Organisations non gouvernementales

De la participation à l’influence: la jeunesse peut-elle redynamiser la démocratie ?

Strasbourg, 3-5 novembre 2014

25/03/2014

Objectif
La démocratie se vit et se construit dans les institutions politiques de la société, mais aussi dans les multiples espaces où des citoyens se regroupent : éducation formelle et informelle, milieu professionnel, sport, culture, société civile et, de plus en plus, médias sociaux en ligne. La démocratie nécessite des bases fermes et solides mais doit être transmise et renouvelée de génération en génération.

Aujourd’hui, nous observons parmi les jeunes une abstention croissante pour la participation électorale et pour les partis politiques, une méfiance des médias traditionnels, et parfois un rejet violent des représentations traditionnelles du pouvoir politique. Dans les démocraties en transition, les jeunes sont en première ligne des mouvements de rejet populaires de la corruption et de la fraude électorale, mais sont en revanche marginalisés dans le processus de consolidation démocratique. En temps de crise économique, les jeunes sont de plus en plus confrontés à leur mise à l’écart des « espaces quotidiens ». Comment augmenter la participation démocratique des jeunes grâce au marché du travail si les possibilités d’emploi diminuent ? L’éducation est-elle un véritable garant de prospérité et de sécurité, et est-elle un bon vecteur d’inclusion alors que les générations hautement qualifiées ont dorénavant moins de garanties d’avoir accès au marché du travail, au point que certains vont jusqu’à parler de « génération perdue » ?

Il y a une disparité entre les aspirations des jeunes d’une part, et les formes d’engagement et leur influence limitée d’autre part. Il y a aussi une disparité entre les idéaux des jeunes – tels que la justice sociale et l’égalité – et les priorités des prises de décisions démocratiques. Il y a un décalage entre le désir des jeunes d’influence à long terme pour construire leur avenir et la pression de se concentrer sur les obligations à court terme.

Néanmoins, le potentiel de l’influence et de la participation des jeunes en démocratie existe. De nombreux jeunes sont engagés aux niveaux communautaire ou local et expriment leurs idéaux et engagements civiques. Les jeunes disposent aujourd’hui de multiples possibilités de participation formelle : élection de représentants d’élèves, conseils locaux de jeunesse, parlements de jeunes, sections jeunesse des partis politiques, etc., mais leur impact est relativement faible. Il est essentiel d’augmenter l’engagement démocratique des jeunes, pas seulement en terme de participation (quantité) mais aussi en terme d’influence (qualité). Il serait important de repérer les cas où ces structures ne sont pas une façade, mais de véritables vecteurs de participation démocratique, et d’examiner les conditions de leur réussite. De nouveaux moyens de socialisation et d’organisation qui émergent et sont expérimentés par les jeunes via les médias en ligne et les réseaux sociaux, pourraient défier les modèles établis de gouvernance démocratique. De plus, il y a des personnalités politiques fortement engagées dans les structures existantes de démocratie représentative qui tentent d’améliorer le système « de l’intérieur ».

Toutes ses perspectives devraient être explorées pour que les sociétés mobilisent le potentiel des jeunes comme acteurs d’un changement positif.

Le Forum mondial de la démocratie de Strasbourg 2014 engagera, avec des jeunes, des décideurs et des faiseurs d’opinion, une réflexion sur ces schémas d’exclusion et de participation, et examinera de nouvelles façons de mobiliser les jeunes pour repenser les espaces démocratiques d’aujourd’hui.

Démarche

Le Forum mondial de la démocratie est un rassemblement annuel organisé à Strasbourg, au cours duquel des leaders, des faiseurs d’opinion, des militants de la société civile et des représentants des entreprises, des milieux universitaires, des médias et des groupements professionnels sont invités à échanger leurs points de vue sur des questions essentielles ayant trait à la démocratie dans le monde. Les éclairages apportés lors des diverses réunions organisées pendant le Forum servent de base aux activités du Conseil de l’Europe et de ses nombreux partenaires dans le domaine de la démocratie et de la gouvernance démocratique.

Les jeunes1 sont aussi différents que la population en général en terme d’orientation politique, d’identité, d’origines socio-économiques – la diversité qui représente autant de défis en terme de vivre ensemble, solidarité et inclusion que dans le monde des adultes. Ce qui relie les jeunes c’est leur stade dans le cycle de la vie qui détermine une certaine différence dans les priorités qui sont souvent sous-estimées dans l’arène politique.

Les attitudes des jeunes face à la démocratie et leurs possibilités de participation et d’influence varient à travers le monde en fonction du degré de maturité ou de « qualité de la démocratie ». Des mouvements de jeunes, par exemple, jouent un rôle différent dans des démocraties fragiles ou naissantes que dans des démocraties établies et institutionnellement matures.

