Le projet pilote du Karst a débuté en 1998 et s’est achevé en 2002.

La région du Karst, dans le sud-ouest de la Slovénie, a donné son nom au phénomène karstique, qui décrit l’érosion interne d’une roche calcaire par la circulation rapide de l’eau conduisant à la formation de vastes cavités et de lacs souterrains. Ainsi se sont formées les grottes de Skocjan, qui sont d’une grande beauté et d’une valeur exceptionnelle pour le patrimoine naturel. Le Karst offre un relief vallonné, dominé par les prés, les pâturages et les forêts de pins noirs, et présente une flore et une faune spécifiques d’une grande richesse. L’homme y a façonné un paysage culturel unique, caractérisé par des agglomérations compactes et une architecture vernaculaire dont le village de Štanjel offre un exemple pittoresque. Les vignes, soutenues par des murs de pierres sèches, produisent le fameux vin Teran. Les plupart des exploitations agricoles sont de petite taille ; elles pratiquent la polyculture-élevage, contribuant davantage à préserver et à entretenir le terroir qu’à assurer la survie financière des exploitants. L’activité économique repose sur un nombre important de petites et moyennes entreprises, et quelques grandes entreprises. En raison de sa situation géostratégique à la frontière de l’Italie, la région possède un secteur des transports et de la logistique très développé.

Ce paysage fragile s’est trouvé menacé lorsque les habitants ont commencé à se désintéresser de leur patrimoine naturel et culturel. Dans les modes de vie modernes, la préservation du patrimoine et la création de nouvelles perspectives économiques sont souvent des objectifs contradictoires. En l’absence de système d’assainissement efficace, les nappes phréatiques ont été exposées à diverses sources de pollution ; des grottes ont servi de décharge publique, voire de dépotoir illégal. Les sols, très perméables, ont absorbé des substances dangereuses qui ont pollué les eaux souterraines, mettant en danger la santé de la population. Des villages historiques ont été abandonnés par les habitants à la recherche d’habitats plus modernes et confortables. Au pied de la cité historique de Štanjel, une nouvelle agglomération formée d’habitations dispersées s’est développée, sans schéma d’urbanisation cohérent. Le dépérissement des villages anciens s’est accompagné de la détérioration du patrimoine architectural ; les bâtiments historiques n’étaient plus entretenus ou faisaient l’objet d’interventions inadéquates. Ce processus s’inscrivait dans un contexte d’affaiblissement démographique, le manque d’emplois poussant la main-d’œuvre jeune et qualifiée à chercher du travail dans les centres urbains, notamment à Ljubljana. Suite à l’abandon progressif de l’agriculture traditionnelle, le paysage culturel était en passe de disparaître. Le cadre institutionnel ne permettait pas de traiter de façon globale des problèmes de développement aussi complexes. Il n’existait pratiquement aucune coopération interministérielle dans le domaine du développement régional. Les ministères appliquaient leurs politiques sans concertation et leurs activités sur le terrain étaient parfois concurrentes ou contradictoires. La vulnérabilité de l’environnement n’était pas suffisamment prise en compte par les outils et les interventions d’aménagement du territoire. Il n’existait pas de niveau administratif intermédiaire, c’est-à-dire régional, entre l’administration centrale et les administrations municipales, et ces dernières manquaient en outre de ressources humaines et financières pour s’acquitter des responsabilités qui leur avaient été confiées peu auparavant. En effet, la décentralisation avait entraîné un chevauchement de compétences entre le niveau national et le niveau local. Ces deux niveaux n’ayant jamais coopéré jusqu’alors, de nombreux malentendus se sont introduits dans le fonctionnement des services publics, entraînant le blocage de fonctions telles que la délivrance de permis de construire ou l’inspection des chantiers de construction et de rénovation. Les procédures appliquées pour maîtriser les problèmes de développement étaient incomplètes et mal coordonnées. La coopération, la coordination, les initiatives communes d’acteurs locaux, par exemple dans le secteur touristique, faisaient défaut. La coopération entre les communes et les entreprises étaient quasi inexistante.

Le projet pilote du Karst, instrument à vocation globale, offrait une excellente occasion d’aider à réorganiser les structures institutionnelles de Slovénie en proposant des solutions législatives adaptées aux besoins particuliers du pays, en faisant évoluer les politiques et les procédures de gestion de projet ainsi qu’en apportant des conseils pour la rédaction et la révision des lois. Le projet visait à améliorer la coopération intersectorielle entre les ministères, à apporter de l’expérience et transmettre des connaissances aux autorités locales pour les aider à faire face à leurs nouvelles responsabilités, contribuant ainsi à renforcer les capacités des institutions locales et régionales, à mettre à l’essai de nouvelles méthodes visant à appliquer une approche intégrée et multidisciplinaire à l’aménagement du territoire en considérant le patrimoine culturel et naturel comme un atout qui doit être préservé dans une perspective de développement économique et social durable au niveau local, à contribuer à orienter les politiques en matière d’urbanisme et de développement grâce à l’élaboration d’un plan de développement local adopté par le gouvernement, et à promouvoir les partenariats et la coopération entre le secteur public et les acteurs privés ainsi que la participation et la consultation de la population dans le cadre de l’élaboration de projets. Le processus de régionalisation était un défi considérable pour les institutions slovènes. Une commission interministérielle a été chargée de définir une politique en faveur d’un développement régional intégré et de coordonner les politiques et les activités sectorielles des différents ministères en s’appuyant sur le Conseil des politiques structurelles et sur le Conseil du développement durable. Des comités de pilotage ont été établis au niveau local pour préparer la création d’un niveau administratif régional en vue de promouvoir une approche ascendante des politiques de développement. L’Unité de gestion de projet a introduit le concept d’agence régionale en tant qu’institution chargée de mettre en œuvre un développement territorial équilibré. Une vision du projet a été élaborée sur la base d’un consensus entre les acteurs locaux et les acteurs nationaux, porteurs d’intérêts différents. Un processus de développement ancré dans le contexte local a ainsi pu être engagé en coopération avec les entreprises locales, tandis qu’auparavant les programmes de développement régional relevaient de la seule compétence de l’administration centrale et ne portaient que sur les infrastructures.

Le projet pilote du Karst a servi de référence lors de la conception et du lancement du programme des Projets pilotes de développement (LDPP) en Europe du Sud-Est, en 2003.

Une évaluation post-ante a été réalisée par le Conseil de l’Europe.