La Conférence des OING du Conseil de l’Europe
CONF/PRES/SPEECH(2011)4

Discours d’ouverture du Président de la Conférence des OING du Conseil de l'Europe, Jean-Marie Heydt, à la session d’été de la Conférence des OING, Strasbourg, 20 juin 2011

Cher/es collègues, cher/es ami/es,

Notre session plénière de l’été 2011, ici dans la Maison de la démocratie, est placée sous plusieurs prismes qui changent notre vision du monde, ou tout le moins la perception que nous pouvons avoir de l’environnement dans lequel nous vivons. J’utilise le mot « prisme » dans le sens optique, c’est-à-dire celui qu’on utilise pour réfracter la lumière, pour la réfléchir ou pour la disperser.

Tout d’abord, depuis plusieurs mois, nous observons des soulèvements provoqués par les opinions publiques dans plusieurs pays sud méditerranéens ; une ambition démocratique, diront certains commentateurs politiques. Or, acteur de la société civile organisée que nous sommes, nous savons qu’il ne s’agit pas du seul et unique désir de démocratie, car ce serait ignorer la complexité de la situation vécue par ces peuples. Nous savons aussi qu’il n’est pas question seulement d’émeutes de la faim, car ce serait réduire ces mouvements à une simple révolution socio-économique.

Il s’agit de mouvements profonds d’un peuple qui hurle sa détresse, qui n’accepte plus l’autoritarisme, voire le despotisme, l’humiliation, le mépris, le dédain, l’insolence des dirigeants, ni les corruptions, avec leur cortège de brutalités et de violences, et bien sûr d’inégalités flagrantes génératrices d’écarts qui n’ont cessé de se creuser entre les pauvres et les classes dirigeantes. Ces peuples expriment « un besoin de reconnaissance sociale et d'estime publique », ces peuples exigent d’être entendus, d’être reconnus. Ils ont perdu patience, se sont regroupés car ils éprouvent ensemble le besoin urgent d’une autre vision de vivre en société. L’espérance a supplanté la peur de ces femmes et de ces hommes et leur a donné la force de se lancer, au péril de leur vie, dans une aventure commune pour dire, face au système : « ça suffit », et parfois même pour dire brutalement, à leurs dirigeants : « dégage »!

Cependant, il ne faudrait pas croire un instant que ce qui se passe sur le pourtour méditerranéen nous dédouane de regarder autour de nous, ici en Europe, où la démocratie, installée depuis un bon moment, est menacée par les conséquences de la crise économique. Dans notre vieille Europe aussi, dans un contexte de scandales financiers, de valeurs bafouées….les populations ont le sentiment de ne pas être entendues et le fossé entre dirigeants et population s’agrandit. La plupart de nos Etats ont peine à ne pas abandonner leur rôle de défenseur de nos valeurs et de régulateur social face à l’arrogance du pouvoir de l’argent et du scandale de la financiarisation de l’économie. L’Espagne, la Grèce, l’Italie, l’Allemagne, l’Angleterre, la France… et j’en passe, ont tous connu ces dernières semaines des regroupements d’indignation, parfois même sans que la presse internationale n’en fasse état. Certes, il s’agit plutôt de micromouvements, plutôt pacifiques, de femmes et d’hommes, exaspérés, mais déterminés.

Mais, s’est-on interrogé un instant sur les raisons pour lesquelles ces micros explosions restent encore cantonnées localement ? A-t-on évalué l’impact, en termes d’atténuation, que pouvait avoir la société civile organisée dès lors qu’elle joue un rôle fort d’amortisseur social ? Mesure-t-on à quel point, de par sa structuration en une multitude de réseaux et de groupes locaux, la société civile organisée parvient en Europe à réguler, voire à juguler les excès ; à quel point elle parvient encore à désamorcer les montées de rages et de désarrois ?