Des études montrent que les jeunes ne se désintéressent pas des questions politiques ni de la participation, mais ils ne sont pas satisfaits de la manière dont est conduite la vie politique et ils considèrent que leurs représentants au parlement, dans les associations d’étudiants, dans les conseils des jeunes et organisations nationales des jeunes ne sont pas assez représentatifs de la jeunesse dans leur diversité. Des organisations communautaires de jeunes réussissent davantage à motiver les jeunes,  mais ont des moyens limités et moins d’accès au pouvoir et à la prise de décision. Les jeunes ne sont pas désengagés, mais ont le sentiment que « l’offre » politique ne correspond pas à leurs besoins, idées et idéal de la politique démocratique.

L’écart entre les jeunes et les institutions démocratiques est une source d’inquiétude. L’exclusion de facto des jeunes (ou leur auto-exclusion) des instances dirigeantes des partis politiques et de la participation aux élections non seulement fausse les arbitrages politiques et la répartition des ressources intergénérationnelles, mais elle conforte aussi une tendance, celle d’un déficit démocratique toujours plus grand et d’une perte de légitimité des institutions démocratiques. L’engagement civique au travers du volontariat, des associations locales et des entreprises sociales accroît la participation des jeunes alors que l’exclusion sociale et économique mine l’engagement politique.

Les théoriciens de la « fin du pouvoir » font valoir que dans notre monde globalisé, connecté, instantané et externalisé, les institutions officielles perdent sans cesse de leur pouvoir dans tous les domaines. Pourtant, il n’existe pas encore de nouveaux modes d’organisation institutionnelle susceptibles d’incarner un « pouvoir du peuple » liquide et réparti, qui soit en phase avec la manière dont les jeunes apprennent, communiquent et façonnent l’ère de l’internet. Aujourd’hui, les sociétés et les démocraties doivent disposer d’un internet libre, ouvert et accessible à tous. Malgré cet impératif, certains Etats multiplient les tentatives de limitation de la liberté sur internet. Il importe donc de veiller à ce que les jeunes puissent exprimer leurs points de vue sur les décisions qui ont trait au réseau, car elles ont une incidence sur la démocratie et sur leur avenir.

Les jeunes attachent une attention particulière à des questions qui touchent le long terme et les orientations stratégiques de leurs sociétés, parmi lesquelles l’environnement durable, la justice sociale, la corruption et l’égalité des chances. Ils n’ont cependant que peu d’influence sur ces choix stratégiques. De plus, les jeunes qui sont exclus du monde du travail et de l’éducation tendent également à être marginalisés politiquement et socialement. Alors que l’exclusion ne mène pas forcément à un conflit violent, l’issue de jeunes vivant dans un « univers parallèle » en termes de talent, potentiel et opportunités gâchés est significative. La difficulté est de faire la synthèse d’une multitude de questions spécifiques, faute de quoi, les contestations des jeunes risquent de ne jamais se concrétiser en actions constructives pour le changement.

Il est primordial d’associer les jeunes à la recherche de nouveaux modèles et de nouvelles relations entre les structures de gouvernance et la société. Le Forum étudiera les initiatives et structures qui s’attaquent avec succès aux causes de l’exclusion des jeunes et qui créent les conditions nécessaires d’une véritable influence des jeunes. Le Conseil de l’Europe dispose d’un secteur jeunesse très solide, soutenu par un large réseau et de nombreux partenaires dans le monde entier. Les Ecoles d’études politiques du Conseil de l’Europe, qui constituent le plus grand groupe de participants et comptent de jeunes élites et de jeunes responsables politiques de différents pays, peuvent aussi contribuer utilement aux débats. L’implication de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe dans le Forum assurera un dialogue entre la classe politique européenne et ces jeunes acteurs.

Participants
Le Forum réunira des parlementaires, des représentants des pouvoirs publics, des partis politiques, des décideurs et des faiseurs d’opinion du monde de l’entreprise, de la société civile, des médias et des milieux universitaires, ainsi que des représentants d’organisations de jeunesse et des personnes qui militent au sein de mouvements démocratiques.

Les membres des Ecoles d’études politiques du Conseil de l’Europe, parmi lesquels de futurs dirigeants d’Etats membres plus récemment intégrés à l’Organisation et de pays voisins, prendront une part active au Forum. La Conférence des OING, l’Assemblée parlementaire et le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux seront étroitement associés, ainsi que d’autres structures de l’Organisation en fonction des besoins. Le secteur jeunesse du Conseil de l’Europe jouera un rôle important dans la préparation de l’événement. Le Forum devrait réunir jusqu’à 1 400 participants.
Format

Le Forum consistera de sessions plénières pour les allocutions de haut niveau, de discours liminaires et les discussions/synthèses communes, ainsi que d’un ensemble de séances de travail à effectif réduit (laboratoires), au cours desquelles des questions spécifiques seront examinées.

