Le 15 octobre 2024, lors de sa 47ème session plénière, le Congrès a adopté à l’unanimité une résolution et une série de recommandations en faveur de l’économie circulaire. La présentation du rapport fut suivie par un débat apportant des exemples concrets de l’impact positif de l’économie circulaire sur l’environnement, mais aussi sur l’emploi et le climat social. Situés au plus près des besoins et des préoccupations des citoyens, les pouvoirs locaux et régionaux sont appelés à jouer un rôle clé dans le processus de transformation des pratiques et des mentalités de production et de consommation.
Réalisé par la Commission de la gouvernance, de l’engagement citoyen et de l’environnement au Congrès, le rapport sur l’urgence de la transformation de l’économie linéaire en économie circulaire prend en compte les dernières données (2023), très alarmantes, du GIEC concernant l’épuisement des ressources et la dégradation de l’environnement. La corapporteure Linda Gillham, Royaume-Uni (L, GILD), a souligné que c’est bien le modèle économique de production linéaire « extraire-fabriquer-jeter », et les pratiques de consommation s’y rattachant, qui est à l’origine du problème. D’où la nécessité de s’y attaquer avec plus de résolution que jamais. Non seulement pour atteindre l’objectif d’une économie durable, mais aussi pour plus d’équité sociale et environnementale qui permettrait un meilleur respect de droits humains. Mieux respirer, avoir une meilleure qualité de l’eau et de la nourriture, mieux vivre ensemble, voilà les objectifs qui devraient convaincre les citoyens à adopter des pratiques de consommation éco-responsables. D’après le corapporteur Kristoffer Tamsons, Suède (R, PPE/CCE), le recyclage des déchets, la réutilisation des matériaux, mais aussi des produits technologiques dont la fabrication nécessite l’extraction de métaux précieux, tels nos téléphones portables, pourrait non seulement avoir un impact sur l’environnement et résoudre le problème de l’épuisement des ressources, mais également réduire les pratiques d’exploitation des enfants et d’une main d’œuvre bon marché. En effet, le modèle de l’économie circulaire fait appel aux producteurs et aux entrepreneurs locaux en Europe privilégiant des circuits courts de production-consommation. Voilà pourquoi il repose également sur l’engagement des pouvoirs locaux et régionaux sur le terrain, main dans la main avec les entreprises, la société civile, les universités et les écoles.
Convaincre et encourager, voilà selon Kristoffer Tamsons, les clés du succès de la transformation attendue. « Il vaut mieux utiliser la stratégie de la carotte que celle du bâton », a-t-il insisté, en précisant que le rapport propose une véritable feuille de route aux pouvoirs locaux et régionaux qui pourraient aborder la question de l’implantation de l’économie circulaire en appliquant à la fois des mesures incitatives, que des stratégies éducatives, tout en se servant des outils d’évaluation qui y sont proposés. Les recommandations visant à faire intégrer les principes de l’économie circulaire dans les politiques des collectivités locales, mettent un accent sur la mise en place des partenariats public-privé pour adopter des pratiques de fabrication durables par le biais de changements dans la chaîne d’approvisionnement et de l’écoconception. En effet, la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine, une véritable plaie sur le plan humain, mais aussi écologique, tout comme les répercussions de la pandémie de COVID-19, ont mis en évidence des faiblesses importantes dans la chaîne d’approvisionnement à l’échelle mondiale, ce qui encourage l’Europe à privilégier des circuits économiques locaux, durables et résilients.
Le débat a relevé une série de défis auxquels les pouvoirs locaux et régionaux font face quand il s’agit de mettre en place des politiques favorisant l’économie circulaire, notamment le manque de ressources suffisantes accordées aux municipalités par les budgets nationaux. Voilà pourquoi, d’après Anthony Buchanan, Royaume-Uni (GILD), il serait judicieux d’appliquer systématiquement le principe du pollueur payeur qui aurait à la fois une efficacité dissuasive tout en finançant des projets d’économie circulaire. Plusieurs délégués ont partagé des exemples de bonnes pratiques dans leurs municipalités et régions en la matière : les politiques dans le domaine agro-alimentaire et de construction à Fribourg en Suisse où les universités forment des spécialistes dans l’utilisation des matériaux recyclés ; les projets de partenariats public-privé mis en place à Cheltenham au Royaume Uni ; la transformation de l’industrie chimique et du textile en Suède etc.
L’importance de la coordination des politiques au niveau local, régional, national et européen, voir mondial a été relevée, notamment quand il s’agit de réguler le marché où trop souvent les produits non durables sont moins chers et plus accessibles aux consommateurs, selon Gunes Pehlivan, Turquie, (SOC/V/DP). Dans ce contexte, Eke Fryslan Folkerts, Pays-Bas (PPE/CCE) a commenté que l’innovation doit être placée au cœur des politiques vertes pour arriver à trouver des solutions innovantes et moins couteuses. Enfin, toutes les politiques en la matière devraient converger pour offrir la possibilité d’un choix responsable et consentant aux citoyens – consommateurs qui représentent le moteur de la transformation du modèle économique et social. Les délégués jeunes de Roumanie et d’Albanie ont également pris part au débat en soulignant à quel point la jeune génération est prête à relever le défi, car ce type d'économie est déjà pleinement approuvé par les jeunes.
