Centre Nord-Sud - Centre Européen pour l'interdépendance et la solidarité mondiales

 

I. INTRODUCTION AU CENTRE-NORD-SUD

En créant le centre européen pour l’interdépendance et la solidarité mondiales (plus communément dénommé «Centre Nord-Sud»), en novembre 1989, le Comité des Ministres du Conseil de l’Europe – et plus particulièrement les 10 Etats fondateurs du Centre1 – ont pris une décision visionnaire. En effet, au moment même où s’effondrait le mur de Berlin et où tous les regards à Strasbourg étaient tournés vers l’Est, la préoccupation de garder à l’esprit la dimension globale et la perspective du sud ne pouvait que s’inscrire dans une optique à moyen et à long terme.

En mai 1990, le Centre Nord-Sud a été mis en place à Lisbonne2. Dès l’origine, il s’est appuyé sur ce qui constitue, aujourd’hui encore, sa dimension fondamentalement novatrice et son potentiel de développement:

- ses objectifs à la fois larges et ambitieux: fournir un cadre à la coopération européenne pour sensibiliser davantage le public aux questions d’interdépendance mondiale et promouvoir des politiques de solidarité conformes aux objectifs et principes du Conseil de l’Europe (en particulier le respect des droits de l’homme, la démocratie et l’Etat de droit);

    - son ouverture : en tant qu’accord partiel élargi du Conseil de l’Europe, le Centre est ouvert non seulement aux Etats membres du Conseil et aux autres Parties Contractantes de la Convention culturelle européenne mais aussi à tout autre Etat intéressé3 et à la Communauté européenne4 ;

    - son processus de décision: contrairement aux autres accords partiels (et au Conseil de l’Europe lui-même), les décisions – y compris celles relatives au programme et au budget - ne sont pas prises par les seuls Etats membres. Le Conseil exécutif, organe de décision du CNS, est en effet le reflet d’un équilibre entre les quatre composantes de l’action du Centre (les gouvernements, les parlementaires, les autorités locales et régionales et la société civile). Cette composition « quadrilogue » donne au CNS non seulement son originalité mais aussi une véritable crédibilité dans un champ d’action où la participation d’acteurs non étatiques est très importante ;

    - son fonctionnement et ses méthodes de travail : la mise en œuvre pratique, fait unique au Conseil de l’Europe, du concept de « quadrilogue » a aussi un impact direct sur le fonctionnement et les méthodes de travail du CNS, plus ouverts, plus transparents et plus inclusifs que ceux d’une organisation intergouvernementale classique. En même temps, le fait que le Centre est une émanation du Conseil de l’Europe constitue un atout majeur puisqu’il lui donne accès aux ressources intellectuelles et opérationnelles de la « maison mère » ainsi qu’aux partenariats établis entre le Conseil de l’Europe et les autres organisations européennes ou internationales pertinentes pour le travail du Centre5.

Près de vingt ans après la chute du mur de Berlin, l’Europe – et le monde – ont vécu de profonds changements. Un nouveau paradigme, souvent appelé «l’ère de l’après 11 septembre», s’est progressivement imposé dans les relations internationales, conduisant à :

    - une prise de conscience de plus en plus aiguë que les enjeux stratégiques fondamentaux pour la stabilité du monde sont situés désormais au sud plutôt qu’à l’est;

    - un constat largement partagé que la plupart des défis auxquels sont confrontés les sociétés modernes non seulement sont de nature globale mais mettent en jeu l’avenir de l’humanité dans son ensemble;

    - une complexité croissante de la sphère des relations internationales, où une multitude d’acteurs nouveaux s’ajoutent /se mesurent aux sujets de droit international traditionnels (les Etats et les organisations internationales) et où des concepts de base comme l’action multilatérale, la primauté du droit (international) et l’affirmation de valeurs universellement partagées sont plus nécessaires, mais aussi plus contestés que jamais;

    - une priorité de plus en plus grande accordée à un concept déjà ancien mais aux contours renouvelés : le dialogue interculturel (en tant que réponse au diagnostic d’un «conflit des civilisations» formulé dès 1993 par le politologue américain Samuel Huntington).

Dans cette nouvelle ère, la capacité du Centre Nord-Sud à agir dans différentes dimensions et à mobiliser les acteurs compétents, ainsi que son expertise dans les domaines de l’éducation, de la jeunesse et du dialogue interculturel, constituent une valeur ajoutée appréciable. Ayant concentré son action, ces dernières années, sur deux espaces géographiques prioritaires (l’Afrique et la rive sud de la Méditerranée), et mis en place des synergies avec les principaux acteurs qui y sont engagés, le Centre s’est donné les moyens de « faire la différence ». Les processus politiques en cours au sein du Conseil de l’Europe (Livre Blanc sur le dialogue interculturel) comme à l’Union européenne (stratégie conjointe UE / Afrique, Union pour la Méditerranée) offrent à cet égard des opportunités qu’il conviendra de saisir.

 

1 Chypre, Espagne, France, Italie, Luxembourg, Malte, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Saint-Marin.

2 Le choix de Lisbonne répondait à une initiative du gouvernement portugais, qui a proposé (suite à la campagne publique européenne sur l’interdépendance et la solidarité nord-sud organisée en 1988 par le Conseil de l’Europe en coopération avec la Communauté européenne) de créer un centre chargé d’assurer le suivi des propositions issues de la campagne, sous la forme d’un accord partiel du Conseil de l’Europe.

3 Sous réserve d’une décision favorable du Comité des Ministres prise à la majorité prévue par le Statut du Conseil de l’Europe et à l’unanimité des Etats membres à la fois du CdE et du CNS.

4 En anticipation à l’adhésion de la Communauté européenne au CNS (qui ne s’est à ce jour pas encore concrétisée), la Commission européenne siège de droit au Conseil exécutif du Centre et le Parlement européen dispose de la faculté d’y nommer deux représentants.

5 Le CNS inscrit en particulier son action dans le cadre de la mise en œuvre du Mémorandum d’accord signé en mai 2007 entre le Conseil de l’Europe et l’Union européenne, et s’appuie sur les accords de coopération conclus entre le Conseil de l’Europe et des partenaires clés tels que l’OSCE, l’Alliance des Civilisations, l’UNESCO, l’ALECSO, l’OIF et la Fondation Anna Lindh.