17 OCTOBRE JOURNEE MONDIALE DU REFUS DE LA MISERE
INTERVENTION A L’AMBASSADE DE FRANCE A MOSCOU
Jeudi 17 OCTOBRE 2013

Maritchu RALL, A.I.C.
Membre du Bureau
de la Conférence des OING du Conseil de l’Europe
Rapporteur de la Commission des Droits de l’Homme

Mesdames et Messieurs,
Monsieur l’Ambassadeur,

Je suis particulièrement honorée d’intervenir devant vous, à Moscou, en cette Journée du 17 octobre « Journée mondiale du refus de la misère ». Je représente la Conférence des OING du Conseil de l’Europe, qui siège à Strasbourg et compte 360 membres. J’en suis le Rapporteur ainsi que de la Commission des Droits de l’Homme.

Je remercie bien chaleureusement Antonia DASKHINA, Vice-présidente de la Conférence qui a mis toute son énergie et ses compétences pour que cette rencontre d’aujourd’hui puisse avoir lieu.

Brièvement,
Je représente l’Association Internationale des Charités, (AIC) qui à son siège à Bruxelles et rassemble près de 200 000 femmes dans 53 pays pour mobiliser les énergies et développer la coresponsabilité sociale autour d’un projet novateur, ancré dans la réalité locale, associant les démunis et les exclus à leur propre réinsertion sociale. En effet les femmes sont à la fois, plus exposées au risque d’exclusion et de pauvreté du fait du développement des familles monoparentales ou de personnes seules ou isolées. Son projet fondamental est de lutter contre toute forme de pauvreté et d’injustice sociale par des actions privilégiant la solidarité et la proximité de terrain et d’être une force transformatrice en agissant sur les structures politiques et sociales.

Nous avons à cœur de recréer un tissu social en mettant l’accent sur la participation et la responsabilisation. Notre devise est « Contre les pauvretés et leurs causes, agir ensemble » avec trois lignes opérationnelles :

Tout à l’heure, j’évoquerai, dans le cadre de nos échanges, les actions concrètes menées par l’AIC.

Mon intervention portera sur trois points :

I. la Journée du 17 octobre, Journée mondiale du refus de la misère

Lorsqu’en 1982 plus de 300 000 signatures sont remises au Secrétaire Général de l’ONU, le Père Joseph Wrésinski demandait aux Nations Unies de considérer que l’extrême pauvreté est une grave violation des droits de l’Homme. Plus tard, il ajoutait : « La précarité est l’absence d’une ou plusieurs des sécurités notamment celle de l’emploi, permettant aux personnes et aux familles d’assumer leurs obligations professionnelles, familiales et sociales et de jouir de leurs droits fondamentaux ». Il avait réussi à mobiliser les responsables politiques, associatifs, économiques ainsi que les institutions internationales. Son vibrant appel aboutit le 17 octobre 1987, il y a déjà 26 ans, à une déclaration qui nous interpelle tous :

« Là où des hommes, sont condamnés à vivre dans la misère,
les droits de l’Homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré. »

Son appel fait prendre conscience sur le plan universel que pour sortir de la pauvreté et de l’exclusion, il faut faire valoir et respecter les droits des plus pauvres.

Cette année, la Journée du 17 octobre a pour thème :

«  Ensemble vers un monde sans discrimination ».

Un changement très important est celui d’apprendre de l’expérience de vie et des connaissances personnes vivant dans l’extrême pauvreté. Pourtant, aujourd’hui, leur contribution est trop souvent niée, considérée comme négative, ignorée et pas prise en compte. Ceci représente une discrimination flagrante, un déni de la dignité et des droits des personnes vivant dans la pauvreté.

Il est important de s’assurer que les politiques et les programme de développement soient conçus et réalisés avec l’intelligence et l’expérience de tous, en particulier des personnes les plus vulnérables.

Sans leur participation active, nous ne pourrons créer un monde libéré de la pauvreté et de la faim et agir en solidarité contre l’injustice sociale.

Le vote en 2012 par l’ONU des Principes Directeurs sur l’extrême pauvreté reconnus en matière de droits de l’Homme, renforce la pertinence de l’intervention du Conseil de l’Europe et des ONG dans le cadre de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme, la Convention Européenne des droits de l’Homme et la Convention Internationale des droits de l’Enfant.

J’en arrive au point 2 :

II. Le suivi des Principes Directeurs sur l’extrême pauvreté et les droits de l’Homme

L’objectif de ces Principes Directeurs vise à fournir des orientations pratiques sur la façon de concrétiser les obligations qui incombent aux Etats de respecter, protéger, et réaliser effectivement les droits des personnes vivant dans l’extrême pauvreté.

