Organisations non gouvernementales


La Conférence des OING du Conseil de l’Europe
CONF/PRES/SPEECH(2012)7

Intervention du Président de la Conférence des OING du Conseil de l'Europe, Jean-Marie Heydt, au Débat de la société civile sur la « Démocratie inclusive », Strasbourg, 7 octobre 2012 

Madame le Secrétaire général adjoint,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

La démocratie est souvent invoquée, souvent donnée en exemple, souvent critiquée, continuellement imparfaite… !

Et pour cause, elle se décline différemment selon les régions du monde… Elle a permis les meilleures évolutions pour les femmes et les hommes mais, en même temps, elle a aussi été déviée, elle a été pervertie de son sens positif, allant jusqu’à exclure des populations entières. Comment imaginer qu’une démocratie puisse exclure une partie de la population ? C’est quoi ces démocraties sans les femmes ? C’est quoi ces démocraties sans les jeunes ? Ces démocraties sans les vieux ? Ces démocraties sans les marginaux ?

Alors, nous avions imaginé, il y a déjà quelques années, de parler de démocratie participative. Une démocratie participative, incarnée par la société civile organisée, actrice centrale du vivre ensemble. Mais le constat est amer, notre ambition n’a pas été atteinte. La démocratie participative n’est pas arrivée à réduire la fracture entre les peuples et les dirigeants. Certes, nos sociétés européennes se sont développées différemment autour de cette valeur commune et fondamentale : la démocratie. A cette difficulté, s’ajoute la place qu’occupe la crise économique dans de très nombreux pays du monde, et le fossé s’est encore creusé.

Dès lors, un changement de paradigme s’impose et ceci de façon urgente.

C’est pourquoi, il nous faut considérer désormais que nous devons adjoindre systématiquement l’adjectif « inclusif » au mot « démocratie ».

Que voulons-nous dire dès lors que nous parlons de démocratie inclusive ? Pour nous, la démocratie inclusive exprime clairement le principe que personne ne doit plus rester en dehors des processus démocratiques. Cette perspective nous oblige à revoir nos schémas de pensées et nos processus d’élaboration pour concevoir et construire une démocratie inclusive où tout individu, y compris les plus vulnérables, soit « pris en compte », mais dans un compte qui lui soit « accessible » !

Car, il n’y a pas que la crise économique et financière qui a des conséquences douloureuses sur les populations vulnérables : nous savons à quel point une personne vulnérable le demeure durablement en raison de causes multiples : liée à son origine, liée aux discriminations, à l’atavisme…

A cela s’ajoute une autre crise actuelle et durable qui impacte la cohésion sociale et donc la possible démocratie : c’est la remise en cause des valeurs universelles d’égalité que nous défendons au Conseil de l’Europe. Je pense notamment à l’égalité des Femmes par rapport aux Hommes (et à ce sujet, je ne développerai pas à quel point les femmes sont les cibles permanentes de tous les intégrismes de toutes natures …) ; je pense aussi aux droits à la formation et à une éducation de qualité pour tous qui englobe aussi la compréhension du mode de vie de chacun, à une éducation à la citoyenneté qui intègre les notions de responsabilité, de solidarité, de respect de la dignité de l’autre et plus généralement de l’intégralité des Droits de l’Homme et des Droits sociaux. Et nous savons également, et nous sommes convaincus, que le fait de renforcer réellement les droits sociaux est une véritable voie qui ouvre aussi des possibilités pour sortir de cette crise économique. Il conviendrait d’ailleurs de rappeler, une fois de plus, qu’être un Etat membre du Conseil de l’Europe implique des responsabilités et des obligations de respect de ces valeurs.

Comme vous vous en apercevez, le débat n’est de loin pas encore abouti et nous allons tenter de le faire avancer aujourd’hui.

Ce débat, sur les droits de l’homme et la démocratie inclusive, précède deux ateliers d’échanges qui vont nous permettre justement d’aborder la notion d’inclusion démocratique, l’un avec le « prisme » des médias: construire une démocratie au travers des médias ; l’autre avec le « prisme » de la femme: construire une démocratie avec les femmes.

C’est pour nous une façon concrète d’apporter, au Forum mondial de la démocratie, une haute valeur ajoutée aux décideurs politiques.

L’Europe, porteuse de nombreuses valeurs, a le devoir de parfaire la mise en œuvre d’une démocratie inclusive car sans cela, la démocratie deviendra exsangue et n’aura plus, en soi, d’avenir.

Je vous remercie pour votre attention.