Commission européenne contre le racisme et l'intolérance (ECRI)

TOUS DIFFERENTS, TOUS EGAUX:
L’ECRI
10 ans de lutte contre le racisme

Palais de l’Europe, salle 1
Strasbourg, jeudi 18 mars 2004

BRIEFING N° 1
Notion de racisme dans l’Europe d’aujourd’hui

Le racisme peut être comparé à un virus qui serait perpétuellement en mutation au gré des changements de l’environnement et qui, en même temps, prendrait des formes plus complexes et utiliserait des moyens plus élaborés pour résister aux traitements. Il est donc essentiel que nous essayions d’avoir un aperçu de l’état actuel de son évolution si nous voulons mettre au point un traitement aussi efficace que possible.

Dans l’Europe d’aujourd’hui, le racisme n’est guère lié, ou alors seulement de manière marginale, à des opinions en faveur de théories biologiques sur la supériorité et l’infériorité des « races ». Au cours des dernières décennies, nous avons assisté à une évolution progressive qui est passée d’un racisme fondé sur l’attribution de différentes valeurs aux différentes « races », à un racisme basé sur des différences culturelles et sur la prétendue préférence naturelle des êtres humains pour leur propre groupe culturel. D’après cette notion du racisme, les cultures ne sont pas nécessairement supérieures les unes aux autres ; elles constituent des entités prédéfinies, considérées pour une bonne part comme homogènes, immuables et, surtout, incompatibles entre elles.

Il serait impossible d’appréhender dans quelle mesure l’Europe actuelle est encore et toujours frappée par le racisme sans mettre en évidence cette transition, qui est maintenant presque totalement accomplie. La lutte contre les organisations ou individus qui diffusent des théories biologiques de supériorité et d’infériorité raciales et qui manifestent leurs idées est encore primordiale dans le combat mené aujourd’hui contre le racisme ; elle doit donc être renforcée. Cependant, l’Europe doit se rendre compte que le racisme contemporain n’est pas le domaine exclusif de ces individus et organisations ; le racisme d’aujourd’hui est un phénomène qui, notamment au moyen de la nouvelle notion de racisme culturel, s’est infiltré dans de nombreux secteurs de nos sociétés.

D’une manière générale, les normes nationales et internationales contre le racisme et la discrimination raciale protègent les personnes contre des attitudes hostiles fondées sur des critères tels que la « race », la couleur et l’origine nationale ou ethnique. Toutefois, dans le but de répondre du mieux possible aux manifestations contemporaines du racisme, l’ECRI a élargi ces critères pour ajouter la nationalité (au sens de la citoyenneté d’un pays), la langue et la religion. De cette façon, tout en reconnaissant le rôle encore joué par les caractéristiques physiques et les préjugés biologiques dans le racisme contemporain, l’ECRI tente d’inclure la dimension culturelle plus grande de ce phénomène.

De l’avis de l’ECRI, si les notions de racisme et de discrimination raciale se limitaient uniquement à des attitudes fondées sur des critères de « race » et d’origine nationale ou ethnique, elles ne parviendraient pas à susciter les importantes manifestations de racisme et de discrimination raciale qui ont lieu en grand nombre dans les sociétés européennes actuelles. De plus, d’après son analyse approfondie de la situation dans tous les Etats membres du Conseil de l’Europe, l’ECRI considère que de nos jours les attitudes de racisme et de discrimination raciale sont dans de nombreux cas fondées sur divers critères, qui comprennent souvent la nationalité, la langue et la religion. Par conséquent, dans la réalité quotidienne de la situation, il est impossible de considérer ces critères isolément.