Commission européenne contre le racisme et l'intolérance (ECRI)

Rapport annuel 2016 [en] - [fr]

La forte poussée du populisme nationaliste et le discours de haine xénophobe ont été des problèmes majeurs en Europe en 2016

Strasbourg, 22.06.2017 – La forte poussée du populisme nationaliste, les efforts continus visant à intégrer des migrants et la réponse des États européens aux nouveaux attentats terroristes islamistes qui ont frappé l’Europe en 2016 sont les principales évolutions relevées par la Commission contre le racisme du Conseil de l'Europe (ECRI) dans son rapport annuel publié aujourd’hui.

La poussée du populisme nationaliste a été une particularité de 2016. Les mouvements nationalistes et xénophobes ont instrumentalisé les peurs et les incertitudes ; les injures racistes et le discours de haine xénophobe ont atteint des niveaux sans précédent et ont souvent envahi tout l’échiquier politique.

« L’essor des politiques populistes en Europe est profondément inquiétant, en particulier lorsque les minorités sont visées, dont les migrants et les réfugiés », a déclaré Thorbjørn Jagland, Secrétaire Général du Conseil de l'Europe. « J’appelle tous les responsables politiques à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour casser cette tendance dangereuse et s’employer à créer des sociétés inclusives ».

Le Président de l’ECRI, Christian Åhlund, a fait observer que le discours de haine se développait dans la sphère politique et médiatique : « il ne suffit pas d’ériger le discours de haine en infraction pénale et de le surveiller, il faut aussi le neutraliser. Les codes déontologiques internes des médias et des parlementaires devraient prévoir des sanctions. Les élites politiques, religieuses et culturelles, les artistes et les célébrités sportives doivent participer de manière active à la diffusion d’un contre-discours ».

En ce qui concerne la situation des réfugiés, les gouvernements européens ont préféré, en 2016, axer leurs efforts non plus sur l’accueil et le logement des réfugiés, mais sur la planification et la facilitation de l’intégration des migrants ainsi que sur la protection des mineurs non accompagnés et la promotion d’un processus d’intégration à double sens. La mobilisation, parmi les habitants, de bénévoles aidant les migrants est aussi notée expressément dans le rapport.

Face aux attentats terroristes de 2016, les États européens ont pris, note l’ECRI, des mesures fortes allant de la réintroduction de contrôles à la frontière dans l’espace Schengen à la déclaration de l’état d’urgence. Dans certains cas, des formes de profilage ethnique ou racial ont été relevées.

L’islamophobie, l’antisémitisme ainsi que l’homophobie et la transphobie ont été des tendances persistantes, constate l’ECRI. Les femmes qui portent des symboles religieux visibles (foulards) ont été particulièrement vulnérables. Malgré les mesures prises par les autorités de certains pays pour régler le problème de l’absence de documents d’identité des Roms, ceux-ci demeurent largement en butte aux préjugés, à la stigmatisation, à la violence et à l’exclusion sociale. Les personnes d’ascendance africaine font souvent l’objet de menaces racistes ; le problème des injures proférées par des supporters de football à l’encontre de joueurs n’a pas été réglé.

De nombreux États n’appliquent pas encore pleinement leur législation de lutte contre le racisme et la discrimination raciale. Les organes spécialisés nationaux manquent souvent de ressources, ce qui réduit aussi l’efficacité de la lutte contre le racisme. Seuls 20 des 47 États membres du Conseil de l'Europe ont ratifié le Protocole n° 12 qui interdit de manière générale la discrimination.

« Nous traversons des moments difficiles et la situation ne s’améliore pas », a conclu le Président de l’ECRI, Christian Åhlund. « Le plus important désormais est de faire en sorte que les pays membres du Conseil de l'Europe restent unis et aillent dans le même sens. La solidarité entre les pays est la clé du succès ».

L’ECRI, organe de protection des droits de l’homme du Conseil de l'Europe, composé d’experts indépendants, est chargée du suivi des problèmes de racisme, de xénophobie, d’antisémitisme, d’intolérance et de discrimination fondée sur des motifs tels que la «race», les origines ethniques/nationales, la couleur, la nationalité, la religion et la langue (discrimination raciale) ; elle élabore des rapports et adresse des recommandations aux Etats membres.

Pour de plus amples informations sur l’ECRI : www.coe.int/ecri

Contact : Tatiana Baeva, Porte-parole/Attachée de presse, Tél. +33 3 88 41 21 41

Interview de M. Christian Ahlund, Président de l’ECRI en anglais uniquement