Une nouvelle stratégie peut définir des priorités et susciter une dynamique d’action. Mais son succès dépend, en définitive, des changements qu’elle apporte dans la vie quotidienne des personnes concernées.
Tel a été le message central du séminaire en ligne conjoint « Rendre opérationnelle la stratégie pour l’inclusion des Roms et des Gens du voyage : stimuler le progrès social en traduisant les politiques en actions concrètes », organisé le 23 octobre 2026 par le Conseil de l’Europe et la Banque de développement du Conseil de l’Europe (CEB). Réunissant des autorités publiques, des praticiens du développement, des institutions financières, des organisations de la société civile et des représentants roms, le séminaire a examiné comment la nouvelle Stratégie du Conseil de l’Europe sur l’inclusion des Roms et des Gens du voyage (2026-2030) peut se traduire en projets concrets, en investissements et en résultats mesurables.
L’événement a mis en lumière une question de plus en plus importante pour les décideurs européens : comment soutenir des cadres politiques ambitieux par les investissements, les partenariats et les capacités de mise en œuvre nécessaires pour produire des changements durables ?
De la stratégie à la mise en œuvre
La nouvelle Stratégie pour l’inclusion des Roms et des Gens du voyage (2026-2030) fournit un cadre d’action commun à l’échelle européenne. Elle s’articule autour de trois priorités stratégiques :
- lutter contre l’antitsiganisme et les préjugés grâce à une meilleure connaissance et sensibilisation ;
- garantir l’égalité des droits, la dignité et l’égalité entre les femmes et les hommes grâce à une mise en œuvre effective des lois et politiques ;
- promouvoir la gouvernance démocratique ainsi que la participation active à la vie publique et politique.
Les participants ont souligné qu’une mise en œuvre efficace exige davantage que de simples engagements politiques. Un leadership politique durable, une coordination entre les différents secteurs et niveaux de gouvernance, des ressources adéquates ainsi qu’une participation significative des communautés roms et des Gens du voyage ont été identifiés comme des conditions essentielles de réussite.
Comme cela a été rappelé au cours des échanges, l’enjeu n’est plus tant de définir les objectifs que de veiller à ce que les engagements se traduisent en politiques, ressources et actions capables d’améliorer concrètement la vie des personnes.
L’inclusion comme investissement dans les personnes et les communautés
L’un des thèmes récurrents du séminaire a été la nécessité de considérer l’inclusion des Roms et des Gens du voyage non pas comme un coût social, mais comme un investissement à long terme dans le capital humain, la cohésion sociale et le développement économique.
Les investissements dans l’éducation, l’emploi, l’entrepreneuriat, le logement, la santé et les services sociaux contribuent à lever les obstacles qui empêchent encore de nombreuses communautés roms et de Gens du voyage de participer pleinement à la société. Dans le même temps, ils renforcent les économies locales, améliorent la cohésion sociale et créent des opportunités bénéficiant à l’ensemble de la population.
Les participants ont souligné que la transformation des ambitions politiques en améliorations tangibles nécessite à la fois des cadres politiques solides et un accès à des instruments financiers adaptés. Dans ce contexte, la CEB peut soutenir la mise en œuvre au moyen d’une combinaison de prêts, de subventions, de garanties et de ressources de l’Union européenne, ajustés aux besoins des projets et de leurs bénéficiaires.
Des exemples concrets venus de toute l’Europe
Le séminaire a présenté plusieurs projets illustrant la manière dont différents modèles de financement peuvent soutenir concrètement l’inclusion des Roms.
En Espagne, la Fundación Secretariado Gitano utilise un mécanisme de cofinancement de 10 millions d’euros accordé par la CEB afin d’assurer la continuité de programmes dans les domaines de l’emploi, de l’éducation, de l’égalité de genre et de la lutte contre les discriminations, dans l’attente du remboursement de financements européens. Ces programmes devraient bénéficier à plus de 69 000 personnes.
En Roumanie, la coopération entre la CEB, Patria Credit et la Roma Entrepreneurship Development Initiative (REDI) associe prêts et subventions afin de soutenir des entrepreneurs insuffisamment desservis par les mécanismes classiques de financement, notamment des entrepreneurs roms et de petites entreprises rurales. Au-delà de l’accès au financement, l’initiative propose également des formations entrepreneuriales, une éducation financière, du mentorat et un accompagnement vers le marché.
Les représentants de la Fondation DEDO ont présenté des approches intégrées associant logement, soins de santé, emploi et services sociaux afin de répondre aux situations de sans-abrisme chronique, y compris parmi les familles roms. Les discussions ont notamment porté sur les moyens de transformer des initiatives financées par des subventions en programmes durables et reproductibles à plus grande échelle.
Au niveau local, la municipalité du secteur 2 de Bucarest a partagé son expérience de combinaison entre planification des investissements et collecte de données socio-économiques afin de développer des interventions ciblées en faveur des Roms et d’autres groupes vulnérables. Les participants ont souligné l’importance d’évaluations rigoureuses des besoins pour orienter les investissements futurs et élaborer des plans d’action à long terme.
Le financement ne suffit pas à lui seul
L’une des principales conclusions du séminaire est que le financement, bien qu’essentiel, ne garantit pas à lui seul le succès des actions engagées.
Dans tous les exemples présentés, la réussite de la mise en œuvre reposait sur des partenariats solides entre autorités publiques, organisations de la société civile, institutions financières et communautés roms. Des structures de mise en œuvre compétentes, l’appropriation locale des projets, des données fiables et un engagement durable des communautés sont apparus comme des facteurs tout aussi déterminants.
Les participants ont également insisté sur la nécessité de renforcer le rôle des organisations roms et des Gens du voyage tout au long du cycle des politiques publiques, depuis l’identification des besoins et la conception des projets jusqu’à leur mise en œuvre, leur suivi et leur évaluation. Une telle participation contribue à garantir que les interventions répondent aux réalités locales et favorise la confiance entre les communautés et les institutions.
Changer d’échelle : développer ce qui fonctionne
Une autre question essentielle soulevée lors des discussions concernait la manière de passer d’initiatives pilotes réussies à des investissements durables et de plus grande envergure.
De nombreux projets innovants débutent sous la forme d’initiatives financées par des subventions. Assurer leur pérennité nécessite souvent de nouveaux mécanismes de financement, des capacités institutionnelles renforcées et un engagement politique continu. Le séminaire a examiné comment différents instruments, notamment les prêts, les subventions, les garanties et l’assistance technique, peuvent se compléter pour accompagner cette transition.
Les échanges ont démontré qu’il n’existe pas de modèle unique pour financer l’inclusion des Roms et des Gens du voyage. Les approches les plus efficaces combinent plutôt des outils financiers adaptés, des partenariats solides, la participation des communautés et un engagement sur le long terme.
Perspectives
Le séminaire s’est conclu sur un constat partagé : la nouvelle Stratégie offre un cadre d’action solide, mais les progrès dépendront avant tout de sa mise en œuvre. Les droits et les engagements politiques doivent être accompagnés d’investissements, de partenariats et de mesures concrètes capables d’améliorer durablement les conditions de vie sur le terrain.
Les discussions ont mis en évidence un message simple mais essentiel : les stratégies créent des opportunités de changement, mais c’est leur mise en œuvre qui fait la différence. Les années à venir offrent l’occasion de transformer les engagements communs en actions concrètes et de faire de l’inclusion des Roms et des Gens du voyage une composante à part entière du développement social et de la résilience démocratique de l’Europe.