Et que l’on ne se trompe pas de raisons ou d’origine de la situation européenne : cela n’a rien à voir avec «  une contagion qui viendrait du monde arabe », ce serait trop facile de le lire ainsi…

Pour le moment, ces micromouvements regroupent des femmes et des hommes qui refusent la disparition de ce socle social et démocratique devant la puissance des forces économiques et financières. Ce sont certes des révoltes qui sommeillent, mais pour lesquelles un simple déclic peut subitement provoquer de puissants débordements.

Alors, après avoir évoqué le pourtour méditerranéen, après avoir souligné les risques de soulèvements des opinions publiques dans notre vieille Europe, j’en viens à la manière dont le Conseil de l’Europe fait face à la crise générale devenue une crise de société.

Le Conseil de l’Europe a déjà connu bien des contextes difficiles. Il a d’ailleurs été créé, comme un sursaut d’espérance, à un moment où les valeurs élémentaires de dignité humaine avaient été bafouées par les atrocités commises lors de la 2è guerre mondiale. Les pères fondateurs l’avaient conçu comme un outil pour aider les Etats - alors très affaiblis dans leur économie, marqués par des divisions profondes dans leur population - à établir ou rétablir sur leur territoire une démocratie respectueuse des valeurs d’humanisme.

Faut-il rappeler que la démocratie est le seul espoir de limiter les conflits de manière non violente ? En effet, le propre de la démocratie est d’accepter la confrontation entre les aspirations du peuple et l’offre politique des pouvoirs électoralement en place. C’est pour donner plus de force à la démocratie que le Conseil de l’Europe s’est rapidement doté d’un Organe permettant une bonne représentation à la fois des aspirations du peuple et des élus.
Le Conseil de l’Europe s’est, dès le début, doté d’une Cour des droits de l’homme pour s’assurer de la bonne application de la Convention du même nom et donner à chaque citoyen un moyen de recours personnel. Il s’est doté de règles concernant les droits économiques et sociaux indispensables à une bonne collaboration dans le domaine économique, culturel et social, pour cette société en reconstruction en proposant aux Etats d’adopter une Charte sociale européenne.

A présent , le Conseil de l’Europe est riche de cette sage construction qui s’est affinée avec le temps, avec de nombreux autres traités et une structuration de fonctionnement unique dans le monde, associant toutes les forces vives des 47 pays qui le composent : les représentants légiférant des voix des peuples, (l’Assemblée parlementaire), les représentants dirigeants gouvernementaux (le Comité des Ministres), les représentants dirigeants locaux de nos collectivités territoriales (le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux) et les représentants de la société civile organisée (la Conférence des OING).

Chaque élément de cette construction constitue la richesse intrinsèque du Conseil de l’Europe ainsi que sa capacité d’investissement , l’une comme l’autre lui ayant permis de se montrer très efficace lors des différentes étapes historiques depuis sa création, dont notamment l’élargissement aux pays issus de l’ancien « bloc de l’est ».

A présent, le Conseil de l’Europe est pris, comme toutes les instances européennes et comme tous les Etats membres, dans la tempête qui, de crise financière en crise économique, provoque une véritable crise sociétale. Face à ces bouleversements, le Conseil de l’Europe doit utiliser toutes ses richesses accumulées et investir le potentiel de toutes ses composantes pour continuer à défendre les valeurs sur lesquelles il a permis de construire l’Europe.

Cette mobilisation de tous a pris, sans doute sous la pression de la nécessité, la forme d’une réforme budgétaire, entraînant des modifications de fonctionnement dont nous souhaitons tous qu’elles ne mettront pas en péril l’essence même du Conseil de l’Europe.

Vous savez que nous prenons notre part à cette mobilisation tout en multipliant nos efforts pour élaborer les écrits et les déclarations pour tenter d’expliquer et de démontrer en quoi la Conférence des OING fait partie de cette richesse acquise du Conseil de l’Europe et peut augmenter sa capacité d’investissement.

