Le Conseil de l'Europe a participé au Sommet de l'OCDE sur les compétences 2026, qui s'est tenu les 27 et 28 avril à Istanbul sous le thème « Libérer les talents à travers les générations », en apportant une perspective distincte aux débats.
Dans sa contribution écrite, le chef du Département de l'éducation a attiré l'attention sur une « quatrième mégatendance » venant s'ajouter aux évolutions démographiques, à l'intelligence artificielle et à la transition écologique : la fragilité de la culture démocratique dans les sociétés où les compétences se développent et se mettent en œuvre. Relevant que les jeunes en formation professionnelle — qui représentent la moitié des apprenants du secondaire supérieur dans l'UE — affichent systématiquement des niveaux inférieurs de participation civique, de confiance institutionnelle et d'engagement politique par rapport à leurs pairs dans les filières académiques, il a soutenu que les politiques de compétences et la résilience démocratique font face à leur plus grand défi commun au sein d'une seule et même population.
Le Conseil de l'Europe a saisi cette intervention écrite pour présenter instrument normatif sur le développement d'une culture de la démocratie dans l'enseignement et la formation professionnels — le premier de ce type au sein des 46 États membres de l'Organisation. L’instrument invite les États membres à intégrer les compétences pour une culture de la démocratie en tant qu'éléments reconnus des certifications de l'EFP, à étendre le développement professionnel des enseignants et des formateurs en entreprise, à développer une citoyenneté numérique allant au-delà de la simple littératie technique en IA, et à mettre en place des cadres juridiques garantissant aux apprenants de l'EFP une participation réelle à la gouvernance de leurs établissements.
Sur les compétences plurilingues et interculturelles, la position écrite a remis en cause la tendance à traiter la question des langues comme une préoccupation spécialisée, en faisant valoir que dans des sociétés vieillissantes de plus en plus dépendantes de la migration et dans des marchés du travail structurellement transnationaux, la capacité à communiquer à travers les langues et les cultures constitue une compétence économique fondamentale. Le Conseil de l'Europe a réaffirmé son engagement en faveur d'une mise en œuvre de qualité et équitable du Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL), en citant son projet quinquennal en cours sur l'enseignement des langues étrangères en Türkiye comme modèle de réforme nationale fondée sur des données probantes.
Recalibrer l'éducation : une question de finalité
Lors de la Session 1 du 28 avril, Villano Qiriazi a ouvert son propos en posant une question qu'il a qualifiée de préalable à toutes les autres : non seulement comment recalibrer les systèmes éducatifs face aux mégatendances, mais à quelles fins. Si la réponse est formulée uniquement en termes d'employabilité et d'adéquation au marché du travail, a-t-il averti, nous risquons de perdre de vue ce qui rend l'éducation formelle indispensable aux sociétés démocratiques — sa mission de préparer des citoyens libres, éclairés et responsables.
Sur la question des curricula, le Conseil de l'Europe a présenté les quatre piliers de son agenda sur la transformation numérique : la littératie en IA, l'enseignement et l'apprentissage avec l'IA, l'évaluation des technologies éducatives, et la gouvernance des systèmes d'IA en éducation. Au cœur de cette approche se trouve un modèle tridimensionnel de littératie en IA — technologique, pratique et humain — dans lequel la dimension humaine est explicitement prioritaire en tant qu'apport distinctif du Conseil de l'Europe. Cette dimension englobe les implications éthiques, sociopolitiques, cognitives, culturelles et environnementales de l'IA. La position du Conseil de l'Europe est sans ambiguïté : la littératie en IA n'est pas une compétence technique de plus à ajouter aux curricula — c'est une compétence civique, condition de la participation démocratique dans un monde façonné par l'IA, ancrée dans la dignité humaine. Elle doit donc être intégrée à tous les niveaux de l'éducation, de la petite enfance à l'enseignement supérieur.
Sur la profession enseignante, le Conseil de l'Europe a été tout aussi ferme : les enseignants doivent demeurer les acteurs centraux du processus éducatif. La technologie doit soutenir, et non remplacer, leur jugement pédagogique. Cela exige trois garanties : la protection de leur autonomie professionnelle face aux outils d'IA ; un dialogue social structuré sur l'introduction de ces outils dans les établissements scolaires ; et une formation initiale et continue qui ne se limite pas à l'usage technique, mais inclut la compréhension critique des biais, des limites et des effets cognitifs de ces systèmes. Un prochain Livre blanc sur la profession enseignante à l'ère numérique précisera ces exigences.
Sur la gouvernance — et c'est ici que le Conseil de l'Europe a apporté ce que Villano Qiriazi a qualifié de contribution la plus structurante — l'intervention a remis en cause une hypothèse largement répandue dans les débats actuels : celle selon laquelle l'IA est déjà entrée, ou entrera inévitablement, dans l'éducation, et que la seule question qui se pose est celle des modalités. La position du Conseil de l'Europe est différente. Les sociétés démocratiques et leurs institutions éducatives doivent d'abord pouvoir décider — souverainement et de manière éclairée — si, comment et à quelles conditions l'IA entre dans l'éducation. C'est pourquoi le Conseil de l'Europe élabore un instrument juridique dédié à l'usage de l'IA en éducation, venant compléter la Convention-cadre sur l'IA (STCE n° 225) et l'AI Act européen en répondant à ce que ces instruments ne couvrent pas : la nature non consensuelle de la scolarité obligatoire, la vulnérabilité particulière des enfants, le caractère collectif du bien éducatif, et les effets à long terme de l'IA sur le développement cognitif et civique des apprenants.
Tout au long des deux journées, le Conseil de l'Europe a défendu un argument constant : l'agenda des compétences et l'agenda démocratique ne sont pas deux voies parallèles, mais deux dimensions d'un même défi. Le cas le plus urgent pour l'un comme pour l'autre est celui des apprenants de la formation professionnelle — la population la plus mal desservie à la fois par les systèmes de compétences et par l'éducation à la citoyenneté, et celle pour laquelle les enjeux d'une action réussie sont les plus élevés.
Le Sommet de l'OCDE sur les compétences 2026 a réuni des ministres et des chefs de délégation des pays membres et partenaires de l'OCDE. La prochaine édition sera accueillie par la Bulgarie en 2028.
De plus amples informations sur les travaux du Conseil de l'Europe en matière d'éducation, de démocratie et d'intelligence artificielle sont disponibles sur www.coe.int/fr/web/education/home.