Ils sont conçus comme un outil d’abord, puis comme un guide sur la manière de respecter, de procéder et de mettre en œuvre les droits des personnes des plus fragiles

Les Principes Directeurs sur l’extrême pauvreté et les droits de l’Homme définissent ainsi quatre grandes responsabilités pour les Etats, c’est-à-dire

En reconnaissant les plus vulnérables (les handicapés, les femmes,…) comme titulaires de droits et agents de changement, comment agir concrètement pour le suivi de ces Principes directeurs, en faisant participer les autorités et institutions nationales ? Quelques pistes

Il s’agit de se mobiliser en faveur de ces personnes fragiles sachant qu’elles doivent faire face à d’énormes difficultés et handicaps sur les plans économique, culturel, social et des déplacements, lorsqu’elles essayent d’accéder à leurs droits.

Un mot sur le recensement des pauvres et sur l’identification des personnes vulnérables  et fragiles : avec près de 16 % d’européens au-dessous du seuil de pauvreté, ce sont plus de 50 millions de personnes en situation de vulnérabilité par rapport au logement, l’emploi, la santé ou la nutrition.

En conclusion de cette première partie, Je souhaite vous faire de deux témoignages :

J’aborde maintenant le point 3

III. La position de la Conférence des ONG dans le cadre du suivi des directives du Conseil de l’Europe en matière de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale

Dans le cadre des différents travaux menés par la Conférence des ONG, à partir des réflexions et des actions du Groupe de travail « Extrême pauvreté et droits de l’Homme », nous avons organisé, ces dernières années, diverses manifestations lors de la Journée mondiale du refus de la misère :

Il a été rappelé, à cette occasion, que la Conférence des OING a mené un programme triennal en Russie sur la Charte Sociale Européenne.

Des ONG russes ont participé à la table ronde ainsi que Mme Eléna VOKACH-BOLDYVERA, représentante russe au Comité Gouvernemental de la Charte Sociale Européenne.

Elle est intervenue sur l’importance des problèmes sociaux, avec des inégalités aggravant les tensions sociales, et en soulignant l’importance d’assurer aux catégories vulnérables l’accès aux droits sociaux. Face à la crise, elle a précisé que les dépenses d’Etat ont diminuées alors que les crédits pour la protection sociale ont connu une sensible augmentation. Enfin, Mme VOKACH-BOLDYVERA a assuré que les droits sociaux en Russie sont une partie très importante des Droits de l’homme, ils ont été protégés et même renforcés.

Vous savez que la Charte Sociale Européenne révisée de 1996 a été le premier traité international à reconnaître explicitement le droit à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. C’est le traité paneuropéen des droits sociaux par excellence et son respect effectif doit guider tous les acteurs et décideurs. La Russie l’a ratifiée en 2009 dans le contexte de la crise. En d’autres termes, la crise ne doit pas devenir un prétexte pour réduire la portée de la Charte Sociale.

Il est essentiel aussi de préciser que les articles 30 et 31 de la Charte Sociale Européenne concernent : le droit à la protection contre la pauvreté et l’exclusion sociale et le droit au logement.

Aujourd’hui, au moment où je vous parle, se tient à Strasbourg un atelier sur le suivi de la Déclaration dont je viens d’évoquer les grandes lignes. Il porte sur les violations des Droits de l’Homme vécues au quotidien et les efforts pour vaincre la misère. Un débat suivra sur le thème :
Quelles actions mener pour avancer vers l’éradication de la grande pauvreté ?
Comment les acteurs nationaux et internationaux publics et privés peuvent-ils engager une réelle coopération ?

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En conclusion, je voudrais vous faire part de l’engagement des ONG qui apportent leur expertise reconnue et leur coresponsabilité dans la lutte contre l’extrême pauvreté.

Nos actions sont validées et reprises en particulier dans les comités directeurs dans lesquels nous intervenons.

Notre engagement quotidien et solidaire permet une véritable culture de la fraternité et de la solidarité avec les plus démunis.

A chaque moment nous avons à cœur de faire s’exprimer les pauvres, de les écouter, de les inciter à participer, leur témoignage étant toujours digne et respectueux. Les personnes en situation de grande pauvreté ont en effet des trésors d’ingéniosité qu’il faut valoriser. Les premiers experts ce sont eux !

Puissions-nous, Chers Amis, écrire le beau nom d’espérance en tête de nos travaux et de nos actions,

Nous les ONG du Conseil de l’Europe qui respectons la voix des silencieux et des invisibles,

Soyons imaginatifs et novateurs, pour que les plus fragiles, puissent demain, profiter de leurs droits légitimes.

Je vous remercie de votre écoute bienveillante.