Un appel ouvert sera lancé pour trouver des actions réussies pour la citoyenneté et la participation des jeunes et de nouvelles solutions de gouvernance au problème d’inclusion démocratique des jeunes. Les idées seront brièvement présentées en sessions plénières et développées et débattues au cours des laboratoires (lab). Des « arbres d’idées » seront affichés à l’extérieur des salles de réunion, où les participants indiqueront, par une feuille rouge ou verte, si l’idée les a convaincus ou non. Ces arbres représenteront à la fois une installation artistique collective et une illustration visuelle des idées les plus attrayantes. Des dessinateurs illustreront les séances de travail en direct.

Un espace libre sera aussi prévu pour permettre des échanges de vues spontanés et l’émergence d’idées novatrices et de nouvelles alliances.

Le Forum se terminera par une session à « micro ouvert » afin que les participants puissent présenter ce qu’ils ont appris ou présenter les initiatives qu’ils envisagent de développer dans leur pays.

Langues de travail

Une interprétation anglais-français sera prévue. D’autres langues s’y ajouteront en fonction des besoins.

Visibilité et participation du public

Pour garantir une large participation et atteindre le maximum de personnes, les sessions plénières du Forum seront retransmises en direct sur internet (et mises en ligne ultérieurement), un fil Twitter sera affiché en direct et une page Facebook active sera tenue à jour. En fonction des ressources disponibles, certaines séances à effectif restreint seront aussi enregistrées en vue de leur diffusion sur internet.

Un certain nombre de journalistes et d’étudiants journalistes seront invités à couvrir le Forum. La possibilité de partenariats avec de grands médias du monde entier sera envisagée.

Résultats et suites données

Le Forum sera une occasion d’échanges de vues et de travail en réseau pleinement pertinents. En outre, il permettra de mieux faire connaître de nouvelles idées sur les changements de démocratie et de gouvernance, et ouvrira la voie à de futurs travaux du Conseil de l’Europe et d’autres organisations dans les domaines de la jeunesse et de la démocratie.

Partenaires potentiels

Outre le Conseil de l’Europe, y compris l’Assemblée parlementaire, et les principaux partenaires du Forum — gouvernement français, Région Alsace et Ville de Strasbourg —, d’autres organisations/plates-formes seront invitées à apporter leur contribution, leurs conseils et leurs propositions concernant les orateurs et les participants et, éventuellement, à participer financièrement à l’événement. En particulier, un partenariat à long terme est envisagé avec le Parlement européen dans le cadre du Forum mondial de la Démocratie.
Des militants actifs au sein de mouvements de jeunesse et de protestation du monde entier seront invités à participer, ainsi que des dirigeants de mouvements de jeunesse, de jeunes membres de partis politiques, des dirigeants de partis, des élus, de jeunes dirigeants d’entreprise, des professionnels des médias, etc.

Processus préparatoire

Un groupe préparatoire constitué du secrétariat du Forum du Conseil de l’Europe et des principaux partenaires ainsi que de l’APCE, du Comité des Ministres, du Congrès et de la Conférence des OING se réunira à intervalles réguliers pour suivre le contenu global et les activités d’organisation préparatoires.

Un groupe de travail interne du Conseil de l’Europe réunissant la DGI, la DGII, le Cabinet, la DCP, la Planification politique, le SecCM, l’APCE, le Congrès, la présidente du GR-DEM et la DC examinera la participation du personnel et l’intégration des activités/résultats en cours du Conseil de l’Europe dans le Forum, ainsi que les suites à donner.

Il sera fait périodiquement rapport sur l’avancée des travaux au Secrétaire Général/Cabinet, au Bureau de l’APCE, au Senior Management Group et au GR-DEM.

1 En sociologie le terme « Jeunesse » se réfère à la période précédant l’accès à l’autonomie financière obtenue par un travail stable et le départ de la famille d’origine. Dans une perspective globale, la jeunesse est très hétérogène en ce qui concerne les origines socio-économiques et éducatives. L’âge limite officiel pour la jeunesse varie également. Les Nations Unis définissent les jeunes pour une « cohérence statistiques » comme la tranche d’âge entre 15 et 24 ans, le programme Jeunesse en Action de l’UE entre «13 et 30 » ; pour la Charte africaine de la jeunesse, « jeune » signifie « chaque individu entre 15 et 35 ans » ; la Fondation européenne de la Jeunesse utilise un âge limite similaire.