratiques et des innovations.
Plusieurs événements sont organisés dans le cadre de la Semaine contre le discours de haine :
- une « visite d’étude » organisée le 18 juin par l’Unité orientation sexuelle, identité et expression de genre, et caractéristiques sexuelles (SOGIESC) pour un groupe de 30 participant·es (autorités publiques locales, journalistes, fonctionnaires de police, organisations confessionnelles et organisations de la société civile) qui suivront des ateliers sur la répression des crimes de haine, le traitement éthique de l’actualité médiatique et la lutte contre les mouvements anti-droits ;
- des ateliers sur la lutte contre la désinformation au niveau local par le biais d’une approche interculturelle, organisés par le programme Cités interculturelles ;
- le 18 juin dans l’après-midi, une cérémonie de remise du Prix d’excellence du journalisme 2025 décerné à des journalistes de la presse écrite et de la télévision et à des reporters d’images venus de Grèce, de République tchèque, de Hongrie, de Slovénie et d’Ukraine – ce prix récompense un journalisme de qualité et des reportages objectifs exempts de préjugés et de stéréotypes sur les questions relatives aux Roms ;
- une session plénière sur le thème du discours de haine et des médias, organisée avec le Comité directeur sur les médias et la société de l’information (CDMSI), dans le cadre de la campagne Les journalistes comptent, pour discuter des moyens de prévenir et de contrer les attaques contre les journalistes et la silenciation des voix dissidentes ;
- une session plénière et des ateliers conjoints avec la Conférence sur la prévention et la lutte contre les crimes de haine, organisés par le Comité directeur sur l’anti-discrimination, la diversité et l’inclusion (CDADI) les 19 et 20 juin ;
- des expositions et des évènements de réseautage organisés avec la participation de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) et des divisions cybercriminalité et égalité de genre ;
- plus de 18 ateliers organisés par des représentant·es d’organisations de la société civile sur différents sujets tels que la lutte contre le discours de haine dans les médias et en ligne, le discours de haine sexiste et le discours de haine visant les Roms et les Gens du voyage, le soutien aux victimes, la désinformation et les outils pédagogiques pour prévenir et combattre la haine ;
- le 20 juin, les participant·es à la Semaine contre le discours de haine assisteront à l’ouverture du Hackathon et à des débats démocratiques sur le thème « Déjouer la désinformation, protéger la liberté d’expression ».

