Alain Berset, le Secrétaire Général du Conseil de l’Europe, qui compte 46 États membres, s’est rendu au Forum de Dubrovnik les 26 et 27 juin pour rencontrer des dirigeants politiques croates et des partenaires internationaux, afin de souligner l’importance de la sécurité démocratique, de la coopération multilatérale et des valeurs européennes communes pour répondre aux défis géopolitiques d’aujourd’hui.
Dans le cadre de cette visite, il s’est entretenu avec le Premier ministre croate, Andrej Plenković, le ministre des Affaires étrangères et européennes, Gordan Grlić Radman, le président du Parlement croate, Gordan Jandroković, et d’autres personnalités de haut niveau. Les discussions ont porté sur la résilience démocratique, le soutien à l’Ukraine, l’obligation de rendre des comptes pour l’agression russe, les Balkans occidentaux et l’avenir de la coopération européenne dans un monde de plus en plus multipolaire.
La sécurité démocratique dans un monde en constante évolution
Lors de sa participation à la table ronde des dirigeants intitulée « L’ère de la multipolarité : faire face aux nouvelles réalités », aux côtés du Premier ministre Andrej Plenković, du Vice-Premier ministre italien Antonio Tajani et du Secrétaire Général de l’OSCE Feridun H. Sinirlioğlu, le Secrétaire Général a souligné que l’Europe doit répondre à la fragmentation croissante en renforçant la démocratie, les droits humains et l’État de droit.
Pendant la table ronde, le Secrétaire Général a souligné que la force du Conseil de l’Europe réside dans l’espace juridique commun à ses 46 États membres. Fondé sur la Convention européenne des droits de l’homme et consolidé par plus d’un million d’arrêts rendus par la Cour européenne des droits de l’homme, ce cadre juridique commun garantit une égalité de traitement, qui favorise la stabilité, renforce la démocratie et permet à l’Europe de s’engager en toute confiance auprès de ses partenaires tout en restant ancrée dans des valeurs communes.
Lors de son entretien avec le ministre des Affaires étrangères de la Slovénie, Tone Kajzer, le Secrétaire Général a de nouveau souligné que ce socle juridique commun reste l’un des principaux atouts de l’Europe et a remercié la Slovénie pour son soutien indéfectible à la mission du Conseil de l’Europe. Il a souligné que l’avenir européen des Balkans occidentaux constitue une priorité centrale, qui est partagée avec la Slovénie, et a relevé que le soutien international croissant dont bénéficient les instruments juridiques du Conseil de l’Europe témoigne de leur pertinence au-delà du continent européen. La discussion a également porté sur la poursuite de la collaboration dans le cadre du Forum stratégique de Bled, s’agissant notamment du rôle du Conseil de l’Europe dans le renforcement du dialogue et de la stabilité dans l’ensemble des Balkans occidentaux.
Les participants ont réfléchi à la manière dont les institutions européennes et les États démocratiques peuvent faire face à la compétition géopolitique, à la manipulation de l’information menée depuis l’étranger, à la perte de confiance dans les institutions et à d’autres défis émergents en matière de sécurité, tout en préservant les valeurs qui sont le fondement d’une paix et d’une stabilité durables.
Poursuite du soutien à l’Ukraine et redevabilité
Tout au long du forum, le Secrétaire Général a souligné que la sécurité de l’Europe connaît une profonde transformation, dans un contexte marqué par une multipolarité croissante et l’érosion de l’ordre international, comme l’illustre notamment la guerre d’agression menée par la Russie contre l’Ukraine. Il a reconnu la nécessité de renforcer les efforts en matière de défense, mais a néanmoins souligné que le réarmement militaire ne suffit pas, à lui seul, à garantir une stabilité durable. En effet, la sécurité doit également reposer sur des institutions démocratiques résilientes, sur l’État de droit et sur des sociétés qui sont à l’abri de la désinformation, des cybermenaces et des ingérences étrangères. En ce sens, la « sécurité démocratique » a été présentée comme la première ligne de défense de l’Europe, venant compléter plutôt que remplacer les approches traditionnelles en matière de défense.
En s’appuyant sur l’exemple des Balkans occidentaux, il a souligné qu’une stabilité durable a été obtenue là où les cadres juridiques ont été intégrés dans les accords politiques et les systèmes nationaux, transformant ainsi les anciennes lignes de conflit en garanties juridiques communes. Il a toutefois appelé à un engagement renouvelé en faveur d’une paix durable, et notamment à la nécessité de mettre davantage l’accent sur la sécurité démocratique au niveau régional, afin de consolider les acquis et d’éviter tout recul dans un contexte géopolitique en mutation.
Alain Berset a également mis en avant le Nouveau Pacte Démocratique pour l’Europe du Conseil de l’Europe, qu’il a présenté comme un cadre permettant de renforcer la résilience démocratique sur l’ensemble du continent grâce à des institutions plus fortes, une participation civique accrue et un regain de confiance du public.
La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine a occupé une place prépondérante dans les débats tout au long du Forum. À cet égard, le Secrétaire Général a réaffirmé le soutien indéfectible du Conseil de l’Europe à l’Ukraine, soulignant le rôle de premier plan que joue l’Organisation en faisant progresser l’obligation de rendre des comptes, grâce au Registre des dommages pour l’Ukraine et, plus largement, aux mécanismes internationaux d’indemnisation et de redevabilité mis en place en coopération avec ses partenaires.
Contribution de la Croatie à la sécurité démocratique européenne
Les réunions avec les dirigeants croates ont permis de réfléchir à la contribution de la Croatie au renforcement de la sécurité démocratique en Europe, et notamment à la stabilité régionale dans les Balkans occidentaux, au soutien continu à l’Ukraine et à l’importance d’une coopération multilatérale efficace.
Alors que la Croatie célèbre cette année ses 30 ans d’adhésion au Conseil de l’Europe, le Secrétaire Général a salué l’attachement constant de ce pays à la promotion de la démocratie, des droits humains et de l’État de droit, tant au niveau national qu’international.
« Alors que la fragmentation et les tensions géopolitiques mettent à l’épreuve la cohésion de l’Europe, la Croatie apporte une contribution et une expérience uniques », a-t-il déclaré. « Membre estimé du Conseil de l’Europe, la Croatie, par son engagement en faveur de la coopération et du dialogue, renforce le rôle du Conseil de l’Europe en tant que force stabilisatrice, consolidant ainsi la sécurité démocratique sur l’ensemble de notre continent. »
Lors de son séjour à Dubrovnik, le Secrétaire Général a également présenté le programme global du Conseil de l’Europe destiné à renforcer la sécurité démocratique, en particulier la mise en œuvre du Nouveau Pacte Démocratique pour l’Europe, les efforts déployés pour lutter contre la manipulation de l’information et l’ingérence menées depuis l’étranger, les travaux relatifs à la Convention-cadre du Conseil de l’Europe sur l’intelligence artificielle, ainsi que les préparatifs en cours en vue de l’élaboration d’un traité international juridiquement contraignant sur l’intelligence artificielle et la démocratie.
À l’issue de sa visite, il a souligné que la réponse de l’Europe face à un contexte international de plus en plus incertain doit reposer sur la coopération et non sur la fragmentation.
« Dans un monde où les pôles de pouvoir se multiplient, l’Europe doit rester unie autour des principes qui garantissent la paix, la stabilité et la dignité humaine depuis des générations. La sécurité démocratique n’est pas une idée abstraite ; c’est notre responsabilité à tous. »
Secrétaire Général Alain Berset
La Croatie et le Conseil de l'Europe
Le Conseil de l'Europe et l'OSCE

