Dans un rapport publié aujourd’hui, la Commission du Conseil de l’Europe contre le racisme et l’intolérance (ECRI) demande aux autorités danoises, en priorité, d’établir un plan d’action national contre le racisme, mettant l’accent en particulier sur la prévention du racisme et de la discrimination à l’égard des musulmans. Ce plan d’action devrait prévoir des mesures en matière d’éducation, de sensibilisation du public, de promotion d’un contre-discours et de formation des professionnels concernés, tels que les agents des forces de l’ordre et les enseignants, ainsi que des mesures propres à assurer une proportion de personnels musulmans et issus d’autres minorités dans ces professions.
La deuxième recommandation pour laquelle l’ECRI demande une mise en œuvre prioritaire est que les autorités danoises devraient éviter les expulsions forcées de familles issues de l’immigration dans les quartiers appelés « société parallèle ». Si l’ECRI est consciente que l’objectif de ces expulsions est de parvenir à une mixité plus équilibrée entre personnes « non occidentales », ressortissants de l’Union européenne et Danois « de souche » dans ces quartiers, les autorités devraient plutôt prendre des mesures d’incitation positives pour tous les segments de la population concernés, afin que les habitants de ces quartiers soient suffisamment divers. Au-delà des expulsions forcées, l’ECRI se dit préoccupée par les effets, plus larges, de la politique officielle de la « société parallèle » — appelée encore récemment « politique des ghettos » — et de la législation qui en découle. Cette politique classe les migrants en « Occidentaux » et « Non-occidentaux », risquant de causer une stigmatisation de ces derniers dans de nombreux domaines de l’action publique.
Dans son rapport, l’ECRI salue plusieurs changements positifs, comme l’élaboration d’un plan d’action national contre l’antisémitisme (publié en janvier 2022) et de nouvelles actions engagées au niveau législatif en faveur de l’égalité des personnes LGBTI. Parmi les autres mesures positives figurent les cours de danois et les formations sur le marché de l’emploi et les conditions sociales proposés gratuitement à tous les immigrés.
Cependant, malgré les progrès accomplis, certains points sont préoccupants. En ce qui concerne le discours de haine, l’ECRI déplore qu’au Danemark, les musulmans, y compris les travailleurs invités et les personnes ayant obtenu l’asile, soient de plus en plus décrits, notamment par les responsables politiques de différents partis, comme représentant une menace pour les valeurs et la culture danoises. La pire manifestation de cette tendance émane d’un parti politique qui a fondé son programme sur l’idée d’un « nettoyage » des musulmans, allant jusqu’à menacer, mépriser et insulter des musulmans et des personnes noires dans les quartiers où elles vivent sans que cela provoque véritablement de contre-discours de la part d’autres responsables politiques, tout en bénéficiant souvent de la protection de la police, au nom de la liberté d’expression. L’ECRI recommande aux autorités d’élaborer un cadre juridique permettant de réduire le financement d’organisations à caractère raciste, y compris de partis politiques, et de les dissoudre.

