Organisations non gouvernementales

FORUM DES ONG
« Nouveaux défis multiculturels : quels rôles pour les ONG ? »
Istanbul, 24-25 mars 2011

Résumé préliminaire de l’Atelier 3

Vivre ensemble : l'inclusion sociale des jeunes issus de l'immigration

Déroulement de l'atelier du 24 mars 2011

L'atelier a été mené en trois phases : la phase analytique, avec des présentations portant sur la situation des jeunes Roms et sur l'approche de l'Alliance des Civilisations des Nations Unies ; la phase pratique, avec un débat sur les recommandations pour les bonnes actions des ONG en vue de promouvoir l'intégration sociale des jeunes issus de l'immigration ; enfin, un débat sur des considérations stratégiques de plus vaste portée pour l'action future des ONG dans ce domaine.

Recommandations et considérations en vue des bonnes pratiques des ONG pour la promotion de l'intégration sociale des jeunes issus de l'immigration

L'atelier a débattu d'un certain nombre de principes généraux pour les bonnes pratiques des ONG.

Il a été souligné que tous les projets devraient faire participer les jeunes concernés et être développés avec eux ; les ONG ne devraient pas recevoir de financement des pouvoirs publics si cette condition n'est pas remplie. « Laisser les jeunes raconter leurs histoires à leur façon ». De même, les ONG devraient être conscientes de la capacité des migrants de deuxième ou troisième génération à jouer le rôle de « passerelles » entre la société et les générations de leurs parents. Des projets devraient être développés de la base vers le sommet, et non pas du sommet vers le bas.

Le débat a ensuite essentiellement porté sur quatre sujets principaux :

    · Modifier le discours – c'est-à-dire exercer une influence sur l'image publique des migrants et de la migration
    · Exercer une influence sur les priorités politiques – c'est-à-dire exercer une influence sur les normes et les politiques
    · Construire des compétences – c'est-à-dire aider les jeunes à acquérir les compétences nécessaires à l'intégration
    · Aider les jeunes migrants dans le besoin

Modifier le discours

    · Faire passer un message positif
    · Fournir informations et connaissances (aux responsables politiques)
    · Mettre en avant la contribution des immigrants à la culture et l'économie, créer des modèles ayant réussi au niveau international
    · Cibler l'individu, et non pas un collectif abstrait
    · Adapter le message à l'auditoire
    · Utiliser des formes novatrices, en particulier les expressions artistiques, les médias sociaux créatifs en ligne ou le sens de l’’humour
    · Utiliser les médias pour amplifier le message

Exercer une influence sur les priorités politiques

    · Se servir des outils classiques de lobbying, comme les rencontres avec les parlementaires
    · Organiser des débats publics
    · Etablir des contacts avec les journalistes
    · Demander un soutien financier des pouvoirs publics pour les ONG qui représentent les jeunes issus de l'immigration ou qui travaillent avec eux

Construire des compétences

    · Visiter différents lieux de culte, pour familiariser les jeunes (et pas seulement ceux issus de l'immigration) avec la diversité culturelle dans la dimension religieuse
    · Créer un réseau d'ONG qui partage les expériences de chacune (plate-forme)

Aider les jeunes migrants dans le besoin

    · Aider les migrants clandestins à bénéficier des services sociaux de base, à établir des contacts avec les services municipaux, etc.

Pendant la deuxième partie de l'atelier, le 25 mars 2011, nous nous sommes intéressés aux trois thèmes suivants :

1. Quel est le soutien nécessaire et quelles sont les conditions à remplir pour que les ONG puissent atteindre les objectifs mentionnés dans le titre de l'atelier ?

    · Conditions durables/facilités à long terme
    · Formation de formateurs
    · Analyse et évaluation des outils existants, comme le Livre blanc
    · Base de données pour les stagiaires
    · Organisation de rencontres entre des personnes travaillant sur le terrain et des chercheurs

2. Pourquoi conserver l'étiquette d’immigrant ?

    · Aucune réponse concrète apportée par les participants à l'atelier

3. Faut-il des ONG spécialisées pour les jeunes issus de l'immigration ou non ?

    · Des ONG spécifiques pourraient constituer un environnement sûr et leur permettre d'acquérir des compétences générales et professionnelles.
    · Si ces ONG sont suffisamment mûres, elles peuvent ensuite être intégrées dans de grandes ONG.
    · Les communautés roms ne possèdent pas d'ONG fortes, elles ne sont pas organisées et sont donc vulnérables.
    · Il faut une formation spécifique afin de répondre aux conditions d'un réseau d'ONG pour les Roms.
    · Organisations de renforcement des capacités

    Ce que j'ai pu observer, en tant que rapporteur de ce forum, était que le groupe cible originaire d'Europe dont nous parlons n'était pas représenté ni dans l'atelier, ni dans le forum. De même, le nombre d'ONG de Turquie représentées n'était pas très élevé. Est-ce parce qu’elles ne sont pas bien organisées ou est-ce que les liens entre elles, leurs organisations et les organisateurs du forum sont trop faibles (Conseil de l'Europe et COJEP)?

    Une autre observation personnelle est que nous parlons des migrants comme s'il s'agissait d'un groupe homogène de personnes. Nous ne pouvons pas étiqueter des personnes comme immigrants s'ils sont de deuxième, troisième ou quatrième génération et qu’ils sont des citoyens du pays dans lequel ils vivent.

    Nous savons tous que le débat public en Europe concernant les immigrés porte essentiellement sur les personnes originaires de Turquie ou du Maroc - souvent simplement regroupées sous l’étiquette de musulmans. Ces groupes sont un thème majeur des priorités politiques d'Europe occidentale depuis de nombreuses années maintenant. Pour l'Europe du Sud, ces questions concernent essentiellement les immigrés originaires du Maghreb. Je pense qu'il est temps de laisser derrière nous cette idée fixe et unique, comme s'il s'agissait d'un seul groupe de personnes qui nécessitent une seule approche et un ensemble unique de solutions. D'un certain point de vue, je comprends que nous cherchions à définir un type de solutions qui pourraient être utilisées à la fois en Europe occidentale et dans la région méditerranéenne. Mais cette approche unique ne fait que stigmatiser ces groupes. L'égalité est un principe fondamental de la citoyenneté européenne ; pourtant, dans la plupart des pays, le débat public tend à mettre en avant le droit de la majorité et les devoirs des minorités.

    Je plaiderai en revanche en faveur d'un point de vue différent sur la diversité culturelle et la cohésion sociale. L'accent a été fortement mis, dans l'atelier et dans le forum dans son ensemble, sur la diversité ethnique et religieuse. Il y a quelques années, Kevin Robins et d'autres ont écrit pour le Conseil de l'Europe à propos de la diversité (The Challenge of Transcultural Diversities). Leur point de vue sur la diversité allait bien au-delà de ce que nous avons exploré et discuté ici. Selon moi, dans notre discussion, l'accent était trop souvent mis sur une idée de société divisée en une majorité et une minorité.

    J'aimerais plutôt défendre la citoyenneté cosmopolite comme point de départ - simplement parce que la diversité doit être reconnue comme faisant partie de toutes les couches de la société, et pas seulement des individus et communautés que l’on distingue sur la base de l'origine ethnique ou de la religion.

    Je pense qu'un tel point de vue serait fort utile pour approfondir la discussion sur les ONG : une grande partie des personnes dont nous avons parlé se considèrent elles-mêmes comme les citoyens cosmopolites d’une ville européenne, et non pas comme des membres d'un groupe minoritaire.

    Rapporteur
    Nurnaz DENIZ (Urban Cosmopolitans Foundation)