La participation de la Conférence des OING constitue une richesse pour le Conseil de l’Europe et une plus-value pour chacun des Etats membres, car elle apporte, à la fois :

Nous savons que la garantie du respect de la démocratie et de l’Etat de droit, dans tout pays et dans toute organisation internationale, réside dans l’expression de la fonction d’évaluation, de la fonction de contestation et de la fonction de critiques exercées par la société civile par rapport à l’action des pouvoirs politiques. La Conférence des OING est le lieu où les associations issues de la société civile, grandes ou petites, actives dans les multiples domaines de la vie sociale, confrontent leurs expériences et s’en enrichissent réciproquement. C’est le fruit de cette confrontation qu’elles apportent sous la forme de recommandations au Comité des Ministres, de participation dans les travaux des autres piliers ou des comités directeurs. Toutes nos associations participent bénévolement à ce travail, ce qui est une garantie de leur engagement puisqu’elles financent elles-mêmes les frais de voyage et de séjour de leurs représentants. Que cela constitue par ailleurs une limite à l’échange est un fait certain, même si on peut considérer qu’à l’époque des media numériques d’autres modalités d’échange que les rencontres humaines sont possibles.

La Conférence des OING apporte encore une autre forme de richesse car, outre l’expérience valorisée par la confrontation, elle constitue un vivier d’expertise de ses membres pris individuellement dans les domaines les plus divers et dans les contextes géographiques et culturels les plus divers, or c’est précisément le respect de cette diversité qui est, dans la crise actuelle, le défi que la démocratie européenne doit relever.

Certes, me direz-vous, notre statut est un garant de qualité pour les autorités des pays, pour les décideurs politiques. Mais ceci n’est pas suffisant.

Pour exercer sa fonction, la Conférence des OING dispose d’outils déjà bien rôdés, outils qu’elle doit encore développer et améliorer, pour exemple :

Nous devons impérativement améliorer chacun de ces outils dont nous aurons de plus en plus besoin pour faire en sorte que la crise actuelle ne balaye pas les valeurs qui nous sont communes à tous et pour lesquelles nous allons continuer à nous investir plus que jamais.

En conclusion, c’est fort de tout ce que je viens d’exprimer que depuis des mois nous n’avons de répit à donner corps à notre propre réforme de la Conférence des OING. Nous avons conduit les démarches et modifications pour lesquelles vous nous avez mandatés pour la mise en œuvre de la Réforme. Ce travail du Bureau, de la Commission permanente et de chacun d’entre vous, souvent dans l’ombre et la discrétion mais avec efficacité, ce travail, nous l’avons réalisé.

Je ne vais pas le développer ici car vous avez tous été destinataires récemment, soit par mail soit en consultant le site, des différents écrits relatifs à la mise en œuvre de notre réforme, notamment le rapport d’étape qui vous a été envoyé. Mais la structure de notre fonctionnement, même si elle est importante, n’a de sens qu’à l’instant où elle est au service des contenus de travail, d’actions concrètes, de visibilité de ce que nous faisons.

Durant cette session, les moments forts de nos actions seront :

Tout ce que je viens d’énoncer, ce sont les actions que nous conduisons en ce moment ou d’ici à la fin de l’année.

Bien évidemment, nous aurons aussi d’autres points, non moins importants, durant cette session.

Notre capacité à nous réformer, notre volonté à innover, notre certitude à devoir nous ouvrir et surtout notre profonde détermination et conviction font que sans l’interaction de la société civile organisée, les législateurs et les décideurs politiques, le Conseil de l’Europe, tout en voulant se renouveler, se serait tromper de voie et aurait perdu l’esprit qui le fonde, celui créé et établit par les pères fondateurs.

Oui, l’Europe ne peut être réalité que si toutes les femmes et les hommes peuvent se l’approprier, peuvent y agir, comme un véritable espoir de vie meilleure pour tous !

Je vous remercie.